Bruxelles, 10/05/2002 (Agence Europe) - L'impact que l'élargissement de l'UE aux pays baltes aura sur les relations entre l'Union et le problème de Kaliningrad (qui seront discutés lors de la plénière du Parlement européen de la semaine prochaine) ont été parmi les principaux thèmes de la récente rencontre entre le Président de la Commission européenne Romano Prodi et le Premier ministre russe Mikhail Kassiyanov qui a préparé le Sommet UE/Russie du 29 mai (voir EUROPE du 25 avril, p.10).
Cette problématique est évoquée dans une série de publications récentes, réalisées en particulier dans le cadre du Programme sur la dimension nordique de la PESC. Ainsi, un rapport de Sven Arnswald et Mathias Jopp sur "The Implications of Baltic States'EU Membership" souligne en particulier que l'entrée des pays baltes "éliminera une zone grise dans la région de la mer Baltique, rendra Moscou plus à l'aise sur la question des minorités russophones, grâce au système (...) de gouvernance de l'UE, et contribuera à améliorer les relations avec la Russie en ouvrant de nouvelles opportunités (...) d'échanges directs et d'autres formes d'activité entre la Russie et l'UE via la Baltique". Les auteurs estiment aussi que l'UE devra adopter une "approche non conventionnelle" en ce qui concerne "l'extension du système Schengen vers l'Est" et que les pays baltes participeront activement à la PESC, ayant "du fait de leur expérience historique, un intérêt vital à jouer un rôle visible dans une Union européenne élargie". Quant aux faiblesses des pays baltes, les auteurs signalent notamment les carences en ressources humaines, dues à "l'héritage soviétique".
Une autre publication du même programme (qu'on peut trouver, comme la première, sur le site http://www.northerndimension.org ) - "Russia's Attitudes Towards the EU: Political Aspects", de Vladimir Baranovsky - décrit les différents types de perception de l'Union par la Russie (comme "modèle"?, comme "partenaire"?), et souligne aussi la "très importante dimension" que le futur élargissement de l'UE sera pour les relations avec Moscou. "Alors que l'inertie dictée par la manière traditionnelle de raisonner encourage les "instincts défensifs" de la Russie face à l'élargissement de l'UE, il semble y avoir davantage de place pour une interaction coopérative" entre Moscou et l'Union à ce sujet, estime l'auteur. Pour lui, le futur statut de Kaliningrad sera un "test" pour le développement des relations UE/Russie. L'Union européenne, "jusqu'à une époque récente, n'a pas manifesté une attention particulière pour la région de Kaliningrad", rappelle-t-il, alors que la stratégie à moyen terme pour les relations avec l'UE présentée par la Russie en octobre 1999 contenait une clause spéciale sur la région.
La question de Kaliningrad est traitée aussi dans "A new European Union policy for Kaliningrad", de Sander Huisman, l'un des Occasional Papers de l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'Union européenne qui a son siège à Paris (http://www.iss-eu.org ). L'auteur, du CESS (Centre for European Security Studies) de Groningen, aux Pays-Bas, estime que, grâce au nouvel engagement concernant Kaliningrad qui est apparu en 2001 aussi bien du côté de l'UE que de la Russie, "il semble y avoir enfin de la lumière au bout du tunnel pour Kaliningrad (...). Moscou détient la clé, mais Bruxelles doit donner un coup de main afin de permettre aux Russes d'ouvrir la grille". Le Kremlin est disposé à lancer de nouvelles initiatives, constate-t-il, alors que jusqu'ici Kaliningrad avait souffert du "manque de continuité dans l'approche de Moscou". Du côté de l'UE, Kaliningrad souffre, selon lui, de la "rigide division entre politiques internes et externes à Bruxelles", même s'il faut saluer l'ouverture d'un bureau Tacis à Kaliningrad et la disponibilité à étendre le programme Phare à la région (mais les interventions au titre de Tacis sont "trop modestes pour avoir beaucoup d'effet"). Avec l'adhésion des pays baltes, l'UE accueillera "plus d'un million de Russes ethniques, beaucoup parmi lesquels ont de la famille à Kaliningrad ou dans d'autres parties de la Russie", ce qui ne sera pas sans conséquences, note aussi l'auteur.
Dans "The EU and Russia- The Promise of Partnership", publié par The Federal Trust (http://www.fedtrust.co.uk ), John Pinder , président du Federal Trust, et Yuri Shishkov, de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales à Moscou, affichent, sans se cacher les difficultés, leur confiance dans le partenariat UE-Russie "comme pilier pour bâtir un système mondial sûr et stable". Le fédéraliste John Pinder voit le développement de cette relation dans le contexte du progrès de l'intégration européenne, en reconnaissant que, l'Union ne pourra pas réussir cet ambitieux projet si elle n'accepte pas de partager la souveraineté dans la politique étrangère et de sécurité, sans "aller vers le vote à la majorité et des compétences adéquates pour la Commission, allant de pair avec un soutien budgétaire suffisant". Et, en citant Javier Solana, il estime que cette relation pourra permettre d'entamer le nouveau siècle d'une manière "qui aura réellement un impact sur le cours de l'histoire mondiale". La Russie est "prête à la coopération la plus étroite" avec l'UE dans les domaines de la politique étrangère, de la sécurité, de la défense, et en matière policière et judiciaire, assure Yuri Shishkov, en notant que, malgré des priorités différentes, l'UE la Russie sont en général "très proches l'une de l'autre en ce qui concerne la sécurité de l'ensemble de l'Europe et la stabilité mondiale".