Bruxelles/Copenhague, 24/09/2002 (Agence Europe) - Les dirigeants européens et asiatiques ont dégagé de leurs discussions «ouvertes et franches», largement consacrées aux problématiques soulevées par la mondialisation et le terrorisme, des résultats «qui concernent directement et concrètement nos concitoyens », s'est félicité le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, à l'issue du IVème Sommet Asem, qui a réuni lundi et mardi à Copenhague les Quinze de l'Union et leurs dix partenaires asiatiques (Asean, Japon, Chine et Corée).
Après avoir collectivement réaffirmé leur engagement à lutter contre le terrorisme et à contribuer activement au processus de réconciliation entre les deux Corées, les 25 ont décidé de créer une Task force pour étudier la possibilité de renforcer leur coopération sur les échanges commerciaux, les investissements et les finances, y compris l'éventuelle émission d'eurobonds et la promotion du rôle international de l'euro. Sur l'Irak, les partenaires n'ont pu qu'afficher leurs « quelques divergences de vues » mais, comme le soulignait le Président de la Commission européenne Romano Prodi, ils sont d'accord sur le fait que Saddam Hussein doit accueillir une mission d'inspection des Nations unies au plus tôt et sans conditions.
Sur le chapitre économique des discussions, qu'ils ont abordé mardi, les Européens et les Asiatiques ont « démontré une fois de plus qu'ils ont beaucoup à gagner en oeuvrant ensemble pour tirer profit de l'intégration croissante au sein du système économique mondial », a estimé M.Rasmussen, en espérant « que nous pourrons fortement améliorer les relations commerciales, ouvrir nos marchés et démanteler les barrières commerciales en ayant pour objectif clair de créer une zone de libre-échange entre l'Europe et l'Asie ». Cinq experts européens et cinq asiatiques composeront la nouvelle Task force chargée « d'explorer les possibilités de renforcer le partenariat et d'améliorer leur connaissance des développements économiques entre les deux régions, y compris celles de créer un marché d'Eurobonds en Asie et de recourir à l'euro en tant que devise internationale », soulignent les participants dans une déclaration commune. L'exercice, dont ils rendront compte en 2004 au Sommet Asem de Hanoi, couvrira le commerce (promouvoir les flux d'échanges et réduire les obstacles aux échanges), l'investissement (augmenter les flux inter-régionaux et élargir l'accès des petites et moyennes entreprises aux marchés respectifs) et les finances (renforcement de la coopération, y compris la pleine utilisation de l'euro pour les transactions et les réserves, la diffusion d'eurobonds en Asie et l'évaluation de l'impact de la monnaie unique européenne sur les marchés financiers). « Il ne fait aucun doute que l'euro parviendra à jouer un rôle croissant de devise internationale et je pense que la coopération Asem constitue un bon cadre pour examiner plus avant les possibilités de la monnaie unique européenne », a déclaré M. Rasmussen, aussi convaincu que le poids croissant de l'euro stimulera à son tour les liens économiques et les échanges commerciaux ». Le Président Prodi est quant à lui « ravi que le Sommet Asem ait endossé l'idée que j'ai avancée avec le Premier ministre de Singapour de promouvoir le rôle de l'euro » sur la scène internationale. Et il a attiré l'attention sur la part croissante qu'occupe l'euro dans les réserves en devises étrangères de pays tels que le Japon, la Chine et Singapour. « Nous devenons de plus en plus interdépendants », s'est-il réjoui. Le Premier ministre de Malaisie, Mahathir Mohamad, a toutefois mis un léger bémol à la confiance affichée par les Européens en signalant que « nous allons probablement augmenter nos réserves en euros », vu qu'il est « très important pour nous de disposer d'une alternative au dollar américain dans nos échanges commerciaux » mais que « nous ne sommes pas encore convaincus que l'euro ait gagné la stature » (de la monnaie américaine).
Dans leur déclaration commune, les dirigeants européens et asiatique soulignent par ailleurs qu'ils restent engagés à développer un système commercial «fort, ouvert et transparent » dans le cadre du Cycle de développement de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'est ouvert l'année dernière et qui offre «une occasion unique de promouvoir la croissance économique ». Les partenaires se consulteront plus régulièrement pour contribuer au succès des négociations à l'échéance de 2004, en convenant de le faire avant la Ministérielle multilatérale de Cancun en septembre de 2003, notamment à Paris où ils se retrouveront au début de l'année prochaine à l'invitation des autorités françaises.
A l'issue du Sommet Asem s'est tenu le premier Sommet entre l'Union et la Corée du Sud (voir EUROPE d'hier), qui a permis d'avoir un échange «approfondi » sur le processus de réconciliation avec la Corée du Nord et de convenir d'une extension de la coopération économique et des échanges commerciaux. Ce fut l'occasion pour le Président Kim Dae-jung, le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen et le Président Prodi « de discuter en toute franchise des jalons qui pourraient être posés pour développer davantage les relations euro-coréennes », souligne une déclaration commune, sans plus de précision et sans dire un mot sur les sujets qui fâchent (l'imminente session de négociations sur les aides aux chantiers navals, qualifiée de « rencontre de la dernière chance » avant l'échéance du 30 septembre que s'est fixée l'Union pour aller à Genève).