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Bulletin Quotidien Europe N° 8978
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Tony Blair a eu le mérite d'avoir lancé le débat sur l'avenir de l'Europe qui était invoqué en vain depuis tellement d'années

Opération de charme réussie. Le débat sur la nature et l'avenir de l'Europe a déjà commencé, car, tout le monde en convient, le discours de Tony Blair devant le Parlement européen n'était pas le « discours-programme» d'une présidence semestrielle mais le manifeste d'une certaine idée de l'UE. M. Blair a ainsi, en pratique, reconnu ce que Jean-Claude Juncker avait affirmé lorsqu'il avait annoncé l'échec du dernier Sommet, c'est-à-dire que cet échec n'avait pas été provoqué par les divergences sur les chiffres, ces divergences étant en fait presque aplanies (voir cette rubrique dans les bulletins 8972 et 8974). Tony Blair a déclaré qu'on ne pouvait pas isoler le débat budgétaire du débat général sur la crise, car le budget fait partie de la réponse à la crise. La question n'était donc pas, pour lui, de rechercher un compromis plus ou moins satisfaisant sur les chiffres, mais d'orienter les dépenses de l'Union dans le sens des nouvelles orientations à donner à l'Europe. Et il les a décrites, ces orientations: son discours indique son projet pour l'Europe (c'est pourquoi il a été intégralement reproduit dans notre série EUROPE/Documents, en anglais et en français).

L'opération de charme de Tony Blair a été un succès. Le président du Parlement européen a qualifié de « musique pour ses oreilles » le discours du nouveau président du Conseil et il a réuni l'ancien et le nouveau président, M. Juncker et M. Blair, en une définition unique: « deux Européens passionnés ». Selon le principal journal italien, «la moitié de l'Europe, et peut-être davantage, est déjà avec Tony Blair: chefs d'Etat et de gouvernement, commissaires européens, parlementaires.» Personnellement, je serais plus prudent dans de telles évaluations ; mais de toute manière Tony Blair a eu le grand mérite de lancer le débat sur les finalités de l'Europe. Les anciens savent à quel point ce débat avait été invoqué en vain dans le passé. Combien de fois Jacques Delors en avait souligné la nécessité! Philippe de Schoutheete y avait consacré l'essentiel de son livre «Une Europe pour tous» et avait trouvé dans Sénèque la formule géniale pour en affirmer l'exigence: «Ignoranti quem portum petat nullus ventus suus est», formule qui avait suscité dans cette rubrique une sympathique émulation entre les lecteurs qui s'efforçaient de la traduire tout en sauvegardant autant que possible le secret perdu de la concision latine. L'auteur du livre avait même trouvé une traduction de Montaigne. Ce que Sénèque dit est qu'il n'existe pas de vent favorable pour celui qui ignore quel port il veut atteindre. Le débat qui s'est ouvert nous indiquera-t-il le port recherché ?

Sincérité et démagogie. En bon tacticien, Tony Blair a lancé le débat au moment où les adversaires sont plus faibles (notamment la France dont le poids en Europe a été durement amoindri par le rejet de la Constitution) et au moment où les critiques de l'inefficacité de l'UE dans la lutte contre le chômage sont monnaie courante. La tactique mise à part, je crois à la sincérité foncière de M. Blair. Il a eu raison d'affirmer que son discours pro-européen n'a pas été improvisé pour l'occasion mais que déjà dans le passé, il avait pris des positions analogues (que j'avais d'ailleurs soulignées dans cette rubrique) et de mettre en relief son action sociale sur le plan national (y compris dans le secteur des services publics d'intérêt général). Et comment contester qu'il avait décidé le référendum national sur la Constitution et qu'il est personnellement favorable à la participation de son pays à l'euro ? Ceci dit, une bonne partie de son discours visait de toute évidence à rassurer: l'UE doit être une union de valeurs et de solidarité, je crois en l'Europe comme projet politique, je crois en sa dimension sociale et humaine, jamais je n'accepterais qu'elle ne soit qu'une économie de marché, et ainsi de suite. Comment ne pas souscrire à ces affirmations ? M. Barroso et M. Borrell l'ont fait, quelques chefs de gouvernement aussi. Silvio Berlusconi ne s'est pas limité à qualifier M. Blair de « véritable leader charismatique », il a ajouté des critiques explicites à Jacques Chirac, « paladin d'une politique européenne qui consacre 43% des ressources à l'agriculture» et qui défend les pays pauvres « par les mots » mais en fait les pénalise par son soutien aux subsides à l'agriculture européenne. L'Italie contre les soutiens à l'agriculture ? On le verra bientôt, car le Conseil «Agriculture» débattra bientôt de la réforme du marché du sucre ; si la délégation italienne soutient la baisse du prix du sucre européen et refuse de «gaspiller» l'argent de l'Europe en subventionnant les producteurs de betteraves, on en prendra acte. Mais si, au contraire, l'Italie affirme que la baisse du prix proposé est excessive et que les aides sont insuffisantes, alors les affirmations de M. Berlusconi n'auront été que de la démagogie déplacée.

Au-delà des réactions superficielles ou purement formelles, je vais essayer de regarder demain de plus près la réforme de l'UE préconisée par le nouveau président du Conseil, ainsi que les positions de ses contradicteurs et de ceux qui ne sont pas convaincus de la conversion britannique. (F.R.)

 

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