Paris, 03/12/2003 (Agence Europe) -Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, dans son discours devant l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale, mardi, a salué "l'heureuse initiative" du conclave de Naples sur une coopération structurée permanente en matière de défense européenne et une clause de défense mutuelle à inscrire dans le traité constitutionnel. Comme nous l'avons indiqué (EUROPE d'hier, p.5), M. Juncker a estimé, selon un compte-rendu de l'Assemblée de l'UEO, que "l'assistance mutuelle est déjà dans les têtes, pourquoi ne pas l'inscrire dans la Constitution". Et il a exhorté la CIG à apporter "les clarifications nécessaires" en cette matière, face au "débat inquiétant" provoqué par ceux qui caricaturent les projets de défense européenne les qualifiant de "putsch contre les Etats-Unis" ("l'émancipation européenne n'est pas le divorce", a-t-il lancé). Selon lui, ce "grand débat" devra permettre de "réconcilier ceux qui pensent que nous sommes allés trop loin et ceux qui estiment que nous nous sommes arrêtés trop tôt". La dimension défense devra être"au coeur" de la future Constitution, qui serait sinon "inachevée", a-t-il insisté, tout en souhaitant qu'un forum interparlementaire exerce à l'avenir son contrôle sur ce qui relève là de la politique intergouvernementale. Je n'ai pas"d'inconvénient à ce que l'Assemblée de l'UEO soit chargée de ce travail interparlementaire", a-t-il signalé, en annonçant qu'il demandera au Conseil européen de Bruxelles que la CIG aborde cette question de la dimension parlementaire de la PESD, jusqu'ici négligée.
Le libéral belge Armand De Decker, élu mardi nouveau président de l'Assemblée, ne pouvait que se réjouir de ces propos: lorsque nous envoyons des troupes dans le monde, a-t-il rappelé, c'est nous, les parlements nationaux, qui en assumons la responsabilité avec nos gouvernements respectifs, et "nous sommes responsables de la qualité de leur armement, de leur équipement (...), sommes confrontés aux familles de nos soldats lorsqu'ils y perdent la vie". Et, tout en reconnaissant que "les fédéralistes européens répugnent à reconnaître cette vérité", il a estimé que,"tant qu'une politique européenne reste totalement ou partiellement intergouvernementale, elle doit être contrôlée par une Assemblée interparlementaire européenne". Le dialogue établi avec la commission des Affaires étrangères du PE est utile, mais tout à fait insuffisant, note le président sortant du Sénat belge, pour qui il faut donc poursuivre ce dialogue mais, surtout, convaincre les gouvernements et les parlements nationaux de la nécessité de"conserver une Assemblée interparlementaire pour le contrôle de la politique européenne de sécurité et de défense". Quant aux avancées de Naples, si la CIG les confirme, "l'Union européenne, dont l'UEO fait partie intégrante, disposera de tous les moyens pour développer, cinquante ans après l'échec de la CED, une politique de sécurité et de défense digne de ce nom" (si la Communauté européenne de défense avait vu le jour, elle aurait "dès 1954 doté notre continent d'une armée européenne elle-même intégrée dans l'OTAN", a-t-il remarqué). En revanche, si la Constitution n'est pas adoptée, "je ne pense pas que l'UE pourrait développer une politique de sécurité et de défense sur la base du Traité de Nice", a-t-il averti, "et la seule solution consistera à la développer dans le cadre du Traité de Bruxelles modifié constitutif de l'UEO". On assisterait alors, selon lui, à "la deuxième revitalisation de l'UEO, sa troisième vie" (la première revitalisation remonte à 1984: NdlR).
Lord Bach, ministre britannique chargé de l'approvisionnement pour la Défense, a lancé une mise en garde: le Royaume-Uni est d'accord pour mettre à jour les missions du Peterbserg et de créer une Agence européenne de l'armement ("intergouvernementale", précise-t-il), mais "nous ne serons pas d'accord sur une clause de défense commune qui contredirait ou remplacerait la garantie de sécurité de l'OTAN". Selon lui, seulement une coopération structurée qui se concentrerait sur "l'amélioration d'une capacité efficace et rapidement déployable pourrait être acceptable".
L'Assemblée, par ailleurs, a adopté les rapports de: - John Wilkinson qui demande à l'Europe d'accroître sa capacité de projection de forces aériennes et d'armements en cas de crise. Il s'agirait notamment de: créer un centre européen de recherche et de sauvetage au combat, acheter de nouveaux avions de transport et des munitions guidées de précision, renforcer les capacités de surveillance et de reconnaissance; -Guillermo Martinez Casan qui propose d'insérer dans la future Constitution de l'UE une disposition prévoyant que l'Union contribuera aux "travaux du nouveau groupe de haut niveau constitué par le Secrétaire général des Nations unies pour analyser les principales menaces à la paix et à la sécurité, identifier les conditions d'une action collective efficace et faire des recommandations sur les moyens de renforcer l'ONU". Selon le rapporteur, les pays européens doivent mettre davantage de ressources à la disposition de l'ONU pour "prévenir les menaces contre la paix".