Bruxelles, 26/01/2005 (Agence Europe) -Au cours des prochaines années, nous devons bâtir « un partenariat dynamique pour le renouveau européen, un partenariat pour la prospérité, la solidarité et la sécurité sur notre continent », a affirmé José Manuel Barroso en présentant à la plénière du Parlement européen, mercredi après-midi, les grandes lignes des objectifs stratégiques de sa Commission pendant les prochains cinq ans (EUROPE reviendra sur le programme de la Commission). Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui avait tenu à être présent (c'est la première fois qu'un président du Conseil européen intervient dans un débat sur le programme de la Commission, a commenté Hans-Gert Pöttering, président du groupe PPE-DE), a commenté: « le programme des présidences du Conseil jusqu'en 2006 » (luxembourgeoise et britannique) « ressemble comme une goutte d'eau » aux remarques du Président Barroso. Les citoyens ne se demandent pas si l'Europe, c'est la Commission, le Conseil ou le Parlement, c'est l'Europe, a lancé M. Juncker, applaudi par des « hear, hear » des élus européens britanniques (« certains compliments font plus plaisir que d'autres », a-t-il réagi). Nous devons maintenant rechercher « les moyens d'exprimer cette convergence de vues aux yeux des citoyens », a plaidé M. Juncker, qui a annoncé que le Président du Conseil Jean Asselborn inclura à l'ordre du jour du Conseil Affaires générales du 31 janvier le programme de la Commission Barroso.
Dans son bref exposé, M. Barroso, qui a annoncé que la Commission avait adopté le jour même son programme de travail législatif, a esquissé les grands traits d'une stratégie qui ne pouvait qu'être saluée par la majorité des députés, en plaidant pour un retour de l'Europe à la croissance, à la prospérité (d'où la nécessité de revitaliser Lisbonne: le rapport Kok a identifié le besoin d'exploiter « de nouvelles énergies »), mais aussi pour le maintien de la solidarité (économique, sociale, entre générations - ce qui signifie une attention particulière au développement durable). Cette solidarité ne peut pas s'arrêter à nos portes, et l'Europe ne doit pas avoir « l'illusion » de pouvoir agir dans l'isolement, a reconnu M. Barroso, en soulignant l'importance de la politique de voisinage, d'un multilatéralisme efficace, d'une « nouvelle stratégie pour l'Afrique ». Quant à la dimension « sécurité », M. Barroso a tenu à souligner les préoccupations des citoyens non seulement en termes de sécurité intérieure ou extérieure, mais aussi de protection face aux catastrophes naturelles, aux crises environnementales et sanitaires, aux risques dans le secteur des transports. Face à ce que les Européens ressentent comme un « excès de technocratie », il faut plus de communication, de transparence, un « sentiment d'optimisme », a estimé M. Barroso, qui a annoncé que, afin d'améliorer « le flux d'information » avec le Parlement, la Commission fournira « chaque mois un état prévisionnel des initiatives en préparation ». Enfin, une fois de plus, M. Barroso a voulu lancé un avertissement sur les perspectives financières 2007-2013: tout ce que la Commission demande, c'est de doter l'Union des moyens financiers nécessaires pour concrétiser les engagements pris par les chefs d'Etat et de gouvernement, d'un Conseil européen à l'autre. Applaudi de manière appuyée par les députés, M. Barroso, s'est écrié (à propos de la demande de six « contributeurs nets » au budget de l'UE de plafonner le budget à 1% du PIB dans la période 2007-2013): « nous sommes arrivés au point où j'entends la proposition de réduire le budget de l'UE à des niveaux même inférieurs à ceux de 2006: est-ce faisable ? est-ce réaliste ? ». Et, une fois de plus, M. Barroso a dit: on ne peut pas faire plus d'Europe avec moins d'argent, et nous devons arriver à un accord sur les perspectives financières en juin prochain, mais la Commission n'acceptera pas un accord “ à tout prix ».
Une majorité de députés appuie le programme de la Commission- Critiques à gauche et chez les anti-européens
Une majorité de groupes politiques a pu appuyer les grandes lignes de l'action à venir de la Commission Barroso, mais des protestations se sont levées à gauche et (plus virulentes) chez les anti-européens. Hans-Gert Pöttering, président du groupe PPE-DE, a insisté sur une Europe capable de redonner confiance aux gens et de reconnaître la contribution de chacun. Toujours inquiet pour le respect du Pacte de stabilité, l'élu de la CDU a demandé à la Commission de continuer à jouer son rôle de gardienne du Traité, en s'exclamant: ce ne sont pas les Etats membres qui doivent décider seuls de leur sort. Et il a assuré: si le Commissaire Almunia suit la ligne de son prédécesseur Pedro Solbes, il peut compter sur notre soutien. Le président du groupe socialiste Martin Schulz a été lui aussi plutôt encourageant, en lançant à M. Barroso: nous voulions voir si « le verre était à moitié plein ou à moitié vide », et, même si nous ne pouvions pas nous attendre à un « verre de vin rouge » de votre part, nous avons décidé de considérer que le verre est à moitié plein, puisque vous avez de bons projets, même s'il manque des choses que nous aurions aimé voir figurer dans votre programme. Vous êtes « capable d'écouter », a dit M. Schulz au président de la Commission.
Au sein du même groupe, l'ancien Premier ministre danois Poul Nyrup Rasmussen a été plus critique. Vous nous dites que vous voulez réduire le fossé entre riches et pauvres, mais voilà que votre Commissaire Neelie Kroes déclare que les régions pauvres des pays riches ne devront plus recevoir d'aides,
a-t-il reproché à M. Barroso (voir p.13). Quant à la socialiste française Pervenche Berès, elle a souligné l'ampleur du « défi magnifique » que doit affronter la Commission Barroso: faire enfin de la stratégie de Lisbonne une réalité, « en lui donnant de vrais outils ». Cette relance de Lisbonne doit reposer sur des perspectives financières adéquates et sur un Pacte de stabilité et de croissance capable d'assurer à la fois compétitivité, création d'emplois et développement durable, a-t-elle insisté. Graham Watson, président du groupe ALDE, a souligné lui aussi la nécessité d'un budget communautaire à la hauteur des ambitions des dirigeants européens: nous ne pouvons pas nous permettre d'être « parcimonieux », a-t-il averti. L'ancien président de la commission des libertés a aussi plaidé pour une vaste discussion sur la relation entre la sécurité intérieure et les libertés civiles. Et, en citant Jean Monnet qui disait que les véritables hommes d'Etat sont ceux qui ont des objectifs à long terme que les autres n'entrevoient pas, le libéral démocrate britannique a espéré que M. Barroso saura prouver qu'il a l'étoffe d'un véritable homme d'Etat. Même confiance dans les capacités du président de la Commission chez Brian Crowley, coprésident du groupe Union pour l'Europe des nations, qui estime que M. Barroso a du « courage politique » et « une réelle vision de ce que l'Europe devrait être ». L'Europe doit être « un leader mondial » dans la lutte contre la pauvreté, la famine, le sida, s'est exclamé le parlementaire irlandais avec son habituelle ferveur.
Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, a été nettement plus sévère. On a mis longtemps a reconnaître « l'échec de la stratégie de Lisbonne », mais les remèdes qu'on propose sont « extrêmement dangereux », a-t-il déploré, en regrettant une fois de plus « l'orientation libérale » de la Commission Barroso. Le communiste français réclame en particulier: un « contrôle démocratique de tous les fonds publics versés aux entreprises, afin de vérifier leur utilité en termes d'emploi », et « un examen sérieux des effets des libéralisations avant d'en proposer de nouvelles ». Une satisfaction, cependant: le fait que « pour la première fois, le projet de directive Bolkestein n'est pas cité » dans le programme de la Commission. Puis-je espérer que vous aller le retirer ? a demandé M. Wurtz à M. Barroso. Critique aussi, mais de manière plus nuancée, le Vert belge Pierre Jonckher, qui a souhaité que la Commission fasse davantage pour le développement durable et les énergies renouvelables, et qu'elle assure que la législation REACH sur les produits chimiques sera vraiment au service de la santé et de l'environnement. Votre proposition sur les perspectives financières, en réalité, n'est même pas le strict minimum, elle est insuffisante, s'est-il plaint. Carrément négatif, le coprésident du groupe Indépendance et démocratie, Jens-Peter Bonde, a fustigé en vrac la PAC (20% des destinataires bénéficient de 80% de ses interventions), les discriminations dont souffrent les nouveaux Etats membres, « l'armée de lobbyistes » qui viennent à Bruxelles réclamer de l'argent.
Au sein du groupe Ind/Dem, l'élu de l'UK Independence Party Roger Knapman a parlé de « mascarade de la démocratie », en estimant que c'est la Commission Prodi, « une Commission défunte » qui aurait dû être sur la sellette. Dans le même groupe, le Néerlandais Johannes Blokland s'est insurgé pour sa part contre le projet de service européen des relations extérieures, « dont les citoyens ne veulent pas », a-t-il assuré. Ashley Mote, transfuge de l'UKIP maintenant chez les non inscrits, a été encore plus virulent, en reprochant à la Commission d'être « une partie du problème, pas de la solution », et en lui conseillant de jeter la stratégie de Lisbonne « dans la poubelle de l'histoire ». Je voudrais une UE plus efficace mais avec moins d'objectifs, a admis la sociale-démocrate suédoise Lena Ek (seule parlementaire du groupe socialiste à avoir voté contre la Constitution européenne pendant la session de janvier: NDLR). Quant à la non-inscrite tchèque Jana Bobosikova, elle a lancé à M. Barroso: j'ai du mal à comprendre ce que vous voulez dire par « citoyenneté européenne », je ne sais pas ce que signifie être « un bon ou un mauvais européen », chez moi, on juge les gens d'après le parti auquel ils appartiennent.
Parmi les messages plus encourageants, celui de l'ancien ministre polonais des Affaires étrangères Miroslaw Geremek (ALDE), qui a dit à M. Barroso: vous parlez de « partenariat, ça me plaît, vous parlez de renouveau, ça sonne un peu comme une renaissance et ça me plaît ». En rappelant que l'Europe a depuis longtemps brillé de l'éclat de ses universités, M. Geremek s'est exclamé: de grâce, « n'empêchez pas l'Europe, au nom de la subsidiarité, de faire de la politique culturelle ». D'autres députés ont mis l'accent sur d'autres aspects: le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda, par exemple, sur la politique étrangère, en notant qu'être un « soft power ne signifie pas être un weak power », et en citant comme exemple de l'efficacité de l'action extérieure de l'UE, en Ukraine et en Iran. Roberta Angelilli (UEN, italienne) a demandé quant à elle que le Parlement européen ait une discussion sur le Pacte de stabilité avant le Conseil de mars, et aussi qu'on relance l'idée du Président Delors de financer des investissements publics européens grâce à des « bonds communautaires ».
« Vous verrez que la Commission fait ce qu'elle dit » lorsque ses objectifs se déclineront en projets précis, a assuré le Président Barroso à l'issue du long débat, en estimant que la première application concrète de ces objectifs doit être la révision de la stratégie de Lisbonne et en confirmant que la Commission présentera la semaine prochaine ses idées à ce sujet. Je travaillerai étant « complice » avec le Parlement, a promis une fois de plus M. Barroso.