Bruxelles, 04/05/2006 (Agence Europe) - Alors que l'année 2005 a été la plus meurtrière depuis dix ans pour les journalistes, l'Union européenne fait figure de bon élève même s'il reste « des progrès à faire », constate l'ONG Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport annuel. A l'occasion de la seizième journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, RSF indique qu'au sein de l'UE, et notamment en France, en Italie, en Belgique et en Pologne, « l'année 2005 a été marquée par un nombre élevé de perquisitions et de convocations de journalistes, sommés de livrer à la police le nom de leurs sources ». Alors que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme considère que la protection des sources journalistiques est l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse, « plusieurs Etats membres ont multiplié les atteintes à ce principe essentiel pour la garantie d'un journalisme d'investigation indépendant », relève RSF. Alors qu'en France, neuf journalistes ont été agressés en 2005, le pluralisme de l'information est mis à mal en Italie. L'organisation précise néanmoins que les nouveaux Etats qui ont rejoint l'Union européenne en 2004 ont réalisé « des progrès spectaculaires en matière de liberté de la presse ». La République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Slovaquie et la Slovénie constituent de « véritables havres de paix pour la liberté de la presse » au même titre que les pays d'Europe du Nord, signale l'ONG. Seul bémol, la Pologne, où ces derniers mois, les médias ultraconservateurs ont bénéficié des faveurs de partis proches du pouvoir. En ce qui concerne les Balkans, RSF indique que « des menaces sérieuses » pèsent toujours sur la liberté de la presse. Selon elle, la législation reste éloignée des standards européens en Roumanie et en Bulgarie, deux pays qui rejoindront l'Union européenne très prochainement, ainsi qu'en Croatie. Enfin, dans la perspective de son adhésion à l'UE, la Turquie a adopté des réformes législatives de grande ampleur dont certaines ont « paradoxalement ajouté de nouvelles restrictions pour les journalistes », regrette RSF. Par exemple, le 1er juin 2005, un nouveau code pénal est entré en vigueur et « les formulations vagues de certains articles ouvrent la voie à des poursuites abusives et à des interprétations très libres de la part des juges », constate-t-elle. A noter que la situation de la liberté de la presse s'est globalement aggravée en Europe de l'Est et dans le Caucase. Mis à part en Ukraine, RSF fait état de la détérioration des conditions de travail des journalistes notamment en Ouzbékistan, au Bélarus, en Russie et en Azerbaïdjan.