Bruxelles, 10/05/2006 (Agence Europe) - Incapables de s'entendre sur les termes d'une résolution sur le dossier nucléaire iranien, Beijing et Moscou refusant toute référence au chapitre VII de la Charte de l'ONU qui ouvre la voie à une éventuelle action militaire, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) plus l'Allemagne, réunis le 8 mai à New York au niveau des ministres des Affaires étrangères, ont chargé l'UE-3 (Allemagne, France et Royaume-Uni) d'élaborer un ensemble d'incitations et de sanctions visant à obtenir de l'Iran le gel de ses activités d'enrichissement d'uranium.
Plusieurs sources communautaires ont confirmé à EUROPE que les experts et diplomates européens sont déjà attelés à la tâche et que le paquet de mesures proposé par l'UE-3 sera au menu des discussions du Conseil Relations extérieures du 15 mai à Bruxelles. A l'issue de la réunion de lundi, le chef de la diplomatie française, Philippe Douste Blazy, a fait savoir que l'Iran pourrait se voir offrir des propositions dans le domaine du nucléaire civil, commercial, technologique, voire de la sécurité régionale, s'il accepte de coopérer avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et prouve le caractère purement civil de son programme nucléaire. « Les experts vont chercher à savoir comment enrichir le paquet de propositions de coopération économique, commerciale et technologique rejeté par Téhéran en août dernier », a expliqué à EUROPE une source communautaire française. Cette fois, l'Iran pourrait, selon le Financial Times, se voir offrir « une aide technique pour un programme nucléaire civil incluant la construction de réacteurs ». Par ailleurs, contrairement à son offre d'août dernier, l'UE-3 souhaite élaborer ce nouvel ensemble de propositions en étroite collaboration avec Washington, Moscou et Beijing. L'idée étant, selon des diplomates cités par le Financial Times, d'amener Moscou à accepter une résolution invoquant le chapitre VII de la Charte de l'ONU, avec en ligne de mire son article 41 qui autorise des sanctions et, non son article 42 qui autorise le recours à la force. Par la voix de sa Secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, Washington a d'ores et déjà apporté son soutien à cette approche: « Nous soutenons depuis longtemps les efforts de la Russie et de l'Union pour offrir au régime iranien la possibilité, s'il le souhaite, de répondre à ses aspirations à un programme nucléaire civil », a-t-elle affirmé mardi. Pour Mme Rice, l'objectif n'est pas uniquement d'offrir des incitations à l'Iran mais de lui présenter une alternative: l'intégration régionale ou l'isolement. Quant à la résolution du Conseil de sécurité sur le dossier iranien, il faudra, selon le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, attendre « probablement encore dix à quinze jours ».