Bruxelles, 16/06/2004 (Agence Europe) - Le projet européen est en crise, et pour cette raison le nouveau Président de la Commission européenne doit répondre à trois caractéristiques: être pro-européen, être social et représenter le compromis le plus large entre les forces politiques. C'est la position du co-président du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit (même si sa co-présidente, Monica Frassoni, préfère le mot « médiation » au mot « compromis »), exprimée mercredi devant la presse à Bruxelles. Selon ces critères d'après le Vert allemand, il y a un seul candidat qui pourrait obtenir les deux tiers des voix du Parlement européen: Jean-Claude Juncker. Le Premier ministre luxembourgeois est celui qui s'inscrit le mieux dans la tradition démocrate-chrétienne et sociale qu'a représentée Jacques Delors. S'il n'acceptait pas du premier coup la nomination, les Verts vont tenter de mobiliser les parlementaires pour qu'ils refusent, au premier tour, tout nom autre que le sien. « Une fois que tout le Conseil se sera mis à genoux devant lui, et que les Luxembourgeois auront vu 24 chefs d'Etat à genoux devant M. Juncker, l'opinion publique de son pays lui dira certainement d'accepter ». En même temps, M. Cohn-Bendit propose pour la présidence du Parlement européen un candidat « radicalement européen », l'ancien Premier ministre socialiste français (et député européen) Michel Rocard. M.Rocard n'est pas un « socialiste béat », c'est quelqu'un qui sait prendre ses responsabilités politiques et qui pourrait relever le niveau du débat européen. Ce tandem pourrait, selon Cohn-Bendit, redonner aux citoyens « l'envie d'Europe » qu'ils ont perdue.
M. Cohn-Bendit s'insurge, en revanche, contre un éventuel accord entre un futur groupe du centre et le PPE, selon lequel le premier accepterait d'élire Hans-Gert Pöttering à la présidence du PE pendant cinq ans, et le PPE soutiendrait Guy Verhofstadt à la présidence de la Commission. En répondant à des questions, M.Cohn-Bendit a estimé que M. Rocard pourrait être élu pour deux ans et demi, la suite du mandat allant à « qui en aura envie », M. Watson, M.Bourlanges ou un autre... Ou le représentant d'un nouveau pays membre ; je voterai « avec joie » pour Bronislaw Geremek, a affirmé Daniel Cohn-Bendit. A la question de ce que peuvent penser les électeurs de ces « manœuvres », Monica Frassoni réplique que les Verts sont parfaitement fidèles à leur mandat, qui est d'assurer le meilleur fonctionnement possible des institutions, dans un sens progressiste. « Les électeurs comprendront », assure-t-elle.
François Bayrou va créer aujourd'hui son parti du centre, et: « je trouve ça très bien », a affirmé M. Cohn-Bendit, qui est aussi « absolument pour » le départ du groupe PPE-DE de centristes pro-européens qui iraient rejoindre cette nouvelle formation. « Le renforcement de l'échiquier politique au centre est intéressant pour la dynamique européenne », a conclu M. Cohn-Bendit.