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Bulletin Quotidien Europe N° 8875
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/proche-orient

Pessimisme pour le Proche-Orient malgré l'élection de Mahmoud Abbas

Bruxelles, 26/01/2005 (Agence Europe) - L'élection de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne, le 9 janvier, est pour beaucoup porteuse d'espoir pour le conflit israélo-palestinien. Mais les deux parties réussiront-elles à concrétiser cette opportunité, cette « fenêtre ouverte » sur le terrain ? C'est à cette question que les participants à la table ronde Prospects for Peace: The New Palestinian Leadership, organisée mardi soir à Bruxelles, ont été invités à répondre par The Transatlantic Institute. Et les espoirs ont été rapidement battus en brèche par les discussions tendues entre le délégué général palestinien auprès de la Belgique et de l'UE, l'ambassadeur Chawki Armali, et le chef de la mission d'Israël auprès de l'UE, Alon Snir, qui ont avant tout voulu défendre la politique de leur pays. Le chef de la mission d'observation des élections palestiniennes, Michel Rocard, et le directeur du Middle East Forum à Philadelphie, Daniel Pipes, demeurent extrêmement pessimistes sur l'issue du conflit au Proche-Orient. Le fondateur du European Policy Centre, Stanley Crossick, a essayé d'insuffler un peu d'optimisme dans le débat.

En ouvrant la table ronde, tant l'ambassadeur palestinien que le chef de la mission d'Israël ont montré des perceptions diamétralement opposées de la situation sur le terrain. Malgré toutes les « erreurs israéliennes », le nouveau président de l'Autorité palestinienne a continué à s'opposer à l'Intifada militaire même si « ça ne s'est pas fait sans heurts » au sein du gouvernement, a déclaré l'ambassadeur Chawki Armali. Qualifiant de « viscérale » et d'« intempestive » la réaction du Premier ministre israélien Ariel Sharon (qui a coupé tout contact avec M. Abbas à la suite de l'attentat-suicide commis au lendemain des élections), M. Armali a estimé qu'il était « infondé » de demander à M. Abbas de se battre contre le Hamas, ou tout autre mouvement, avant de reprendre le dialogue car « les forces de sécurité palestiniennes ne sont pas prêtes ». « Nous voulons tous, avec la communauté internationale, profiter de cette fenêtre ouverte pour relancer les négociations » et mettre en place la feuille de route du Quartette pour le Proche-Orient, a-t-il assuré.

Répondant à M. Armali, le chef de la mission israélienne auprès de l'UE s'est montré sceptique sur la volonté réelle des Palestiniens de saisir cette « fenêtre ouverte ». Pour Alon Snir, « il y a un prix à payer » pour accéder à la paix et « nous sommes prêts à payer ce prix » comme l'a prouvé Israël lors du déroulement des élections présidentielles palestiniennes. « Nous avons tout fait pour rendre ces élections démocratiques » même si cela pouvait comporter des risques pour la sécurité intérieure du pays, a-t-il assuré sous le regard sarcastique de l'ambassadeur Armali. De plus, et malgré la défection de son propre parti, le Premier ministre israélien maintient son plan de désengagement de la bande de Gaza, a-t-il ajouté. Mais Israël doute de la volonté de la société palestinienne de payer ce prix. « Nous voulons le voir (…) et pas entendre des déclarations (…) mais ce que nous avons vu jusqu'à présent n'est pas le cas. Nous voulons la sécurité mais nous ne l'avons pas depuis l'élection », a ajouté M. Snir qui, à l'inverse de l'orateur précédent, estime que M. Abbas dispose de la capacité et les infrastructures pour mettre fin aux attentats terroristes.

Tranchant avec le parti pris des deux précédents intervenants, Michel Rocard s'est toutefois déclaré extrêmement pessimiste sur l'issue du conflit israélo-palestinien. Les élections palestiniennes ont été « remarquables » et « démocratiques », a-t-il déclaré en félicitant Israël pour avoir permis la tenue des élections mais tout en rappelant à l'ordre M. Snir. « Vous avez fait beaucoup » mais « vous pouvez faire encore sensiblement plus », a-t-il déclaré. Mais si cet élan démocratique du peuple palestinien est une bonne chose, il ne permet cependant pas à M. Rocard d'être optimiste pour la suite à cause notamment de la politique menée par M. Sharon. La « thèse » de celui-ci « selon laquelle l'Autorité palestinienne peut endiguer le terrorisme » est « dangereuse », a estimé M. Rocard. Tout en condamnant fermement les attentats terroristes, celui-ci estime que face à « l'horreur », la réaction doit être « l'intelligence » et non « la panique ». Or, en général et surtout ces derniers jours, la réaction du Premier ministre israélien est « disproportionnée ». « Puisque Israël est une grande démocratie, pourquoi laisse-t-elle se conduire quelques colons comme des délinquants ?», a-t-il demandé à M. Snir en fustigeant par ailleurs le manque de responsabilité des autorités religieuses des deux camps dans ce conflit. Israël est « malade d'insécurité et ça se comprend » mais « l'Etat hébreu doit travailler en confiance avec l'Autorité palestinienne » au lieu d'exiger d'abord la fin des attentats.

Pessimisme de rigueur également chez David Pipes mais pour des raisons différentes de celles de M. Rocard. Armé d'un argumentaire très théorique et historique, M. Pipes a exposé les raisons de son pessimisme. Selon lui, certains membres de l'Autorité palestinienne «continuent à vouloir la destruction d'Israël » et, de ce fait, la guerre. Or, tant que la guerre ne finit pas et que les Palestiniens n'acceptent pas qu'Israël est « un fait », toutes les négociations seront vaines, a-t-il expliqué.

La seule voix discordante, et tentant d'insuffler un peu d'espoir, est venue de Stanley Crossick appelant les deux parties à « aller de l'avant » en cessant de chercher qui a tort ou raison. Naturellement, des deux côtés, il y a des gens qui ne veulent pas la paix mais il faut être patient et laisser à M. Abbas la chance de réussir, a-t-il déclaré. Les Etats-Unis comme l'Union européenne doivent œuvrer à la recherche d'une solution politique au conflit mais « sans juger », a-t-il ajouté. Et cette solution passe d'abord par un retrait permanent de l'armée israélienne de la bande de Gaza suivi de la reconstruction des territoires occupés avec «l'implication de toutes les parties », a-t-il poursuivi en proposant la constitution d'un « Groupe de Haut niveau » sur cette question, réunissant les Palestiniens, les Israéliens, les Etats-Unis, l'UE et l'Egypte. « Je crois qu'il y a un espoir » mais celui-ci passe par « un cessez-le feu, le retrait de Gaza, la reconstruction des territoires palestiniens, et un regard vers le futur », a-t-il conclu.

Au cours de la discussion suivant le débat, le député socialiste autrichien Hannes Swoboda a, comme M. Rocard, appelé Israël à faire preuve d'intelligence. Si les terroristes savent qu'en commettant leurs actes, ils entraîneront automatiquement une riposte armée de Tsahal, c'est leur laisser beaucoup trop de pouvoir dans ce conflit, a-t-il estimé. Israël a le droit de demander à M. Abbas de combattre le terrorisme mais il faut lui laisser le temps de le faire, a-t-il ajouté. Pour le conseiller à la mission de Jordanie auprès de Bruxelles, Malek Twal, le pessimisme du débat s'explique « par la souffrance des deux côtés ». Malgré tout, M. Twal voit des raisons d'être optimiste pour l'issue du conflit dans l'élection de M. Abbas, la nouvelle administration américaine et l'engagement accru de l'Union européenne dans la région. « Espérons voir un jour MM. Sharon et Abbas côte à côte » comme ce fut le cas de l'ancien président palestinien Yasser Arafat et de l'ancien Premier ministre israélien, Ytzhak Rabin, a-t-il conclu.

Une bien maigre lueur d'espoir dans un débat qui, du début jusqu'à la fin et malgré les tentatives de détente de certains orateurs, s'est révélé dense et pesant (source: notre publication Nouvelles Atlantiques).

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