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Bulletin Quotidien Europe N° 8953
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Parler sans complexes de la politique de défense dans la Constitution

Ils savent de quoi ils parlent. Le débat sur la Constitution européenne néglige en général le volet de la défense, bien que les avancées dans ce domaine soient particulièrement significatives, et je ne fais pas exception. Pourquoi ? Je crois que la plupart des commentateurs ressentent un certain embarras, une sorte de gêne psychologique, à insister sur les aspects militaires, car ceux-ci peuvent paraître à première vue en contradiction avec l'objectif prioritaire de la construction européenne qui était la réconciliation entre les pays qui venaient à peine de se déchirer dans la pire des guerres de tous les temps, la fin pour toujours des conflits en Europe, la paix définitive. C'est intellectuellement absurde, car il est évident que la PESD (politique européenne de sécurité et de défense) n'a rien à voir avec les agressions ni avec la volonté de puissance traditionnelle. Et pourtant la réticence existe. C'est pourquoi je saisis au vol l'occasion d'en parler non pas avec mes mots, mais avec ceux de Luc Frieden, président en exercice du Conseil de l'UE compétent en cette matière, et de Michel Barnier, qui, avant de devenir ministre français des Affaires étrangères, avait présidé en tant que commissaire européen les travaux de la Convention relatifs au volet PESD de la Constitution.

Le pourquoi et le comment. Luc Frieden avait décrit les objectifs et le fonctionnement de la PESD avant de présider lundi la réunion ministérielle européenne ad hoc, et je reproduis l'essentiel de ses propos (publiés dans « La voix du Luxembourg»): « L'UE a besoin d'un bras armé non pas pour faire la guerre mais pour prévenir ou gérer les situations de crise internationale. Elle est en paix depuis 60 ans grâce à la construction européenne, mais cela ne suffit pas ; il faut aussi faire en sorte que le monde puisse vivre en paix. La mise en commun de nos moyens militaires n'a d'autre but qu'une plus grande efficacité dans la gestion des crises internationales. En Bosnie, en prenant la relève de l'OTAN, l'Europe mène seule une grande opération militaire avec près de 8000 soldats. Elle a en même temps pour vocation de préparer le retour à l'Etat de droit par des missions de formation et en aidant certains pays à mettre en œuvre des réformes démocratiques. Pour l'instant, la PESD remplit ce genre de mission en Géorgie et en Irak, dans des contextes différents.

Il est, en outre, normal de pouvoir utiliser les énormes moyens logistiques des armées pour des situations autres que les conflits, par exemple dans des catastrophes telles que le tsunami de décembre dernier. L'objectif n'est pas de remplacer l'action humanitaire mais d'apporter une contribution qui peut être décisive car on peut mobiliser efficacement et rapidement de gros moyens.»

Sur l'état de mise en œuvre des moyens envisagés, M. Frieden a rappelé: « L'UE veut avoir plus de capacités pour mieux gérer les crises. Elle veut être capable de déployer, en une quinzaine de jours après la décision politique d'intervenir, de petits groupes efficaces n'importe où. Dès janvier 2006, l'UE aura des groupements tactiques multinationaux (battle groups) de 1.500 hommes et femmes en mesure d'intervenir très rapidement. En 2010, ces groupements seront 13. Un jour, l'UE aura tous les éléments pour une armée européenne. Un noyau, l'Eurocorps, existe déjà, avec un état-major mixte permanent ; cinq pays - Allemagne, France, Espagne, Belgique et Luxembourg- en font partie. L'Eurocorps vient de mener avec succès une opération en Afghanistan. Bien entendu, les Etats membres gardent leurs prérogatives et leur propre armée.»

L'apport de la Constitution. Michel Barnier a synthétisé (dans La Tribune) ce qu'apporte la Constitution: «L'objectif est que ceux qui veulent agir pour la sécurité et la défense du continent puissent le faire ensemble dans le cadre de l'Union. Si l'UE s'interdit d'aborder en tant que telle les questions de défense, certains Etats membres le feront en dehors, avec les risques que cela comporte pour l'union politique du continent. D'après la Constitution, pour la première fois des clauses d'assistance et de solidarité garantissent à chaque Etat membre la mobilisation de l'UE en cas de menace ou d'attaque terroriste. Pour la première fois, l'UE sera représentée par un ministre des Affaires étrangères également compétent pour la sécurité et la défense. Pour la première fois, l'UE se dote d'une Agence européenne de l'armement qui renforcera sa capacité d'agir en développant la base technologique et industrielle de sa défense. Pour la première fois, les pays européens qui le souhaitent pourront avancer plus vite et plus loin en mettant en œuvre des coopérations spécifiques.» Et tout ceci sera toujours compatible avec la participation à l'OTAN. La Constitution rend opérationnelle l'Europe de la défense, en donnant à l'UE les moyens pour jouer son rôle au-delà de ses frontières. Sans moyens militaires, a rappelé M. Barnier, l'UE n'avait pas pu empêcher trois guerres à ses frontières, dans les Balkans, qui ont fait 250.000 morts. Avec la Constitution, elle le pourra. (F.R.)

 

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