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Bulletin Quotidien Europe N° 8562
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/cese/strategie de lisbonne

La conférence sur la participation de la société civile au processus de Lisbonne a mis en évidence l'absence de sentiment d'urgence de réaliser les objectifs de Lisbonne et le manque d'information des citoyens - Pas de réussite de la deuxième phase de la stratégie sans une participation accrue de la société civile

Bruxelles, 13/10/2003 (Agence Europe) - A l'aube d'un élargissement historique de l'Union européenne, la conférence sur la participation de la société civile au processus de Lisbonne, organisée à la fin de semaine dernière par le Comité économique et social européen (CESE) à la demande du président de la Commission européenne Romano Prodi, a permis aux quelque 250 responsables de réseaux et d'organisations qui constituent la société civile organisée de l'UE des Quinze et des dix futurs pays candidats de faire le point sur une révision à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne (voir entre autres EUROPE du 9 octobre, p.17). Tous se sont accordés pour réaffirmer que les objectifs de la stratégie sont valables, mais des retards et des lenteurs ont été constatées dans leur réalisation. Une des raisons en serait, comme l'a souligné le Secrétaire général du patronat européen (Unice) Philippe de Buck, "le manque du sens de l'urgence" des objectifs de Lisbonne chez les chefs d'Etat et de gouvernement. M. de Buck a lancé une mise en garde: "2010, ce n'est pas l'éternité; c'est aujourd'hui qu'on doit réaliser la stratégie de Lisbonne, pas en 2010!". Les participants ont également pu constater que les Européens ne comprennent guère les objectifs de Lisbonne, par manque d'information, et qu'ils craignent, comme l'a souligné à plusieurs reprises le conseiller français Bruno Vever, que "le modèle social européen ne soit jeté en l'air et remplacé par un modèle coréen, par exemple, ce qu'ils ne veulent pas".

Le ministre irlandais aux affaires européennes Dick Roche (dont le pays assumera la présidence de l'Union le 1er janvier 2004) s'est voulu rassurant en présentant les priorités irlandaises pour faire avancer la stratégie de Lisbonne, et en indiquant qu'elle insistera non seulement sur les impératifs économiques mais aussi sur les questions sociales et environnementales. M. Roche a également précisé, en ce qui concerne plus particulièrement les objectifs "emploi", que la Présidence irlandaise ferait siennes les recommandations que la Task Force Emploi présidée par Wim Kok rendra publiques le 29 novembre. Le ministre italien chargé des politiques communautaires Rocco Buttiglione a lancé un appel vibrant en faveur d'un « Pacte de stabilité pour la croissance et non pour la stagnation ». Le président du Parlement européen, Pat Cox, a souhaité que l'on montre « davantage d'appétit pour les réformes », et estimé qu'il faut renouveler et redéfinir les engagements en matière de solidarité sociale.

Les résultats engrangés par la stratégie de Lisbonne sont clairs, mais beaucoup reste à faire, a reconnu le Professeur Maria Rodrigues (initiatrice de la stratégie de Lisbonne). Pour elle, la deuxième phase de cette stratégie ne pourra toutefois pas se concrétiser sans une participation accrue de la société civile. L'accent doit porter sur la mise en œuvre de la stratégie aux niveaux national et local, avec une implication « la plus rapide possible » des futurs Etats membres, a souligné Mme Rodrigues. Selon elle, « les engagements européens devraient être adaptés au niveau national, en impliquant à tous les stades les acteurs concernés et en demandant à la Commission européenne d'améliorer encore ses méthodes de travail en la matière et de lancer une approche globale de la stratégie de Lisbonne dans ses contacts avec les parlements nationaux ». Enfin, Mme Rodrigues a souligné l'importance du lien avec le citoyen ordinaire. « Toucher le citoyen ordinaire est très, très important, car pour l'instant, il n'est pas informé. Il est dans l'ignorance et il est de prime importance de rattacher la décision européenne à leur vie de tous les jours ». C'est la raison pour laquelle Maria Rodrigues demande qu'on fasse une campagne d'information qui s'inspirerait « un peu » de ce qui a été fait pour le Marché unique. Et de conclure: « La véritable clef du succès pour la stratégie de Lisbonne, c'est que les organisations européennes travaillent main dans la main avec les organisations nationales, car ensemble, elles constituent l'outil le plus important pour atteindre les citoyens et relever le déficit d'information. En ce sens, le rôle du CESE est vital pour faire avancer le processus de participation ».

Le Secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES) Rainer Hofmann a noté que la stratégie de Lisbonne ne réussira que « si on dispose des instruments appropriés qui nous sont imposés par cette stratégie et si les réformes structurelles sont réalisées ». Il a précisé que « la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne nécessite un engagement plus poussé de la part des partenaires sociaux, par le biais d'un rapprochement des différents niveaux - européen, national et local ». Pour l'Unice, Philippe de Buck a noté qu'actuellement « l'Europe est prise en tenaille entre ses activités de R&D et universitaires qui se dirigent vers les Etats-Unis, et celles de son industrie qui vont vers l'Est, tant vers les pays d'Europe centrale et orientale que vers l'Extrême-Orient ». Selon lui, « c'est là le dilemme auquel l'Europe est confrontée et que nous devons résoudre tous ensemble: c'est cela le défi de la stratégie de Lisbonne ». Pour Maria Rodrigues, la stratégie de Lisbonne ne demande pas à l'Europe d'imiter les Etats-Unis, « mais d'être elle-même ». Et de préciser: « L'objectif de la stratégie de Lisbonne est un objectif propre à la culture européenne parce qu'il y a un lien entre l'économique, le social et l'environnemental et qu'il existe une manière plus intelligente de développer la compétitivité, par la connaissance ». Mme Rodrigues estime que la stratégie de Lisbonne est aussi une réponse à la mondialisation. « L'Europe doit se préparer à investir dans de nouveaux domaines en tenant compte de la cohésion sociale. Il faut une politique active et ambitieuse dans les négociations de l'OMC qui doivent reprendre. L'initiative de croissance est un signal positif à insérer dans le cadre global de la stratégie de Lisbonne », a-t-elle commenté. Le Secrétaire général de la Commission européenne David O'Sullivan (qui remplaçait le président Prodi, empêché) a rappelé que les chefs d'entreprise sont les créateurs de richesses et de bien-être qui aident à financer notre modèle social européen, et que l'agenda de Lisbonne propose des choix nécessaires pour assurer la durabilité de ce modèle social.

Tirant les conclusions des travaux des trois ateliers (portant l'un sur la nouvelle gouvernance, le deuxième sur l'articulation entre les efforts européens, régionaux et locaux dans la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne,et le troisième sur l'échange de bonnes pratiques dans ce domaine), le président du CESE Roger Briesch a mis en évidence une série de nécessités primordiales, y compris: 1) meilleur achèvement du Marché unique: des obstacles subsistent dans les secteurs de l'énergie, des télécommunications, des marchés publics et des douanes ; 2) brevet européen et une protection juridique efficace et accessible à tous en cas de conflit, notamment pour les PME qui se lancent dans l'innovation technologique. Le président Briesch a encore souligné la nécessité de faire « un effort d'information et de sensibilisation » grand public, « l'axe propulseur devant être la société civile ». Il ressort également des travaux de la Conférence que la stratégie de Lisbonne manquent de transparence pour l'ensemble des citoyens. Pour y remédier, tant les institutions européennes que les gouvernements devraient mettre en œuvre une campagne comparable à celle qui a été mise en œuvre pour le marché unique et pour l'euro, estiment les participants.

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