Bruxelles, 07/10/2003 (Agence Europe) - La Commission européenne a donné, lundi, le coup d'envoi du développement d'un programme de recherche européen dans le domaine de la sécurité en proposant d'y consacrer, à titre d'action préparatoire, 65 millions d'euros sur les trois prochaines années (2004 à 2006) dont 15 millions dès 2004. Un groupe de personnalités issues des sphères industrielle, gouvernementale et académique - parmi lesquelles on compte l'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt, l'ancien Commissaire européen Peter Sutherland, Burkard Schmitt de l'Institut de l'UE pour les études de sécurité ou François Heisbourg de la Fondation (française) de recherche stratégique - s'est réuni pour la première fois en vue de piloter l'élaboration du programme de recherche.
« L'Europe paye très cher la séparation artificielle, et exclusivement européenne, entre la recherche civile et militaire », estime Philippe Busquin, le Commissaire européen à la recherche. « Les menaces nouvelles et plus complexes qui pèsent sur la sécurité (…) exigent que nous adoptions une approche plus structurée et plus européenne concernant la recherche en la matière. Nous devrions pouvoir stimuler la coopération entre les secteurs traditionnellement distincts de la recherche civile et militaire en nous concentrant sur la façon d'assurer au mieux la sécurité des citoyens dans une Union européenne qui s'élargit et un monde qui se globalise. » Un propos partagé par Erkki Liikanen, Commissaire européen chargé de l'entreprise qui affirme: « Il est crucial (…) que nous créions un environnement qui permette aux entreprises européennes de la branche de la défense d'augmenter leur rentabilité en renforçant leur compétitivité. Se concentrer davantage sur une recherche meilleure et plus efficace en matière de défense est indispensable. Le secteur civil en bénéficierait également. Internet, l'interface "Windows-icons-pointer" ou le système de repérage universel GPS sont autant de systèmes financés à l'origine par la recherche militaire américaine. L'Europe investit moins que les États-Unis, et la fragmentation et le compartimentage de notre recherche en matière de défense accentuent cet écart. » De fait, selon les chiffres cités par les spécialistes, présents à la réunion, les Etats-Unis investissent 60 milliards par an dans la défense, dont 15 % pour la recherche, alors que l'Europe n'en investit que 15 milliards dont 7 % pour la recherche. Un investissement de 3 milliards par an serait ainsi nécessaire pour réduire cet écart.
Dans l'immédiat, la Commission européenne devrait adopter fin 2003 une communication qui devrait s'intituler « Vers un programme de promotion de la sécurité européenne par la recherche et la technologie ». Le groupe de travail devrait se réunir deux fois en plénière - des « sherpas » ont été chargés de maintenir le contact entre les réunions - et rendre un rapport à la Commission européenne pour le printemps 2004. C'est à ce moment également que l'action préparatoire et les premiers appels de propositions devraient être lancés. Les axes de recherche stratégique devraient correspondre aux principales orientations définies actuellement pour la politique européenne de sécurité et de défense: le renforcement des contrôles aux frontières (scannage de l'iris, techniques génétiques ou basées sur l'ADN, reconnaissance du visage…), l'amélioration de la sécurité des avions et dans les aéroports (analyse biochimique autonome du contenu, inspection visuelle assistée par ordinateur, aide à la prise de décision grâce aux techniques permettant d'automatiser ou de faciliter l'interprétation du contenu des bagages…), la réduction du risque de bioterrorisme (neutralisation d'agents chimiques utilisés dans les attaques, protection par satellite des zones sensibles telles que réservoirs d'eau ou sites nucléaires…) ou l'amélioration des télécommunications pour la sécurité civile et l'aide humanitaire.