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Bulletin Quotidien Europe N° 8914
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/turquie

La ministre Güldal Aksit souhaite une participation de la Turquie au programme DAPHNE - Condamnation de la répression policière du 6 mars à Ankara - Crimes d'honneur, mariages forcés, violences restent monnaie courante dans de nombreuses régions en Turquie

Bruxelles, 22/03/2005 (Agence Europe) - Est-ce que les femmes, en Turquie connaissent leurs droits ? Et les politiciens, les juges, connaissent-ils ces droits ? Les femmes savent-elles comment réagir lorsqu'elles sont victimes d'une culture patriarcale imposant mariages forcés, crimes d'honneur, violences ? Telles sont les questions que l'UE doit mettre à l'ordre du jour de ses négociations avec la Turquie, a indiqué d'entrée de jeu Emine Bozkurt (PSE, Pays-Bas), rapporteur du PE, lors de l'audition sur « le rôle des femmes dans la vie sociale, économique et politique en Turquie », organisée le 16 mars à Bruxelles par la commission des Droits de la femme du PE, sous la présidence d'Anna Zaborska (PPE-DE, Slovaquie).

La ministre d'Etat turque pour l'égalité des sexes, Güldal Aksit, dont le courage et l'engagement sur le terrain ont été salués à plusieurs reprises par les spécialistes participant à l'audition, a souligné les efforts déployés par son gouvernement pour lutter contre la discrimination et l'exclusion sociale. Mme Aksit a cité, parmi les réformes les plus significatives déjà mises en application par le gouvernement turc, la ratification d'importantes conventions internationales sur les droits des femmes, l'introduction dans la Constitution d'un article visant spécifiquement à promouvoir l'égalité entre les sexes et la réforme des codes civil et pénal desquels ont disparu des concepts patriarcaux (concernant par exemple la chasteté et la moralité publique). La ministre a indiqué qu'Ankara a aussi lancé une campagne de sensibilisation aux droits de la femme, en y associant notamment des vedettes de football national. Quant au programme européen de lutte contre la violence envers les femmes et les enfants DAPHNE et la participation éventuelle de la Turquie, Mme Aksit a jugé ce programme « très efficace » en regrettant que « la contribution financière demandée à la Turquie pour y participer » - 5 millions d'euros - soit trop élevée. « Si des facilités pouvaient nous être accordées, nous y participerions avec bonne volonté », a-t-elle assuré.

La répression policière lors de la manifestation organisée le 6 mars à Istanbul en vue de la Journée internationale de la femme était « déplorable face au mouvement pacifique, bien que politique, de ces femmes », a estimé Mme Aksit, tout en reconnaissant que « la police turque a besoin de formation et d'éducation aux droits de la femme ». Mme Bozkurt a rappelé pour sa part « qu'une des conditions posées à la Turquie pour qu'elle puisse adhérer à l'UE est de veiller au respect des droits de la femme », tout en admettant qu'Ankara s'efforçait de réformer les codes civil et pénal pour lutter contre la discrimination des femmes. Anne-Brigitte Albrecsten, du Fonds de l'ONU pour les populations a estimé: « Il ne faut pas croire qu'il y a eu violence de la part de la police parce qu'il s'agissait d'une manifestation de femmes pour des femmes. Non, cette violence apparaît pour n'importe quel type de manifestations. Probablement la formation des policiers turcs est-elle très mauvaise ? Les événements du 6 mars ne sont pas liés aux femmes. Il revient à l'élite turque de réagir ».

Aux dires des experts invités, les mariages forcés, les crimes d'honneur et la violence au foyer restent monnaie courante dans bien des régions de Turquie. La discrimination est présente aussi dans le système éducatif, les jeunes filles étant scolarisées dans une mesure bien moindre que les garçons de leur âge. De même, la présence des femmes sur le marché de l'emploi est très faible: seulement 27% des travailleurs sont de sexe féminin et la plupart des femmes actives travaillent dans les secteurs de l'agriculture et de l'administration publique. Autre problème majeur en Turquie: l'absence d'informations fiables sur les conditions de vie des femmes, alors que sans statistiques officielles, il est difficile de planifier des actions. Mme Feride Acar, professeur de sciences politiques et d'administration publique à Ankara, a mis en exergue « les différences entre les régions, mais aussi entre communautés urbaines et rurales ». Mme Serap Cileli, militante contre les mariages forcés et les crimes d'honneur, a estimé quant à elle que la mentalité patriarcale constitue un obstacle majeur dans la lutte contre la discrimination des femmes. « La notion d'honneur concerne la virginité des femmes non mariées (…) et est une affaire de famille. La virginité des femmes est un phénomène social », a expliqué Mme Cileli. « L'opinion publique doit se rendre compte qu'un homme qui commet un crime d'honneur n'est pas un héros mais un zéro ! », a lancé Emine Bozkurt. Mme Vildan Yirmibesoglu, juriste à Istanbul, a constaté « le changement de mentalité qui se fait jour dans la société » et noté « l'apparition d'une prise de conscience en matière de droits des femmes ».

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