Les cinq projets de M. de Villepin. En juillet dernier, le Premier ministre français Dominique de Villepin publiait dans six journaux de six Etats membres (Le Monde, Financial Times, Frankfurter Allgemeine Zeitung, La Stampa, El Pais et Le Soir) la position de départ de la France en prévision de la réflexion sur l'avenir de l'Europe. Déjà le titre pouvait apparaître inopportun dans certaines capitales: «Une nouvelle Europe politique ». Mais ce n'est pas la façade qui compte. L'important est que M. de Villepin indiquait pour sa nouvelle Europe cinq «projets» dont deux coïncident, en principe, avec les orientations britanniques résumées dans cette rubrique d'hier (politique d'innovation et de recherche, politique commune de sécurité), le troisième a une saveur quelque peu rhétorique (concrétisation de la démocratie européenne par un « service civil européen »), et deux s'éloignent des vues de Londres au point d'être à la limite de la provocation: a) gouvernance économique de la zone euro (dont la Grande-Bretagne resterait évidemment en marge); b) politique agricole commune «renforcée» (tout en poursuivant son adaptation).
Contre les « caricatures ». Quelques jours auparavant, le nouveau ministre des Affaires étrangères Philippe Douste Blazy avait été moins schématique à propos du programme (les cinq « projets ») mais plus explicite, voire polémique sur les orientations. La France, écrivait-il, conteste qu'il existe dans l'UE une querelle entre les anciens et les modernes: « Contrairement à certaines caricatures, l'affrontement n'est pas entre, d'un côté, les défenseurs des politiques communes nécessairement rétrogrades et, de l'autre, les partisans autoproclamés de l'innovation et du dynamisme ». La question à débattre est le «modèle d'intégration (…), le projet politique que nous voulons donner à l'Europe ». Et le ministre affirmait que « en dépit de ce qui a pu être dit, les perspectives financières font partie du débat sur l'Europe politique », en rappelant que le paquet présenté par la Présidence luxembourgeoise du Conseil « comprenait, dans sa dernière version, une augmentation de plus de 30% des dépenses de recherche et d'avenir, pendant que la politique agricole commune voyait sa part se réduire au tiers du total, contre plus de la moitié il y a moins de dix ans » (donc, l'innovation et le dynamisme étaient, à son avis, bien présents dans le « compromis Juncker » que Tony Blair avait rejeté). La France est prête à procéder à une « réflexion active » sur la manière de faire évoluer l'Europe vers davantage de croissance et de productivité, mais « cette réflexion active ne doit pas conduire à défaire l'acquis communautaire ni à remettre en cause cinquante ans de construction européenne ». En particulier, le débat sur la PAC ne doit pas se limiter à la seule question des aides aux agriculteurs ; il doit porter aussi « sur l'autosuffisance alimentaire, l'aménagement du territoire européen, la sécurité des aliments ». Les objectifs essentiels de la vision française étaient ainsi indiqués: « donner corps au gouvernement économique qui se met en place à travers l'Eurogroupe (…) mobiliser les moyens nécessaires pour faire avancer les grands projets d'infrastructure (…) mettre en place un régime d'immigration maitrisée et choisie (…) affirmer une diplomatie et une défense qui permettent à l'Europe de tenir son rang dans le monde et de parler d'une voix ferme et autonome ». M. Douste Blazy avait conclu: « Pour faire tout cela, nous voulons et devons agir collectivement. Mais nous ne devons pas hésiter, si nécessaire, à agir à quelques-uns, en attendant d'être rejoints par d'autres.»
Une France hautaine et intergouvernementale. Que l'on compare les positions françaises avec celles du Chancelier de l'Echiquier Gordon Brown résumées hier pour évaluer les divergences. Du point de vue communautaire, le texte de M. de Villepin soulève bien de perplexités. Il ignore tranquillement que plusieurs des ambitions qu'il affiche sont inscrites dans le projet de Constitution, et que c'est la France qui l'a rejetée. En outre, la coopération intergouvernementale apparaît à plusieurs endroits comme la base des initiatives et des mécanismes envisagés, de préférence à la méthode communautaire. Dans le volet « politique d'innovation et de recherche», cette tendance assume une évidence presque caricaturale: « Je propose - a écrit M. de Villepin - la création en France d'un ou deux instituts européens d'études et de technologies. Ces instituts rassembleront sur les mêmes sites les meilleurs chercheurs internationaux, des laboratoires de recherche, des entreprises innovantes. Ils seront ouverts à tous les Etats européens qui le souhaitent. » Il est malaisé de dénicher dans cette présentation hautaine un esprit de décisions et réalisations communes. Et on oublie à Paris à quel point la France est elle-même responsable des déviations de la PAC et des réticences ou de l'hostilité que cette dernière rencontre.
Pour compléter le tableau, j'évoquerai demain d'autres positions nationales. (F.R.)
Session plénière du Parlement européen