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Bulletin Quotidien Europe N° 8876
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/antisemitisme/holocauste

Le Parlement insiste sur le travail d'éducation et sur un cadre européen contre le racisme et la xénophobie

Bruxelles, 27/01/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté jeudi à l'unanimité, moins dix abstentions (du Front national et du Vlaams Blok, mais aussi de députés PPE-DE, UEN, GUE, Verts), une résolution commune sur le souvenir de l'Holocauste, l'antisémitisme et le racisme. En proposant un amendement de dernière minute précisant que les camps d'extermination sont le fruit de « l'Allemagne nazie », le président du groupe socialiste Martin Schulz a mis fin à la polémique provoquée par des parlementaires polonais qui voulaient incriminer plus explicitement l'Allemagne et les nationaux-socialistes (EUROPE du 26 janvier, p.13). Cette formulation, que l'élu du SPD avait déjà acceptée la veille lors du débat, a été appuyée par le président du groupe PPE-DE, Hans-Gert Pöttering. Le Parlement a rejeté un amendement du groupe Union pour l'Europe des nations (UEN) qui citait spécifiquement « les nationaux-socialistes allemands ». La résolution, qui rend hommage aux victimes des nazis, réaffirme notamment la nécessité d'éducation et d'information des jeunes et invite la Commission à surveiller la mise en œuvre de 2000 sur l'égalité raciale.

Mercredi soir, la polémique avait cédé la place à « un débat émouvant et serein, franc d'un point de vue historique », a estimé le Président du Conseil Nicolas Schmit, « Auschwitz doit rester une douloureuse réalité présente interpellant les générations actuelles et futures à mieux comprendre et à rejeter toute idéologie de haine et d'exclusion, à concrétiser cette conscience du plus jamais ça ». Considérant que « l'obligation de mémoire n'est pas suffisante et (que) nous avons besoin d'action, car l'antisémitisme reste présent comme les racismes de tous genre », il a confirmé l'intention de la Présidence luxembourgeoise de reprendre les travaux sur la décision cadre sur le racisme et la xénophobie, bloquée depuis 2001. « Après la haine verbale, il y a souvent la haine physique, (…) il faut reprendre le travail », a-t-il lancé. Franco Frattini a précisé qu'il espérait reprendre les discussions sur ce texte "dans les semaines à venir". Cette proposition faciliterait « l'entraide judiciaire et fournirait un cadre juridique efficace pour lutter contre ces phénomènes", a estimé le Commissaire chargé de la Justice, de la sécurité et de la liberté.

Les députés ont insisté eux aussi sur le devoir de mémoire, et une majorité d'entre eux a salué la contribution de l'intégration européenne à la lutte contre l'antisémitisme et en faveur de la dignité humaine. La chrétienne démocrate allemande Ewa Klamt a ainsi estimé que « le souvenir de ces faits peut servir d'avertissement aux générations futures ». Elle a condamné « les attentats » qui frappent encore toutes les minorités, quelles que soient leur confession, et a appelé à œuvrer en faveur de l'idéal des pères fondateurs. « (Ils) nous ont réunis pour construire une Europe libre, démocratique et plus sûre, et il faut être dignes de cette tâche, car au 21ème siècle ce continent doit s'épanouir dans la paix", a-t-elle affirmé. Revenant sur la controverse entre députés, le travailliste britannique Glyn Ford a estimé que "personne n'est entièrement innocent ou entièrement coupable", en se demandant également si, pour éviter une répétition tragique de l'Histoire, il ne fallait pas « légiférer sur les insignes nazis ». S'exprimant dans le mêmes sens, la Baroness Sarah Ludford (ALDE), a appelé à « tirer les enseignements de cette idéologie pour combattre ceux qui sont antisémites et racistes au 21ème siècle ». Elle a proposé que dorénavant le 27 janvier soit un « jour de commémoration de l'Holocauste dans tous les Etats membres » et a souligné la nécessité d'une « reconnaissance particulière » du génocide des Roms. Pour la Verte allemande, Gisela Kellenbach, « il faut que l'éducation des jeunes, les visites des lieux de mémoire fasse partie des programmes obligatoires dans les écoles et les universités ». Elle suggère aussi de « réfléchir ensemble pour combattre les tendances nationalistes au sein de ce Parlement », estimant que « lorsqu'on tient des discours racistes, on ne peut pas le faire sous le couvert de l'immunité parlementaire ».

« Que notre colère et notre indignation ne vous surprenne pas », a clamé sur un autre registre le souverainiste polonais Bogdan Pek (IND/DEM), jugeant que « les membres polonais ont un point de vue que les médias occidentaux peuvent difficilement comprendre ». Il a ainsi regretté que « la résolution ne parle que des nazis », en rappelant qu'Hitler est arrivé au pouvoir après avoir été élu. Son compatriote du groupe PPE-DE, Boguslaw Sonik, a quant a lui recommandé d'être « humbles devant la vérité historique », mais a « apprécié » les déclarations de Martin Schulz, qui, auparavant, avait reconnu que les Allemands "ont un rôle particulier à jouer dans lutte contre les discriminations". M. Sonik a précisé que les députés polonais et son groupe politique « souscriront à la résolution commune », mais il a toutefois appelé à inscrire dans le texte une « expression claire sur l'implication des nazis allemands ». Martin Schulz a répliqué aux parlementaires, qui croient « que je ne veux pas des termes nazi et allemand dans le texte » en indiquant: « si ces mots peuvent avoir un impact favorable pour la commémoration des victimes, je suggère que cet ajout soit fait ».

Après cette mise au point, les parlementaires ont insisté sur la nécessité d'envisager des actions concrètes et cohérentes. Le socialiste polonais Jozef Pinior a souhaité que l'UE lance « un programme d'éducation pour les jeunes » et a souligné l'importance de la politique extérieure de l'UE pour « garantir partout la paix et le respect des droits de l'Homme ». De son côté, le conservateur britannique Timothy Kirkhope a tenu à avertir: « on ne peut pas oublier d'autres génocides, comme au Rwanda ou au Cambodge ». « Souviens-toi et n'oublie pas », a ensuite exhorté, en yiddish, le socialiste français Pierre Schapira, qui propose notamment de poser des plaques commémoratives dans les établissements scolaires, avec le nom des élèves qui ont été déportés, et d'organiser des célébrations chaque 27 janvier. Cette dernière initiative a été accueillie favorablement par Franco Frattini, qui « apprécie l'idée d'une journée européenne de mémoire de l'Holocauste » et qui rappelle que la Commission entend transformer l'Observatoire sur le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme de Vienne en une agence européenne pour la protection des droits fondamentaux (voir EUROPE du 26 janvier, p.6).

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