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Bulletin Quotidien Europe N° 9024
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les divergences sur l'avenir de l'Europe compromettent l'adoption des perspectives financières indispensables au fonctionnement de l'Union

Réponses obligatoires. Les considérations développées dans cette rubrique tout au long de la semaine font apparaître que les Etats membres abordent avec des positions sensiblement divergentes la réflexion tant attendue sur l'avenir de l'Union, au point que l'annonce d'un Sommet supplémentaire le mois prochain consacré à un débat entre les chefs d'Etat et de gouvernement sur le modèle social européen a été, dans plusieurs capitales, accueillie avec méfiance. Ce Sommet informel deviendra une simple rencontre officieuse qui pourra difficilement aller au-delà de quelques idées générales, surtout si le Premier ministre britannique confirme son refus d'approuver les «perspectives financières» 2007-2013 en l'absence d'un changement radical de la structure du budget communautaire, en particulier de la dépense agricole. Un tel changement ne s'improvise pas, et ces « perspectives» seront très difficiles à approuver durant le semestre de Présidence britannique, ce qui nuira surtout aux nouveaux Etats membres qui risquent de ne pas recevoir en 2007 les soutiens financiers dans la mesure attendue (et promise).

On pourrait observer que les divergences sur les finalités et la nature de la construction européenne ont toujours existé, et que l'UE a quand même fonctionné et même progressé. Mais la période est révolue pendant laquelle il était possible de surmonter ou de contourner les divergences simplement en évitant d'en discuter car l'Europe est maintenant obligée de répondre aux questions fondamentales concernant ses frontières (cas de la Turquie), l'orientation de ses dépenses, le maintien de son agriculture, etc. Alors, c'est l'impasse? C'est trop tôt pour l'affirmer. On ne doit pas prendre à la lettre chaque élément des positions de départ exposées par Gordon Brown ou par le chancelier Schröder ou par Dominique de Villepin. Les excès répondent parfois à des exigences de politique interne, et les effets d'annonce ou les considérations tactiques ne sont jamais absentes. Et il faut aussi considérer que les déclarations des autorités en place ne reflètent pas toujours des positions nationales majoritaires (ainsi que l'ont prouvé les référendums en France et aux Pays-Bas).

France divisée. La France est divisée entre ceux qui ont comme objectif prioritaire la défense du modèle européen de société (identifié avec le modèle national, menacé, à leur avis, par la mondialisation et par les conceptions libre-échangistes) et ceux qui considèrent que l'attitude frileuse (et en même temps parfois arrogante) ne correspond pas à la situation réelle du pays. Cette dernière ne s'améliorera pas, selon Alain Duhamel, porte-parole le plus connu de la tendance critique, aussi longtemps que les statuts protecteurs, les attitudes corporatistes et l'accumulation des réglementations seront considérés comme des « boucliers sociaux » alors que pour lui ce sont plutôt des entraves. Du point de vue européen, la critique fondamentale à l'attitude de la France officielle porte sur l'absence de « foi européenne », ce que Sylvie Goulard a défini comme «un manque de conviction, un manque d'idées, un manque d'audace», en exhortant: «Ne jetons pas l'Union européenne par-dessus bord parce qu'une génération n'y a pas cru ! ». Et elle suggère une initiative politique qui correspondrait du côté français à ce que l'Allemagne avait fait lorsqu'elle avait « mis dans la corbeille de mariage communautaire le fleuron de sa réussite, le Deutsche Mark». L'initiative préconisée serait la suivante: « Si les Etats-Unis refusent de faire entrer l'Allemagne dans le Conseil de sécurité de l'ONU, le partage du siège français avec elle, au service de l'UE, devrait être immédiatement notre réponse » (en attendant que mûrisse, un jour la formule d'un siège européen).

Une fausse bonne idée ? A première vue, les chances que la confrontation des orientations divergentes conduise à une vision uniforme de l'Europe future sont plutôt minces, et de toute manière ce n'est pas dans les quatre mois restants de Présidence britannique qu'il sera possible d'y parvenir. Pour l'aspect le plus urgent, celui des perspectives financières, l'idée a été lancée de les fixer pour trois ou quatre ans et de discuter entre-temps la nouvelle structure et les nouvelles priorités des dépenses communautaires, en respectant pendant cette «période de transition» les engagements à l'égard des nouveaux Etats membres et le statu quo des dépenses agricoles, tout en augmentant dans la mesure du possible les dotations pour la recherche et pour les autres priorités de la « stratégie de Lisbonne ». Mais la Commission européenne et d'autres instances s'opposent fermement à une telle hypothèse qui, à leur avis, enlèverait toute durée et donc toute certitude à l'activité communautaire, et offrirait une excuse ou un prétexte pour retarder la réflexion globale.

Après avoir ainsi comparé un certain nombre de déclarations et prises de position, je m'efforcerai la semaine prochaine d'en tirer quelques enseignements, en tenant compte des risques que l'absence de décision sur les nouvelles perspectives financières implique pour le fonctionnement de l'Union. (F.R.)

 

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