Jérusalem, 24/05/2005 (Agence Europe) - De l'avis du Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU partenaire de la Commission européenne pour acheminer sur le terrain l'aide humanitaire d'urgence aux populations palestiniennes les plus vulnérables dans les Territoires occupés, l'insécurité alimentaire dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie demeure extrêmement préoccupante, et elle le restera durablement. Sur fond d'apaisement des relations politiques entre Israël et l'Autorité palestinienne depuis la trêve instaurée le 8 février dernier, et d'incertitudes concernant le calendrier et les conditions de la mise en œuvre du plan de retrait des colonies juives de peuplement (prévu à la mi-août), le chômage et la pauvreté ont atteint des niveaux sans précédent. D'où la décision récente de la Commission, d'allouer, via son service humanitaire ECHO, 28, 3 millions d'euros d'aide à un million de Palestiniens des Territoires occupés et du Liban (EUROPE n° 8945). Cette décision sera complétée, à l'automne, par des fonds qui porteront l'aide totale d' ECHO dans les territoires occupés et dans les pays limitrophes accueillant les réfugiés à quelque 35 millions d'euros en 2005 (37,35 millions en 2004 pour un million de personnes dans le besoin, dont les 4/5 dans les territoires occupés).
Au cours d'un voyage organisé par le PAM dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie (15-20 mai), la presse européenne a pu prendre la mesure des besoins des plus pauvres parmi les populations non réfugiées, sur lesquels se concentrent les opérations d'urgence du PAM, avec le soutien d'ECHO, et a pu aussi mesurer dans la Bande de Gaza la fragilité de la trêve israélo-palestinienne. Les familles chroniquement pauvres (les ménages privés d'un gagne-pain) et les nouveaux pauvres (ceux qui ont perdu leurs sources de revenus, leurs biens et leur moyens de subsistance, avec une capacité limitée de se procurer un revenu) sont les principales populations ciblées par le troisième plan annuel d'opérations d'urgence du PAM en cours depuis le 1er septembre 2004 pour s'achever le 30 août prochain. A compter du 1er septembre 2005, un programme transitoire de secours et de réhabilitation prolongé sur deux ans prendra la relève, en collaboration avec les ministères du Plan et de l'Agriculture de l'Autorité palestinienne afin de renforcer les capacités institutionnelles au service d'une amélioration de la sécurité alimentaire, explique Geneviève Wills, responsable du PAM dans les territoires occupés.
ECHO finance l'achat d'huile d'olive palestinienne distribuée aux plus pauvres de Gaza
L'étendue de l'aide d'urgence a été multipliée par deux ou trois par rapport à mai 2002. 78 400 millions de tonnes de produits alimentaires de base (farine de blé, huile végétale et huile d'olive, sucre, lentilles ou pois chiches) sont distribués à 480 000 personnes. Un programme institutionnel couvre quelque 10 000 personnes vivant de manière quasi-permanente dans des institutions caritatives. Le reste se répartit en programmes spécifiques pour les nouveaux pauvres: 1) l'achat d'huile d'olive à 2 600 paysans palestiniens sélectionnés, plus le transport et la mise en bouteille, et sa distribution aux bénéficiaires du PAM dans la Bande de Gaza. Ce programme financé par ECHO, les Etats-Unis et l'Italie permet en particulier de remédier au problème structurel du coût de la production beaucoup plus élevé qu'en Espagne ou en Italie, garantit la qualité de l'huile tout en respectant les habitudes alimentaires locales. « Nous avons cruellement besoin de ce programme pour absorber le surplus de production de 35 000 tonnes par an », déclare Sheker Judeh, directeur général du ministère de l'Agriculture, rencontré à Tulkarem (Cisjordanie) ; 2) le programme « travail contre nourriture » ou « formation contre nourriture » qui a permis, par exemple, d'aménager un chemin reliant deux villages coupés de l'accès à Qalqilia (ville de Cisjordanie totalement encerclée par la barrière de sécurité). Ailleurs, à Mughraqa, au centre des femmes de la communauté paysanne d'Al Basma, les femmes bédouines apprennent à lire et à écrire, suivent des cours de sensibilisation à la santé et à l'environnement ou pratiquent la broderie, avec l'appui du CRIC (Centro Regionale d'Intervento per la Cooperazione), explique Carla Pagano, de cette ONG italienne partenaire du PAM et d'ECHO.
« Les Etats-Unis nous donnent de la nourriture dans des sacs "food for peace" ». L'UE nous donne de l'argent liquide, et le PAM achète la nourriture, ce qui permet une plus grande flexibilité. La Suisse et la Suède sont les autres donateurs", expliquait Jean-Luc Siblot, directeur du PAM dans les territoires occupés, à la veille de prendre de nouvelles fonctions pour la même organisation à New York. « La crise dans les territoires palestiniens (…) est une crise humanitaire hautement politique, découlant principalement de raisons économiques depuis la deuxième Intifada: plus de 40% de chômeurs de 50-60% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par jour et 16% en dessous du seuil de l'extrême pauvreté, avec moins de 1,5 dollar par jour », précisait-il. Et d'ajouter: « La mission du PAM est très claire, mais sa mise en œuvre est un cauchemar, à cause des restrictions imposées à l'acheminement de la nourriture d'un point A à un point B (…) Nous négocions tout le temps avec les autorités israéliennes (l'IDF) dès qu'un camion doit se déplacer. Il faut jongler avec tout ça (…) ». Mirjana Kavelj, responsable de la logistique du PAM dans les territoires occupés, dénonce, elle aussi, « les règles de sécurité qui changent constamment » et le temps que fait perdre l'obligation de pratiquer le transbordement des camions israéliens vers les camions palestiniens, à l'arrivée des cargaisons au port d'Ashdod, puisque les camions de l'ONU ne sont autorisés à entrer ni dans la Bande de Gaza ni en Cisjordanie, et elle souhaite que le projet négocié par les Suisses avec les autorités israéliennes pour clarifier ces règles abusives. Interrogé sur ses espoirs dans le plan de retrait des colonies juives, Jean-Luc Siblot a répondu: « le retrait, c'est très bien. Mais (…) si le contrôle aux frontières demeure aussi strict et si la liberté de commercer n'est pas autorisée, Gaza ne sera pas viable. Dans le meilleur scénario possible, la situation économique des Palestiniens ne changera pas en une nuit ». En visite en Israël, le 20 mai, le Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a jugé crucial que la séparation économique entre Gaza et Israël après le retrait des colonies n'ait pas lieu et que Gaza puisse rester au sein de l'Union douanière avec Israël.
Regis Meritan, expert de l'équipe d'assistance technique de la Commission basé à Jérusalem, rappelle qu'avant la deuxième Intifada, le rapport entre l'aide humanitaire et l'aide au développement était de 1 à 5, pour passer de 7 à 1 aujourd'hui. Sébastien Carliez, responsable régional de l'information pour le compte d'ECHO, basé à la délégation de la Commission à Amman (Jordanie), précise: « Le mur en soi est une entrave au droit humanitaire international (…). Depuis quelques mois, ça va un peu mieux. Nous observons un climat général d'apaisement qui profite à tout le monde: aux populations palestiniennes comme aux agences humanitaires ». L'aide du PAM s'adresse en particulier aux communautés affectées par la construction du mur de séparation en Cisjordanie (appelé mur dans les villes, barrière dans les campagnes), érigé pour empêcher les attentats suicides contre la population israélienne. Le flux des journaliers palestiniens venus travailler dans la zone industrielle à proximité du point de passage d'Eres (bande de Gaza) ou en Israël s'est tari: de 60 000 avant la deuxième Intifada, ils ne sont que quelque 4 000 encore autorisés à passer. « Dans les territoires occupés, fournir du travail aux gens, c'est faire de l'humanitaire », souligne Sébastien Carliez d'ECHO.
La contribution financière de la Commission européenne au PAM depuis 2000 a été de 23 millions d'euros d'appui à la sécurité alimentaire via le budget communautaire et de 6,2 millions d'euros d'aide humanitaire acheminée par ECHO entre 2002 et 2004. Les Etats-Unis sont le premier contributeur au budget du PAM qui est de 40 millions d'euros par an. Mais pour les trois dernières années, la Commission a été le premier pourvoyeur d'aide humanitaire aux Palestiniens, avec 183 millions d'euros alloués aux populations vulnérables dans toute la région.