Bruxelles, 14/04/2005 (Agence Europe) - Comme l'a annoncé jeudi la Présidence luxembourgeoise, une « discussion stratégique sur la Chine et ses voisins » est à l'ordre du jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères de type Gymnich (voir autre nouvelle). Si les ministres ne prendront aucune décision formelle, ils devraient évoquer la question du lien entre une levée de l'embargo sur les ventes d'armes vers Pékin et non seulement le respect des droits de l'homme en Chine, mais aussi la stabilité de la région Pacifique. Des sources de la présidence et proches de Javier Solana rappellent que le Conseil de décembre dernier a donné mandat à la Présidence luxembourgeoise d'achever les travaux « afin qu'une décision sur la levée de l'embargo puisse être prise » avant fin juin. Selon Eldar Subasic, porte-parole du ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, « la Présidence travaille toujours sur le renforcement du code de conduite » (qui réglemente les exportations d'armement) « et le toolbox » (les mesures spéciales appliquées aux pays précédemment soumis à un embargo sur les armes): les travaux seraient « bien avancés » et la présidence souhaite les clôturer afin de permettre une décision avant le terme de son mandat.
Si le nouveau Livre blanc publié mercredi par Pékin sur « Les progrès de la Chine en matière de droits de l'homme en 2004 » annonce des progrès, l'UE attend toujours que la Chine ratifie la convention des Nations unies sur les droits politiques et civils qu'elle a signée en 1998. Mais la garantie que la Chine assure la stabilité dans la région Pacifique est aussi un enjeu majeur pour les Européens. Dans ce contexte, l'adoption à la mi-mars par l'Assemblée nationale chinoise d'une loi antisécession qui envisage un recours à la force en cas de déclaration d'indépendance de Taïwan, et les tensions nationalistes actuelles entre la Chine et le Japon ne facilitent pas les travaux de la présidence et renforcent le camp des Etats membres hostiles à la levée de l'embargo. En effet, après l'adoption de la loi antisécession, et face à l'opposition de l'administration américaine (qui redoute un déséquilibre stratégique dans la région Pacifique et déplore les atteintes aux droits de l'homme) et aux menaces de représailles commerciales proférées par le Congrès, l'Union est nettement divisée: aux partisans d'une rapide levée de l'embargo emmenés par l'Allemagne et la France s'opposent des Etats membres peu disposés à lever l'embargo et/ou favorables à un report de la décision, le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark en tête, ainsi que la Pologne et la République tchèque, soucieux de ne pas déplaire à Washington. La décision de lever l'embargo, qui exige l'unanimité au Conseil et devait, selon les délais (time line) fixés en décembre 2004, intervenir si possible sous Présidence luxembourgeoise, pourrait ainsi être repoussée en 2006. Et ce d'autant plus que le Royaume-Uni ne souhaiterait manifestement pas hériter de ce dossier encombrant au cours de sa présidence du Conseil de l'UE au deuxième semestre 2005.
En outre, l'UE souhaite engager un « dialogue stratégique » avec les Etats-Unis sur la Chine et la stabilité dans la région Pacifique pour éviter de menacer le réchauffement actuel des relations transatlantiques. Dans ce contexte, M. Solana devrait se rendre à Washington à la fin du mois d'avril ou au début du mois de mai.