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Bulletin Quotidien Europe N° 9185
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Le Parlement s'interroge sur le futur des relations commerciales avec l'Inde

Bruxelles, 04/05/2006 (Agence Europe) - La commission du commerce international du Parlement européen organisait mercredi une audition publique sur l'avenir des relations commerciales entre l'UE et l'Inde (« Vers un déplacement du centre de gravité des relations commerciales ? »). Alors que les négociations du cycle de Doha s'éternisent, plusieurs voix se sont élevées en faveur d'une coopération entre les deux puissances qui aille au-delà du cadre multilatéral. Un rapport d'initiative de Sajjad Karim (ADLE/britannique) devrait être adopté en plénière fin septembre, juste avant le prochain Sommet UE-Inde, prévu en octobre à Helsinki, où les partenaires feront le point sur la mise en œuvre du plan d'action adopté en septembre 2005 (EUROPE n° 9022).

Illustrant l'impressionnante trajectoire économique suivie par l'Inde, Poonam Kumar, Présidente de Mega Ace Consultancy, a rappelé toute une série de chiffres qui font du pays « la quatrième plus grande économie du monde en termes de parité de pouvoir d'achat » (le taux croissance du PIB était par exemple de 8,1% en 2005). La bonne santé de l'économie indienne inquiète et est souvent perçue comme une menace et un risque de délocalisation d'emplois ou d'industrie vers ce pays, a-t-elle reconnu, précisant toutefois que le pays faisait face à plusieurs défis. Mme Kumar a ainsi appelé l'Inde à poursuivre la réduction du déficit budgétaire (le gouvernement actuel l'a réduit à 3,8% contre 6% dans les années 90), à élever le niveau d'investissement dans les infrastructures et à mettre au point un environnement favorable aux entreprises et aux investissements.

Pour Willem van der Geest, Directeur du think-tank European Institute for Asian Studies, deux éléments viennent influencer les relations UE et Inde depuis le cycle de négociations de Doha: des relations extérieures (le rôle de l'Inde dans le G20, la menace perçue des importations chinoises, les questions agricoles) et les perspectives considérables pour les investissements qui s'offrent dans le pays. Dans ce contexte, il serait « tout à fait possible d'avoir un accord allant au-delà de l'OMC entre l'UE et l'Inde, avec des relations plus équitables », a glissé le professeur néerlandais. Si la conclusion du cycle par un accord fondé sur le plus petit dénominateur commun semble être la plus probable, M. van der Geest pense qu'un accord volontaire entre les deux partenaires permettrait de tenir compte des inquiétudes européennes (emplois) et indiennes (visas et permis de travail à destination de l'UE). Si une approche bilatérale sera fonction de la conclusion du cycle de Doha, le rapprochement entre les deux partenaires pourrait concerner les importations de produits (textiles, artisanat notamment), juge-t-il. Et d'insister lui aussi sur l'importance d'améliorer le climat nécessaire aux investissements en Inde, en se concentrant notamment sur le respect du droit commercial et les lourdeurs administratives et de réglementation. D'une manière générale, la « discussion doit être élargie » pour établir « une vision des relations à plus long terme », incluant notamment les mouvements migratoires, les coopérations culturelles ou les échanges universitaires, et « avoir des objectifs précis au moins jusqu'en 2015 », a conclu M. van der Geest.

Alors que ce dernier rappelait l'incidence importante de la pauvreté dans le pays, où 26% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (les inégalités s'accroissent et les ménages les plus modestes sont en stagnation, a-t-il précisé), Dipak Chatterjee, Ambassadeur d'Inde auprès de l'UE, a rappelé que le pourcentage était de 50% au début des années 90 quand l'Inde a commencé à s'ouvrir et que selon des études, il devrait se réduire de manière significative. « Nous n'abandonnons pas la voie multilatérale mais nous reconnaissons de plus en plus la valeur de la voie bilatérale qui est souvent plus simple et plus approfondie », a reconnu M. Chatterjee, en considérant qu'il était important d'envisager cette voie pour l'accès au marché également. L'UE demande un accès au marché beaucoup plus important, mais l'Inde a récemment procédé à des baisses des droits de douane et le gouvernement souhaite les harmoniser au niveau de ceux de nos partenaires asiatiques, a-t-il fait valoir, estimant que ce « geste n'est pas suffisamment pris en compte ». Le marché indien est « ouvert et réceptif pour les produits européens » et « le meilleur est donc encore pour demain » en termes d'expansion des échanges, a aussi considéré M. Chatterjee.

« A Genève, il faut que chacun soit prêt à faire des concessions », a cependant encore insisté
M. Chatterjee. Mais si l'Inde n'écarte aucune option et « reste prête à toute négociation bilatérale », le multilatéralisme est « vital » pour la Commission européenne, a indiqué un de ses représentants appelés à intervenir dans la discussion. Il ne faut toutefois pas opposer les deux approches et il est possible d'explorer les possibilités de lancer des négociations sur un accord international sur le commerce et/ou l'investissement. Et de souligner par ailleurs que les entreprises européennes continuent de considérer le marché indien comme un marché protégé, ce qui explique sûrement le fait que les investissements y soient dix fois inférieurs à ceux effectués en Chine.

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