Bruxelles, 05/05/2006 (Agence Europe) - Un haut responsable du State Department américain, John B. Bellinger, a nié jeudi à Bruxelles les nombreuses allégations de transferts de prisonniers sur des vols de la CIA et a appelé les Européens à prendre leurs responsabilités dans cette affaire. Parlant à quelques journalistes, le conseiller juridique de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a qualifié d'« absurdes » les allégations selon lesquelles la CIA aurait procédé à « des milliers de vols » secrets pour transférer des prisonniers afin de « délocaliser la torture ». « Il n'y a aucune preuve permettant de suggérer qu'il y aurait eu sur ces vols des prisonniers à bord, ou que des vols liés au travail du renseignement étaient engagés dans des activités illégales », a déclaré John Bellinger, sans toutefois réfuter leur existence. M. Bellinger, qui a reconnu l'embarras de Washington, a ajouté que « quelqu'un devait réagir » puisqu'il est « impossible pour les Etats-Unis de prouver le contraire » étant donné que les activités des services de renseignements sont par essence secrètes. Et M. Bellinger d'ajouter que les officiels européens devraient dire que cette histoire a « échappé à tout contrôle ». Il s'est dit prêt, ainsi que d'autres responsables, à rencontrer informellement les membres de la commission d'enquête du PE lorsqu'elle se rendra aux Etats-Unis du 8 au 12 mai. Pourtant Claudio Fava, eurodéputé italien, a maintenu jeudi ses accusations. À Vienne le 3 mai, le ministre américain de la Justice, Alberto Gonzales, avait déclaré que les Etats-Unis ont le droit de transférer des prisonniers vers d'autres pays, mais pas là où ils seraient torturés. Toutefois, a estimé Manfred Nowak, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants, les assurances diplomatiques selon lesquelles les prisonniers transférés ne seraient pas soumis à des tortures sont tout à fait hors de propos. « Le simple fait de réclamer de telles assurances revient en soi à reconnaître être en possession d'informations indiquant que l'État en question recourt systématiquement à la torture », ce qui le prive de toute autorité morale pour donner des assurances contraires, a-t-il affirmé le 4 mai devant la commission d'enquête du Parlement européen à Bruxelles. Les Etats-Unis ont rejeté vendredi les accusations de torture à leur encontre, lors de leur première parution devant le Comité de l'ONU contre la torture depuis les attentats du 11 septembre 2001. « Les Etats-Unis ne pratiquent pas la torture et s'engagent à l'éliminer partout dans le monde », a affirmé le secrétaire d'Etat adjoint à la démocratie Barry Lowenkron à l'ouverture des débats, prévus jusqu'à lundi.