Bruxelles, 11/04/2006 (Agence Europe) - S'ils veulent parvenir avant la fin de l'année à une conclusion heureuse du round de Doha sur la libéralisation du commerce mondial, les 150 pays membres de l'OMC doivent respecter la date butoir du 30 avril pour arrêter leurs modalités (chiffres et autres dispositions) en agriculture et sur les biens manufacturés, car « les choses ne seront pas plus simples dans un, deux ou trois mois », explique le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, dans une interview au journal Les échos du 10 avril. Cependant, « si elle s'est fortement réduite, la distance entre les offres et les demandes des acteurs majeurs de l'OMC reste trop grande », estime M. Lamy en pointant du doigt l'Union européenne, les Etats-Unis et les pays émergents du G-20 (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud, Mexique) « qui ont, chacun, un caillou dans la chaussure » et doivent consentir davantage d'efforts (en matière de droits de douane agricoles pour les Européens, de soutiens internes pour les Américains et de tarifs appliqués aux importations de produits industriels pour les pays émergents) pour la réussite du cycle de négociations en cours. Car, contrairement aux précédents cycles de négociations sur la libéralisation du commerce mondial qui visaient « surtout une baisse moyenne des droits de douane », où « chacun cherchait à diminuer surtout les tarifs là où il avait peu d'intérêts commerciaux », et où « tout le monde finissait par bouger en fin de round dans un jeu compliqué de donnant-donnant », la conclusion du round de Doha « ne se jouera pas au finish », insiste le directeur général de l'OMC. La technique de négociation a changé, explique-t-il: l'objectif du Doha round est « d'écraser les tarifs douaniers les plus élevés, ces véritables obstacles au commerce mondial, ce qui exige de s'entendre sur une formule complexe » qui doit être définie « environ 9 mois avant la conclusion des négociations pour avoir le temps de passer des modalités à la réalité commerciale et négocier des exceptions permettant de protéger les productions particulièrement sensibles dans certains pays ». Si les négociations avancent aussi laborieusement, c'est « parce qu'il faut trouver la bonne proportion d'efforts à faire par chacun », estime M. Lamy, pour qui la complexité des pourparlers réside dans le fait que les partenaires à l'OMC doivent négocier sur les droits de douane consolidés, « autrement dit le niveau maximal qu'un pays a le droit d'appliquer aux importations » et « un plafond rarement utilisé ».
« Tout l'art de la négociation est de faire en sorte que les Américains et les Européens mordent vraiment sur leurs subventions », poursuit le directeur général de l'OMC qui affirme en outre que l'Union et le G-20 doivent consentir à faire davantage d'efforts en matière d'accès au marché pour les produits agricoles pour la première et pour les produits manufacturés pour les seconds. « Tout cela est d'autant plus compliqué que les pays en développement ont obtenu le droit de faire moins d'efforts que les pays riches », ajoute M. Lamy, se félicitant par ailleurs des progrès réalisés dans le volet facilitation du commerce (assouplissement des procédures douanières) et du « pas énorme » dans le volet services (où « une quarantaine d'acteurs à l'OMC sont vraiment actifs ») que constitue la formulation d'une vingtaine d'offres plurilatérales, fin février dernier (alors que les offres finales devront être prêtes en juillet prochain). Enfin, à la question de savoir si l'illisibilité du message de Doha aggrave la crainte, dans le monde développé, de la précarité due à la mondialisation, le directeur général de l'OMC répond: « Regardez ce que l'Europe peut gagner dans cette négociation (de Doha) par rapport à ce qu'elle doit donner. Une partie des malentendus vient de la croyance moyenâgeuse que l'Europe est protégée par de fortes barrières et que si on y touche, tout va s'effondrer. L'économie européenne est déjà plus ouverte que la moyenne des partenaires avec lesquels elle commerce. L'intérêt stratégique de l'Union est d'être offensive ».