Bruxelles, 27/01/2005 (Agence Europe) - La semaine prochaine, dans ses propositions sur la révision de la stratégie de Lisbonne, la Commission européenne suggérera en particulier « un système très avancé de gouvernance » et des mesures pour permettre une « appropriation » de la stratégie par les Etats membres. C'est ce qu'a anticipé le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso dans sa conférence de presse de mercredi soir après la présentation au Parlement des orientations stratégiques de la Commission pour les prochains cinq ans (EUROPE d'hier, pages 8 à 10). A la question de savoir si la Commission, dans cet exercice de revitalisation de la stratégie de Lisbonne, n'est qu'une sorte d'« entraîneur qui, hors du terrain, peut hurler, alors que ceux qui jouent le match, ce sont les gouvernements », José Manuel Barroso a répliqué: « Quel était le choix ? Ne rien faire ? Nous sommes en train de nous concerter. Nous allons proposer, et j'espère que j'aurai l'appui des gouvernements, un système de gouvernance pour le suivi de Lisbonne » (voir dans EUROPE du 13 janvier, pages 12 et 13, les déclarations du Président du Conseil Jean-Claude Juncker qui avait dit au Parlement européen: « nous proposerons que le Etats membres établissent des programmes d'action nationaux qui mériteraient d'être conçus de concert avec les partenaires sociaux et qui devraient être présentés au parlements nationaux qui, ensemble avec les instances communautaires, surveilleraient leur mise en application »). Nous allons « proposer un cadre »,a précisé M. Barroso, en s'exclamant: « J'ai été moi-même chef de gouvernement, et les chefs de gouvernement préfèrent avoir un cadre global accompagné par des références à d'autres pays, ils n'aiment pas être seuls, même s'ils n'aiment pas qu'on leur donne des leçons ». Et il a insisté: « les gouvernements ont besoin d'un cadre d'ensemble pour leurs réformes, mais les réformes dépendent des gouvernements,et aussi des parlements, de la communauté des affaires, des syndicats, de nos sociétés », alors que la Commission joue un « rôle de catalyseur, d'animateur de ce mouvement de réforme ». Sans vouloir en dire plus, M. Barroso a noté: « nous sommes dans le stade final de la préparation » de notre document. Et la vice-présidente de la Commission Margot Wallström (ancienne Commissaire à l'Environnement) s'est insurgée contre les « fausses oppositions » établies par certains » entre développement durable et compétitivité », en faisant remarquer en particulier que les technologies de l'environnement sont créatrices d'emploi.
Les régions des pays riches « qui le méritent » continueront à bénéficier d'aides européennes - Des
« champions européens, oui, mais s'ils sont le résultat d'une concurrence équitable »
Interrogé sur les déclarations de la Commissaire Neelie Kroes concernant la réforme des aides d'Etat (EUROPE d'hier, p.13), M. Barroso s'est voulu rassurant: nous entendons respecter « de manière stricte les règles de la concurrence et du marché intérieur (…), mais les régions des pays riches qui le méritent » continueront à bénéficier des aides communautaires. L'idée de la Commission, a-t-il martelé, est d'« aider les régions indépendamment du fait qu'elles soient dans un pays riche ou non. L'Union européenne, c'est ça. Sinon, il y aurait renationalisation (…), fragmentation de nos activités. Ce n'est pas notre philosophie. Si , par exemple, une région en Allemagne a des difficultés spécifiques à cause de la restructuration industrielle, cette région devra être aidée. Mais la Commission ne ferme pas les yeux si elle constate que, sous le couvert de la cohésion, il y a des aides d'Etat contraire aux règles de la concurrence ou au marché intérieur ».
Quant aux propos du vice-président Günter Verheugen chargé de l'industrie et de la stratégie de Lisbonne, qui a estimé, dans un interview, que l'UE devrait créer un environnement plus favorable à l'émergence de « champions européens » (voir EUROPE du 7 janvier, p.9), M. Barroso commente: « des champions européens, oui, mais s'ils sont le produit d'une concurrence équitable ». « Nous en avons besoin », a-t-il ajouté, en citant le succès d'Airbus, qui est « bon pour l'Europe ». Mais « si les fusions empêchent la concurrence, nous ne les aimons pas », a-t-il averti. Tout en précisant: à la Commission, « nous n'en avons pas encore discuté, et il n'y a pas de changement de la politique convenue ».
Toutes ces déclarations ne trahissent-elles pas des divergences au sein de la Commission ? Là, M. Barroso a lancé: la Commission est un Collège, nous sommes, « je dirais, des gens intelligents, et s'il y a des différences entre nous - il y en a, et ce serait très étrange qu'il n'y en ait pas, car nous sommes vingt-cinq personnes de vingt-cinq pays différents, avec des sensibilités, des langues différentes - ce ne serait pas un drame (…), ce qui compte, c'est le résultat global ».
Votre programme, c'est le « rêve américain (…), vous vous trompez de rêve », a dit un journaliste à M. Barroso, qui lui a répondu: « j'aime bien rêver, mais j'aime surtout changer la réalité d'une manière positive. Le modèle américain, ce n'est pas du tout la création d'emplois (…), nous refusons ce chemin. Nous parlons de plus d'emplois, et d'emplois de meilleure qualité, pas de « boulots type McDonald » (…). Mais les Américains se concentrent aussi sur la recherche, et là, oui, on peut suivre le modèle américain. Il ne faut pas avoir de complexes, et je refuse les caricatures ».
Révision de la stratégie de Lisbonne: la référence à 2010 devrait disparaître et l'accent serait mis
sur ce qui ne va pas: compétitivité, croissance, emplois, innovation
Le document que la Commission adoptera la semaine prochaine devrait insister surtout sur ce qui, dans la stratégie de Lisbonne, n'a pas vraiment fonctionné - compétitivité, croissance, emplois, productivité, innovation- , alors que, selon elle, les résultats obtenus en matière de cohésion sociale et de développement durable seraient bien meilleurs (rappelons là que la Présidence luxembourgeoise a constamment insisté sur le maintien de l'équilibre entre les différents piliers de la stratégie). Le Président Barroso (et aussi Jean-Claude Juncker) s'évertuent à dire que trop d'objectifs, ce n'est pas de véritables priorités, et que le processus de Lisbonne comporte trop de rapports qui ne se traduisent pas en réalité. L'idée est donc de réduire de manière draconienne la multitude d'objectifs de Lisbonne et de se concentrer sur un nombre plus restreint de priorités: innovation, investissement dans la recherche,société de l'information et télécommunications, augmentation du taux d'emploi, réforme des marchés du travail, adaptabilité et qualification des travailleurs. Mais aussi encouragement à une base industrielle solide et à l'amélioration des infrastructures en Europe.
La Commission voudrait à la fois une structure plus ramassée et plus réaliste, ce qui signifie que l'objectif de 2010 comme date à laquelle l'UE devrait être l'économie de la connaissance la plus dynamique du monde devrait disparaître. En revanche, le document de la Commission devrait insister sur une dimension qui avait peut-être été négligée en lançant la stratégie de Lisbonne: la responsabilité des Etats membres pour l'exécution de la stratégie. Raison pour laquelle la Commission devrait proposer l'élaboration de plans nationaux, à côté d'un plan pour toute l'Union (ce qui rejoint les idées de la Présidence luxembourgeoise: voir plus haut).