Bruxelles, 02/05/2006 (Agence Europe) - La contribution à l'intégration européenne de Fernand Herman, ministre belge, parlementaire européen de 1979 à 1999, président de l'Union des Fédéralistes Européens (UEF) et de la Fondation Pégase, mort l'année dernière, a été illustrée le 25 avril au Parlement européen par des députés européens et anciens commissaires européens qui ont côtoyé Fernand Herman pendant de longues années d'engagements en faveur de l'Europe unie. Au cours d'une première séance menée par Nicolas Estgen, président de la Fondation Pégase, le président du Parti Populaire Européen (PPE) Wilfried Martens a qualifié Fernand Herman de « conscience du PPE », et a cité quelques-uns des 36 rapports parlementaires rédigés par lui en 20 ans: de celui de 1982 sur le marché de l'électronique et ses conséquences sur l'emploi à ceux de 1990 sur l'Union économique et monétaire et de 1994 sur une Constitution pour l'Europe. Fernand Herman, « parlementaire modèle », plaçait l'approfondissement de l'UE avant l'élargissement, a rappelé quant à elle sa collègue du PE, Marianne Thyssen, alors que Friedhelm Frischenschlager, secrétaire général de l'UEF, a souligné son engagement fédéraliste.
Le député européen Jean-Louis Bourlanges (qui avait connu Herman sur les bancs du PPE alors que maintenant il est membre du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) a évoqué les raisons de l'engagement européen de Fernand Herman, sa « belgitude » (« la Belgique n'est pas simplement un pays, c'est une institution européenne ») et sa « vision particulièrement exigeante de l'Europe » (il savait que l'Europe « ne peut exister que si elle constitue un corps politique à part entière »). Que ferait Fernand aujourd'hui ? s'est demandé M. Bourlanges, pour qui la réponse est claire: Herman ne serait pas pour une « Europe sans frontières, sans vraies institutions, une sorte de club à l'anglaise où on réfléchit et on discute, en général sur des sujets secondaires », mais choisirait l'autre alternative, consistant à « partir pragmatiquement de l'Union monétaire pour faire non pas des coopérations renforcées incertaines, mais quelque chose comme le véritable noyau, avait suggéré que Karl Lamers (rappelons que la proposition du député de la CDU avait été faite en 1994, ensemble avec Wolfgang Schäuble). « Guy Verhofstadt a lancé des idées intéressantes, mais il reste très imprécis sur le plan institutionnel », a ajouté M. Bourlanges (voir EUROPE n° 9177).
Au cours d'une deuxième séance présidée par Franklin Dehousse, juge (belge) au Tribunal de première instance, les anciens Commissaires européens Karel Van Miert (Transports, puis Concurrence) et Mario Monti (Marché intérieur, puis Concurrence) ont, après avoir témoigné de leurs relations chaleureuses avec Fernand Herman, abordé la question du lien entre l'impasse constitutionnelle actuelle et l'intégration économique et financière. « Les difficultés du processus constitutionnel influencent de façon négative l'intégration économique, et même la conjoncture », a estimé M. Monti, pour qui l'incertitude persistante n'incite guère « les grandes entreprises internationales à venir investir en Europe ». Une autre retombée négative de « l'arrêt temporaire du discours » sur la Constitution est sans doute aussi la récente apparition de « manifestations douteuses de patriotisme économique », ajoute M. Monti, qui note que le rejet de la Constitution européenne par les citoyens peut encourager « dans certains Etats le calcul politique consistant à croire que des mesures un peu plus nationalistes sont populaires ». M. Van Miert reconnaît lui aussi ce lien, en insistant: « le jeu démocratique fonctionne seulement si les institutions sont fortes », et « dans la mesure où on affaiblit les institutions, on est aussi en train de prendre des risques considérables pour le marché intérieur ». « On sous-estime les effets de l'affaiblissement de la Commission européenne », a-t-il averti, en rappelant l'époque où il avait « une certaine connivence entre Commission et Parlement pour faire avancer l'intégration européenne » (Fernand et moi, on n'appartenait pas à la même famille politique, a noté l'ancien leader du parti socialiste flamand, mais il m'a « beaucoup aidé » lorsque j'étais Commissaire et que je travaillais, par exemple, pour la libéralisation des transports aériens et des télécommunications).
Lors du séminaire a été présenté le livre Europa Patria Mea-chronique de quinze années de vie politique, économique et sociale européenne rassemblant les articles écrits par Fernand Herman, dans Le Courrier de la Bourse et de la Banque (EUROPE y reviendra).