Bruxelles, 22/03/2005 (Agence Europe) - « La stratégie de Lisbonne ne vise pas à transformer un système économique pour en adopter un nouveau. Elle vise à adapter notre système économique actuel face à un nouveau contexte mondial, pour nous permettre de garder intacts nos propres modèles sociaux et environnementaux », a déclaré le président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Philippe Maystadt, lors d'une conférence organisée le 21 mars à Bruxelles par le Center for European Policy Studies (CEPS). Rappelant que le retard considérable qu'accuse l'Europe sur les Etats-Unis en termes de croissance économique depuis plus de vingt ans ne cesse de se creuser, M. Maystadt a souligné que la stratégie de Lisbonne ne vise « pas seulement à améliorer les performances économiques de l'Europe pour rattraper son concurrent américain » mais qu'elle a pour but de « les renforcer durablement à long terme ». « Contrairement à ce que pensent certains, la stratégie de Lisbonne n'est pas une analyse faite par des eurocrates. Elle est le fruit de l'analyse des nouvelles théories macroéconomiques de la croissance », a-t-il expliqué. Pour lui, le processus de rattrapage de l'économie européenne sur celle des Etats-Unis entamé à la fin de la seconde guerre mondiale s'est arrêté parce que « la croissance par imitation n'est plus possible pour l'Europe car celle-ci se situe à la frontière technologique: l'Europe ne peut plus compter sur une croissance fondée sur l'adoption de meilleures pratiques ou sur l'imitation des technologies produites ailleurs. Elle doit innover et développer ses capacités innovantes », a-t-il affirmé. Pour ce faire, l'Europe doit donc concentrer ses efforts dans quatre domaines: (1) la recherche développement et l'innovation. Dans ce domaine, l'Europe se situe loin derrière les Etats-Unis et le Japon notamment parce que les entreprises européennes ne consacrent que 60% de ce que consacrent ses concurrentes américaines et nippones aux investissements du secteur privé en recherche et développement. M. Maystadt donne l'explication suivante: « puisque l'innovation est un moyen de gagner un avantage compétitif, il se peut que le moindre degré de concurrence soit responsable de ce problème. Les difficultés que rencontrent les entreprises européennes à trouver des financements pour des activités à haut risque liées à l'innovation, notamment parce que le marché du capital-risque en Europe est nettement moins développé qu'aux Etats-Unis, est un deuxième facteur explicatif. Ensuite, il est très coûteux de protéger les résultats de la recherche en Europe, en particulier pour les PME. Enfin, la faible attractivité de l'Europe pour les chercheurs du reste du monde explique partiellement son retard face à ses concurrents » ; (2) la diffusion des nouvelles technologies; (3) l'ouverture des marchés à la concurrence ; (4) la formation.
Pour le président de la BEI, les maigres résultats de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne découlent d'un « agenda surchargé en termes d'objectifs et d'instruments, des objectifs prioritaires parfois conflictuels expliquant sa faible appropriation par les Etats membres et une faible coordination entre les Etats membres à la fois dans la mise en œuvre des réformes au niveau national et dans la transposition de la législation européenne ». « Les Etats membres ont eu trop tendance à choisir ce qu'ils préféraient dans l'agenda de Lisbonne », a estimé M. Maystadt. Pour lui, le Conseil européen de printemps devrait donc aboutir à « un arrangement institutionnel simplifié » qui permettra de faciliter l'identification des priorités de la stratégie de Lisbonne, de renforcer sa mise en œuvre en impliquant étroitement les Etats membres et de contrôler plus étroitement le processus. Cette nouvelle approche, fondée sur un cycle de 3 ans s'articule ainsi: les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-cinq adopteront un paquet de lignes directrices intégrées sur la politique économique et l'emploi ; les Etats membres adopteront des programmes nationaux de réformes après consultation à l'échelle nationale et régionale et remettront chaque année à la Commission un rapport national sur la mise en œuvre de la stratégie ; enfin, sur la base de ces rapports, la Commission rendra elle aussi un rapport annuel d'ensemble. « L'appropriation de la stratégie de Lisbonne par les Etats membres est essentielle. La Commission peut jouer un rôle en permettant à chacun des Etats membres de partager les bonnes expériences des autres », a commenté M. Maystadt. « Il n'est cependant pas facile pour un gouvernement de mettre en œuvre des réformes structurelles car celles-ci n'ont qu'un faible impact sur le court terme », a-t-il toutefois reconnu, ajoutant qu'il était essentiel de convaincre les citoyens des bénéfices de long terme de la stratégie. Pour le président de la BEI, les doutes des citoyens quant à la nécessité de la stratégie de Lisbonne est une nécessité, le blocage exercé par certains groupes de pression qui refusent les réformes, et les coûts politiques des réformes structurelles sont autant d'obstacles à une mise en œuvre efficace de la stratégie. Reprenant les mots du Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker (« Nous savons tous ce que nous devrions faire, mais nous ne savons pas comment gagner les élections après l'avoir fait »), M. Maystadt a pointé du doigt la « non attractivité politique des réformes structurelles pour les politiciens qui cherchent la réélection ». M. Maystadt invite donc les gouvernements à dépasser l'objectif de se faire réélire pour mettre en œuvre les réformes et faire comprendre aux citoyens leur nécessité.
M. Maystadt a en outre présenté la contribution de la BEI au Sommet de Printemps qui portera sur quatre points: (1) la recherche-développement. La BEI soutiendra les investissements du secteur privé dans la recherche, le développement des centres d'excellence et les centres de recherche universitaires ; (2) le capital humain. La BEI mettra l'accent sur le soutien à la formation universitaire en aidant à financer la modernisation des infrastructures, et soutiendra aussi les projets visant à améliorer l'accès à la formation et à offrir une formation « tout au long de la vie ». M. Maystadt a notamment indiqué que, dans ce contexte, la BEI soutient déjà deux projets pilotes visant à répondre à la pénurie d'ingénieurs en Italie et en Hongrie ; (3) la diffusion des technologies et le développement des technologies de l'information et de la communication. La BEI soutiendra la création de réseaux de communication et apportera une aide au développement des plates-formes de commerce électronique et au financement des systèmes d'information et de communication dans certains secteurs, comme celui de la santé ; (4) le soutien à l'entrepreneuriat. La BEI soutiendra les investissements des PME innovantes et contribuera au développement du capital-risque en Europe via le Fonds européen d'investissement.