Vienne, 09/01/2006 (Agence Europe) - L'annonce de l'intention de l'Iran de reprendre ses activités de recherche dans le domaine nucléaire a créé « une situation très inquiétante » et pourrait mettre en cause la rencontre entre l'UE-3 (Allemagne, France, Royaume-Uni) et les Iraniens qui devrait se dérouler le 18 janvier à Vienne, a estimé la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, le 8 janvier à Vienne devant un groupe de journalistes européens « Nous allons nous consulter au sein de l'Union européenne pour voir ce que ça signifie pour les discussions entre l'UE-3 et l'Iran » prévue le 18 janvier, a-t-elle dit. Le 9 janvier, lors de sa conférence de presse avec le Président Barroso, le Chancelier Schüssel a exprimé lui aussi sa profonde inquiétude, tout en espérant que « les forces de la raison », et pas celles qui veulent « la confrontation », se feront entendre à Téhéran. La possibilité de sanctions existe, mais toujours comme dernier ressort, a-t-il dit à la presse. Questionné sur l'opportunité que trois grands Etats membres négocient sur ce dossier au nom de l'UE, Wolfgang Schüssel a répliqué: la politique étrangère de l'UE est surtout intergouvernementale, je trouve « très positif » que ces trois pays essayent de convaincre l'Iran à coopérer. En outre, le siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est à Vienne et nous avons des contacts très fréquents avec son directeur, qui est très favorable au travail de l'UE-3, a ajouté M. Schüssel.
L'AIEA juge insuffisantes les explications de Téhéran
- L'UE déplore la décision unilatérale iranienne
Le porte-parole du gouvernement iranien, Gholamhossein Elham, a confirmé lundi la reprise des activités iraniennes de recherche nucléaire, en affirmant que la reprise de ces activités sensibles (qui, selon lui, n'ont « rien d'illégal ») a eu lieu sous contrôle des représentants de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Après la reprise des activités de conversion d'uranium le 8 août dernier, c'est donc la deuxième fois en six mois que l'Iran ôte des sceaux posés par des inspecteurs de l'AIEA sur des centres d'activités nucléaires sensibles. Malgré les assurances iraniennes d'une reprise d'activités de recherche atomique « sous strict contrôle » de l'AIEA, l'agence onusienne a estimé « insuffisantes » les deux lettres d'explications qui lui ont été transmises par Téhéran. Préoccupées par une telle décision, l'Union et l'AIEA ont pourtant multiplié ces derniers jours leurs appels lancés à Téhéran à ne pas passer à l'acte, afin de ménager la patience de la communauté internationale et éviter un transfert du dossier au Conseil de sécurité de l'ONU.
Le 7 janvier, la Présidence autrichienne du Conseil a souligné dans une déclaration au nom de l'UE que « cette mesure constituerait une violation tant de la lettre que de l'esprit des huit résolutions précédentes » de l'AIEA qui « invitent l'Iran à suspendre toutes les activités liées à l'enrichissement ». « L'Union déplore que l'Iran ait choisi d'annoncer cette mesure unilatérale alors que la confiance de la communauté internationale dans le caractère pacifique de son programme est loin d'être rétablie. Elle juge surprenant et déraisonnable que l'Iran se propose d'adopter cette mesure à un moment où l'UE-3 (Allemagne, France et Royaume-Uni) étudie avec les autres Etats membres de l'Union la possibilité de revenir à la table des négociations », poursuit la déclaration, avant de conclure qu'un tel geste « ne peut que compromettre gravement la possibilité de renouer les négociations ».
« Cette décision ne peut pas rester sans conséquences », a assuré lundi matin le chef de la diplomatie allemande, Frank Walter Steinmeier, qui a déploré que les discussions russo-iraniennes qui se sont déroulées pendant le week-end à Téhéran sur la proposition de Moscou de transférer en partie les activités d'enrichissement d'uranium iranien en territoire russe « n'ont visiblement pas été couronnées de succès ». Iraniens et Russes devraient toutefois se retrouver le 16 février à Moscou pour, selon un responsable iranien, « arriver à une conclusion finale ».