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Bulletin Quotidien Europe N° 8872
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques remarques sur deux sujets d'actualité

Adhésions balkaniques: la condition prioritaire ? La Commission européenne exige que l'ouverture de négociations (pour l'adhésion ou pour des accords d'association) avec la Croatie, la Bosnie/Herzégovine et ultérieurement la Serbie soit précédée par la pleine coopération de ces pays avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). C'est compréhensible. Mais je ne peux pas cacher une certaine gêne face à l'insistance presque obsessionnelle sur cette condition et sur l'exigence que soient d'abord livrées au TPIY quelques personnalités explicitement nommées pour que les négociations puissent s'ouvrir. Certes, des crimes inadmissibles ont été commis. Mais l'arrestation préalable d'une paire de généraux doit-elle vraiment représenter, face aux opinions publiques locales et internationales, la condition prioritaire absolue? Dans la période triste des nettoyages ethniques, les crimes étaient assez largement partagés; et quelques poussées de férocité surviennent encore, les dernières au Kosovo. Soumettre l'ouverture des négociations à une "évaluation positive" de la situation de la part du TPIY (voir les déclarations du Commissaire Olli Rehn dans notre bulletin du 20 janvier, p.4) n'est-il pas quelque peu excessif ? L'accent ne devrait-il pas être mis surtout sur la réconciliation, le retour à la liberté, l'acceptation des "critères de Copenhague" ? Certains crimes doivent être poursuivis et punis, c'est entendu, mas en tant qu'un élément parmi d'autres. Insister surtout, et parfois uniquement, sur cet aspect risque, à mon avis, de ne pas présenter à l'opinion publique une vue suffisamment générale et objective des raisons pour lesquelles certains pays deviennent progressivement mûrs pour faire partie de l'Union européenne et celle-ci leur ouvre ses portes.

Une circonstance encourageante pour l'agriculture européenne. En parcourant le discours que le nouveau président du Conseil Agriculture a prononcé mercredi devant la commission du Parlement européen responsable de ce secteur (voir notre bulletin d'hier, p.5), j'ai eu tout de suite l'impression de reconnaître un ton familier. Mais bien sûr, Fernand Boden! C'est le ministre qui avait présidé le même Conseil en 1997, c'est lui qui avait fait approuver la définition des principes et des objectifs de la politique agricole commune (PAC) rénovée, où figurait notamment pour la première fois dans un document officiel du Conseil, le concept du caractère multifonctionnel de l'agriculture. M. Boden a fait le lien entre ses deux présidences: "Mon objectif fondamental sera de continuer d'œuvrer à la consolidation et à la défense du modèle européen d'agriculture défini en 1997 et basé sur une agriculture compétitive, durable, multifonctionnelle et répartie sur tout le territoire de l'Union, y inclus les régions défavorisées." Le Conseil "Affaires étrangères" avait (vraisemblablement sans le lire) inséré ce texte parmi ceux transmis au Sommet. C'était une étape importante dans la longue bataille en faveur de l'agriculture européenne, de sa prise en considération en tant qu'élément essentiel de notre civilisation, de nos paysages, de nos traditions et aussi de notre autonomie politique et économique (qui ne peuvent pas exister sans un certain degré d'autonomie alimentaire). À l'époque, le résultat avait été modéré: les autres formations du Conseil n'avaient pas tenu suffisamment compte des idées-forces du document Boden ; mais elles ont fait depuis leur chemin.

Il est positif que M. Boden soit à nouveau là pour les réaffirmer, car la bataille pour l'agriculture européenne n'est jamais gagnée et il faut la poursuivre sans relâche. M. Boden a exposé aux députés plusieurs idées intéressantes. Par exemple, de ne pas lier les projets relatifs au développement des zones rurales (lesquelles constituent l'essentiel du territoire de l'UE et ne doivent pas nécessairement concentrer leurs efforts sur la production agricole, loin de là) aux perspectives financières globales 2007-2013: une réglementation efficace est urgente et elle doit être établie quelle que soit en définitive la dotation financière. Il a aussi insisté sur la qualité de la vie, la sauvegarde des forêts, la diversification économique en milieu rural. Plusieurs des dossiers qu'il a évoqués sont liés aux relations de l'UE avec les pays tiers (sucre, régime d'importation des bananes et du bois, etc.); il faudra veiller à la coordination entre les responsables de l'agriculture et ceux des relations extérieures. M. Boden a cité aussi l'attention croissante de l'opinion publique pour la sécurité des aliments, la santé, le bien-être des animaux, la protection des végétaux: il ne suffit pas d'avoir de bons règlements, encore faut-il éviter que "les dispositions nécessairement sévères que nous adoptons soient mal appliquées sur le terrain". M.Boden s'est référé à plusieurs reprises à l'importance des projets déjà présentés par la Commission sous la responsabilité de M. Fischler et à ceux qu'elle doit encore présenter, sous la responsabilité de Mme Fischer Boel. Le rôle de cette dernière sera essentiel; la communauté d'orientations et la bonne entente entre la Commissaire et le président du Conseil sont indispensables.

(F.R.)

 

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