Bruxelles, 05/05/2006 (Agence Europe) - Les divergences macro-économiques entre Etats membres de la zone euro ne constituent « pas un réel problème » à ce stade, a déclaré jeudi soir Jean-Claude Juncker, à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe qu'il préside. Pour le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, il s'agit d'une « normalité dans une zone monétaire comme la nôtre », de sorte que « nous restons à notre constat qu'il n'y a là aucun motif d'inquiétude sauf s'ils risquaient de s'accentuer ». Les ministres des Finances des Douze resteront « attentifs », car la persistance de ces divergences « pourrait poser certains problèmes », a assuré M. Juncker, répétant que des politiques d'assainissement budgétaires prenant appui sur de bonnes politiques structurelles restent nécessaires. Les raisons principales aux différentiels sont « de nature structurelle », a ensuite confirmé le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, qui réitère la nécessité de mieux coordonner les politiques budgétaires ex ante.
Si l'analyse de la situation économique générale confirme que la reprise se raffermit et se trouve « proche sinon légèrement au dessus de notre potentiel de croissance », les risques qui pèsent sur l'économie de la zone euro restent avant tout la hausse de prix du pétrole et les déséquilibres mondiaux, que nous ne cessons de mentionner à nos partenaires, en particulier américains et asiatiques, a souligné M. Juncker. Ce n'est pas l'Europe qui est à l'origine de ces déséquilibres, a-t-il insisté, considérant que l'initiative leur incombait dans une grande mesure. S'attardant spécifiquement sur l'évolution des politiques salariales de la zone, les ministres constatent que celles-ci devraient « respecter en toute occurrence les gains de productivité qui caractérisent nos économies nationales ».
Alors que pour l'instant l'impact de la hausse du prix du brut sur la croissance et l'inflation n'est « pas très important », selon le Commissaire Almunia, les ministres ont eu un « début de réflexion » sur un partage équitable du fardeau. « Nous avons commencé à réfléchir comment enrichir les dialogues avec les grandes entreprises, qui semblent être les grands gagnants, ce qui commence à irriter des pans entiers de nos opinions publiques », a glissé M. Juncker, qui n'a pas souhaité s'avancer plus sur ce point. « Je ne crois pas qu'une baisse de la fiscalité sur les produits pétroliers serait un bon message à envoyer aux pays producteurs », a-t-il estimé, souhaitant aussi éviter toute réaction nationale unilatérale. Les ministres ont en fait renouvelé leur déclaration de Manchester, où, lors de l'Ecofin informel en septembre 2005, ils s'étaient engagés à ne pas prendre de mesures susceptibles de conduire à des distorsions entre Etats membres. « Nous avons pris la résolution ferme de nous doter d'indicateurs communs pour ce qui est des procédures budgétaires des Etats membres en termes de taux de change et de prix du pétrole » et d'y parvenir « avant la fin de la moitié de l'été », a indiqué M. Juncker, avec l'idée de progresser vers des hypothèses plus cohérentes. Les Etats membres fondent actuellement leurs prévisions sur des hypothèses propres susceptibles de diverger au moins sensiblement. Le pas n'est pas encore franchi mais cette étape constituerait une percée souhaitable en termes de coordination budgétaire.
Appelant également à améliorer la transparence des données sur les réserves pétrolières européennes, M. Juncker a souligné l'impact significatif qu'avait eu l'annonce de la hausse des stocks de brut américain sur les cours du pétrole. « Comme aux Etats-Unis, nous devrions pouvoir influencer les cours du pétrole par la publication des réserves de l'UE », a déclaré M. Juncker, alors que le décalage actuel entre la collecte des données par les Etats membres et leur publication par la Commission ne semble pas de nature à inciter les marchés à la baisse.
Avant que la Commission présente ses prochaines perspectives de printemps (le 8 mai), les ministres ont aussi évoqué les prochaines échéances dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, sans approfondir un débat qui s'intensifiera dans les prochaines semaines. Mais l'application du PSC réformé montre déjà que ce sont les pays qui n'ont pas su ajuster leurs situations budgétaires en période de croissance favorable qui font face à des dérives, ce qui devrait inciter à des efforts « plus stricts et plus exigeants ». De même, ce sont les pays les moins performants en termes de croissance qui devraient s'ajuster au niveau de ceux qui font mieux, insiste M. Juncker.
Interrogé sur la politique des taux de la Banque centrale européenne (BCE), M. Juncker n'a pas souhaité faire de commentaires, notant toutefois « la résistance remarquable » de la zone euro face à la hausse des prix du pétrole et rappelant qu'« il n'y a pas d'effets de second tour ». Mais « nous avons aussi vu qu'il y a un certain nombre d'agrégats monétaires qui peuvent amener la BCE à une conclusion que le Président Trichet a semblé suggérer » le même jour après la réunion du Conseil des gouverneurs (EUROPE n° 9185).