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Bulletin Quotidien Europe N° 8209
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Petite chronique de la Convention sur l'avenir de l'Europe - Une suggestion et un prix

Un conventionnel qui n'est pas content. Représentant du Parlement luxembourgeois au sein de la Convention, Ben Fayot, a publié un "billet d'humeur" exprimant son insatisfaction pour le déroulement des travaux. A son avis, "pour le moment, il ne se passe rien". La Convention a approuvé ses méthodes de travail et elle a entendu des "marathons de discours de trois minutes sur l'Europe en général". Sa gestion est "antidémocratique, opaque et technocratique", elle ressemble à "une CIG monstrueuse par sa taille mais minimaliste par ses aspirations démocratiques". Il y a, M. Fayot le reconnaît, les conférences de presse du président et ce que le porte-parole du président veut bien dire à la presse sur les réunions à huis clos du présidium; mais ces informations échappent au "conventionnel de base" qui, non présent à Bruxelles, en prend connaissance par les journaux. Et il observe: "on apprend que le président présentera un état des travaux de la Convention à l'Université de New York. Heureux étudiants new-yorkais." Il estime que la Convention devrait se réunir deux à trois fois par mois, que les décisions du présidium doivent être immédiatement transmises aux conventionnels, que la Convention doit mieux s'organiser quant à ses composantes et ses familles politiques et qu'elle doit établir un planning rigoureux pour ses travaux (impliquant que les débats généraux fastidieux seront terminés après deux ou trois sessions). Il faudrait sinon se demander si les conventionnels ne sont qu' "un troupeau de moutons qui aiment parfois voyager à Bruxelles".

"Cicero pro domo sua". Le billet d'humeur de M. Fayot confirme ce que j'avais écrit dans ma petite chronique du 24 avril. Je me cite (et je m'en excuse): " il n'est pas exclu que, dans cette phase préliminaire de la Convention, un observateur extérieur qui suit les conférences de presse du président et se procure un certain nombre d'interventions et de commentaires ait une petite chance d'y voir plus clair que le conventionnel de base qui entend un grand nombre d'orateurs, a éventuellement la parole quatre minutes au maximum et rentre ensuite dans son pays d'origine". Et j'avais essayé d'interpréter le comportement et les intentions du président et de tirer "sept conclusions préliminaires générales" des premiers travaux.

A cette petite chronique, d'autres se sont ajoutées. Notre bulletin rend compte au jour le jour des initiatives du présidium, des discours du président, des prises de position des conventionnels et d'autres documents. J'ai l'impression que le conventionnel qui lit chaque jour l'Agence EUROPE en sait beaucoup plus que ce que M. Fayot donne l'impression d'en savoir, et il a peut-être compris pourquoi M. Giscard d'Estaing a donné dans la première phase l'occasion de s'exprimer à tous les conventionnels qui le souhaitent.

Cette remarque implique une modeste suggestion: pourquoi la Convention ne fournirait-elle pas aux conventionnels qui l'estiment utile un abonnement à l'Agence EUROPE pour la durée de ses travaux?

Portrait du président. A Olivier Duhamel, qui, dans la Convention, est l'un des représentants du Parlement européen, j'attribuerais volontiers le premier prix littéraire de la Convention pour son portrait du président Valéry Giscard d'Estaing. J'avais moi-même essayé de pénétrer dans les intentions et les orientations du président (voir cette rubrique du 24 avril) mais je n'avais pas osé en dessiner un portrait en relief, politique et psychologique; d'ailleurs, je n'aurais pas su le faire. M. Duhamel s'y est essayé, et son texte ajoute quelque chose à ma tentative citée. Dans le n.21 de sa "Chronique de la Convention européenne", M. Duhamel a rendu compte à sa façon de l'audition de Giscard d'Estaing devant la commission constitutionnelle du Parlement européen. Voici les passages essentiels (avec à l'intérieur, en italique, les citations du président lui-même):

"Giscard superstar: deux heures impressionnantes. La première pour une salve de questions tous azimuts. La seconde pour un bouquet de réponses, magistralement composé (…).

Giscard étendard: de l'Europe nouvelle, il se veut l'enseigne. Et il trace la ligne, dans un étonnant mélange d'extrême audace et de centralité déjà esquissée. Il ose préciser: la subsidiarité n'a pas été appliquée; l'acquis communautaire n'est pas intouchable; on a vu une certaine dérive étendant les compétences de l'Union (…). Nous vivons un changement géopolitique profond de l'Union. La grande Europe réunifiée doit inventer un autre modèle, respectueux d'Etats-nations aussi persistants que différents.

Giscard bateau-phare: de la Convention il ne sera pas le notaire, de la nouvelle Europe il se veut le père. Elle commence à peine ses travaux que déjà il esquisse ses conclusions. Quelles sont les priorités? Une politique commune pour les affaires étrangères et la défense. Un complément politique pour l'Union monétaire. La démarche? Aller du point de départ, 105 personnes qui ne se connaissent pas, au point d'arrivée: un traité, un traité constituant (..). Juridiquement un traité, en substance de nature constituante, un texte précis, court, que les Etats acceptent presque tel quel. Privilégier le Conseil ou la Commission? J'ai été communautaire, j'ai été conseilliste, il faut maintenant renforcer et lier les deux." Fin de la citation. (F.R.)

 

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