La semaine qui va se conclure restera dans l'histoire de l'Europe comme celle où a été reconnue la nécessité de clarifier la nature et la signification de l'intégration européenne. Des esprits avisés avaient affirmé depuis longtemps cette exigence, mais le débat avait été pour l'essentiel escamoté, pour donner la priorité aux réalisations concrètes. Les faits ont prouvé que cette méthode, après avoir obtenu beaucoup de résultats, a épuisé ses vertus, et le débat fondamental a commencé. Je m'efforcerai de présenter la semaine prochaine une vue d'ensemble de cette nouvelle situation, sans l'édulcorer. Pour aujourd'hui, mon intention est plus modeste: mettre en relief le fait que, malgré l'échec sur les «perspectives financières », l'Europe ne s'est pas arrêtée. La «pause de réflexion» sur les grands enjeux et sur l'avenir n'amenuise pas l'exigence que l'UE fonctionne. Elle a gardé sa capacité de décision et elle agit, dans l'intérêt des citoyens. Mais qui s'en aperçoit en dehors des lecteurs de l'Agence EUROPE, et de quelques autres ? Voici un choix (très incomplet) d'évolutions récentes qui ne me paraissent pas négligeables.
1. Espace de liberté, de sécurité et de justice. La demande de sécurité est en tête parmi les soucis des citoyens, on le sait. Le Conseil européen n'est pas institutionnellement habilité à prendre des décisions, mais son aval à un texte a une signification politique évidente, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'incitations qui sont en pratique des ordres. Le plan d'action qui concrétise le «programme de La Haye» a reçu la semaine dernière cet aval, avec l'invitation aux Etats membres à le mettre en œuvre effectivement et aux institutions de l'Union à intensifier la coopération entre Europol, Eurojust et la nouvelle Agence des frontières extérieures, et à mieux coordonner les activités de ces organes avec celles des autorités compétentes des Etats membres. Ce sont des mesures essentielles pour rendre effectif l'espace de liberté, de sécurité et de justice, d'autant plus que le Conseil européen y a ajouté une liste d'actions prioritaires en matière de lutte contre le terrorisme, en particulier dans le domaine du financement (y compris un code de conduite pour prévenir l'utilisation abusive d'organisations caritatives: voir les textes dans notre bulletin spécial du 19 juin).
2. Développement durable. Le Conseil européen a approuvé une «déclaration» qui indique les objectifs clés et définit les «principes directeurs» de la politique de l'UE en ce domaine, y compris le renforcement de la participation des citoyens à la prise des décisions et la confirmation du «principe de précaution» (souvent contesté au niveau mondial). Il est curieux que les organisations non gouvernementales, toujours prêtes à s'agiter et protester, passent sous silence (ou presque) cette avancée spectaculaire.
3. Sécurité alimentaire. L'Autorité européenne pour la sécurité des aliments a inauguré cette semaine son siège officiel à Parme et annoncé ses intentions et son programme. Ainsi que l'a indiqué notre envoyée sur place (bulletin n° 8975), cette cérémonie est «emblématique d'une Europe proche de ses citoyens». Il ne pourra plus y avoir dans l'UE de drames alimentaires du type de la crise de la vache folle.
4. Accord sur le Fonds du développement rural. Même Tony Blair devrait admettre, s'il lisait le texte sur lequel le Conseil Agriculture s'est mis d'accord cette semaine, qu'une partie significative des dépenses dites « agricoles » de l'UE ne mérite pas ses sarcasmes. Ce Fonds financera, par exemple, la création dans les zones rurales (80% du territoire de l'Union) d'activités non agricoles, le reboisement, la protection de la nature et le bien-être des animaux. C'est un message aux autorités politiques et il prouve aux agriculteurs qu'ils ne sont pas considérés par l'UE seulement comme des gens qui gaspillent l'argent européen.
4. Réforme du secteur du sucre. La Commission a fait sa proposition, ce qui prouve que la réforme de la PAC se poursuit. Certes, le projet a suscité des réactions pas toujours favorables, mais ceci est inévitable lorsque tellement d'intérêts contradictoire sont en jeu. Mise à part la mascarade d'Oxfam (qui, s'étant battue le mieux qu'elle a pu pour obliger l'Europe à baisser ses prix et à ouvrir entièrement ses frontières à la concurrence mondiale, fait semblant maintenant de s'indigner parce que le nouveau prix envisagé…est trop bas pour les pays ACP), toutes les autres positions devront être attentivement évaluées. Je n'en dis pas plus pour le moment, parce que j'entends revenir en détail sur ce dossier indicatif de la réalité des intérêts qui s'agitent autour de l'agriculture européenne et du jeu des pressions et des influences.
Je pourrai prolonger cette énumération en citant en particulier l'énergie: les orientations que la Commission indique dans son Livre Vert de cette semaine pourraient, si elles sont suivies, permettre à l'Europe de réduire de 20% sa consommation énergétique, de créer un million d'emplois et d'économiser 60 milliards d'euros d'achats de pétrole. Courage, l'Europe existe et elle agit. (F.R.)