Bruxelles, 27/01/2005 (Agence Europe) - La délégation italienne du PSE au sein du Parlement européen milite en faveur du maintien de la politique de cohésion actuelle qui risque de faire les frais de la bataille des Etats membres sur les perspectives financières. Et elle se félicite de la position du gouvernement italien qui, depuis peu, s'éloigne de celle du « club des six » pays de la rigueur - Allemagne, Autriche, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède -, les autres « contributeurs nets » au budget de l'UE qui souhaitent plafonner le budget communautaire à 1% du Revenu national brut (RNB) de l'UE (voir EUROPE du 22 janvier, p. 11). C'est ce qui ressort d'un débat qui s'est tenu mercredi à Bruxelles entre les principaux membres italiens du groupe socialiste chargés du dossier du prochain cadre financier de l'UE.
Le président de la délégation italienne au groupe socialiste, Nicola Zingaretti, a déclaré, à propos de la position des six pays « contributeurs nets », que le fait de diminuer les ressources financières de l'UE aurait « un goût amer de renoncement (…) à nos ambitions d'un rôle accru que doit assumer l'UE ». « Il faut renforcer le rôle politique de l'UE en renforçant les politiques de cohésion et la compétitivité », a-t-il dit. Cette réduction du budget frapperait durement l'Europe, et aussi le sud de l'Italie, a estimé M. Zingaretti. Selon Claudio Fava, vice-président de la commission régionale, le plafonnement à 1% du budget de l'UE aurait pour effet de réduire de 336 à 180 milliards d'euros (dont 162 milliards déjà engagés en faveur des nouveaux Etats membres) les fonds pour la politique de cohésion. Seulement 18 milliards d'euros iraient aux 15 anciens Etats membres. L'Italie perdrait, pour ses régions du sud, de 10 à 21 milliards d'euros sur l'ensemble de la période 2007-2013.
Gianni Pittella, membre de la commission temporaire du PE sur les perspectives financières et rapporteur pour le budget 2006, a rappelé « l'écart considérable » qui existe entre la proposition de la Commission Prodi sur le cadre financier 2007-2013 et celle des « six radins de l'Europe »: 220 milliards d'euros (1020 milliards d'euros, selon le projet de la Commission, contre 800 milliards d'euros selon la position des six). La position des six « met en danger » le processus de ratification de la Constitution européenne (l'opinion publique risque d'être déçue par une réduction du budget de l'UE), l'achèvement de l'élargissement de l'UE prévu en 2007, la politique de voisinage, la stratégie de Lisbonne (« déjà affaiblie »), le rôle de l'UE en tant qu'acteur important sur la scène mondiale et la politique de cohésion, estime M. Pittella. « Notre lutte pour un maintien de la politique de cohésion est essentielle », insiste-t-il, car il s'agit de l'instrument principal de « la construction et du renforcement du modèle social européen ». Selon M. Pittela, cette politique ne doit pas aider seulement les régions les plus pauvres de l'UE, mais aussi les régions simplement pauvres. « On ne peut accepter un principe en vertu duquel, par le seul effet statistique de l'élargissement, les régions qui font partie de l'Objectif 1 se retrouvent, comme par miracle, en dehors des conditions permettant de bénéficier des fonds structurels », s'indigne-t-il, en notant qu'il faut un budget qui réponde aussi bien aux besoins des dix nouveaux Etats membres qu'à ceux des régions des anciens Etats membres qui continuent de connaître des difficultés. C'est pourquoi il faut, selon lui, « soutenir les propositions de la Commission » (336 milliards d'euros pour cette politique) et « rejeter toute tentative de renationalisation de la politique de cohésion » (demandée par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède: NDLR). M. Pittella considère aussi que les négociations sur le prochain cadre financier doivent impérativement s'achever d'ici fin juin. Comme les espoirs de succès des négociations sous présidence britannique « seront faibles », on risque de perdre un an pour les nouveaux programmes, a-t-il expliqué.
Le gouvernement italien a adopté récemment une position officielle « qui se rapproche de la notre », s'est félicité M. Pittella, qui a dit que plusieurs membres du gouvernement « nous ont assuré qu'ils défendaient la proposition Prodi ». Il faudra travailler « en cohésion » avec les pays du Sud et expliquer aux pays de l'Est (qui bénéficieront le plus des fonds structurels) que la position du « club des six » « lèse aussi leurs intérêts » (« s'il y avait, à partir de 2006, une forte réduction des fonds de cohésion, la prochaine fois ce sera leur tour »). Il faudra aussi « revenir sur le chèque britannique et envisager une possibilité de financement des dépenses agricoles de marchés », a-t-il ajouté à titre personnel. « Je pense qu'on pourrait prévoir une mesure ayant pour effet de soustraire la contribution des Etats au budget de l'UE du calcul du Pacte de stabilité », a-t-il estimé par ailleurs.
Selon M. Fava, la Présidence luxembourgeoise, et aussi le Portugal, accepteraient de revoir l'accord du Conseil européen d'octobre 2002 sur le gel des dépenses agricoles de 2007 à 2013 (mais Jean-Claude Juncker a dit: « je n'ai pas l'intention d'ouvrir ce dossier, voire de me brûler les doigts en essayant de l'ouvrir »: voir EUROPE du 5 janvier, p. 6).