Bruxelles, 03/01/2002 (Agence Europe) - « Cette journée est une journée particulière ; une grande journée pour l'Europe. Aujourd'hui, nous disons adieu à une partie de notre histoire, à douze grandes monnaies nationales. L'euro, un rêve il y a seulement quelques années, est devenu une réalité. Demain, c'est le début d'une nouvelle histoire européenne. L'euro n'est pas seulement un instrument de stabilité et de croissance économique, il est déjà un symbole de l'identité européenne, et il le sera encore plus à l'avenir. Ceci ne signifie pas que tous les jeux sont faits, qu'il n'y a pas encore beaucoup à faire pour rendre notre économie encore plus compétitive et créer encore davantage d'emplois. En d'autres termes, il faudra s'engager encore plus efficacement pour répondre à la demande d'Europe que nous sentons se développer dans nos opinions publiques ; nous devons répondre de manière positive à ces attentes de nos citoyens. Je ne doute pas que nous ferons face avec succès à ce défi. L'euro est votre monnaie, notre avenir: c'est un morceau concret d'Europe dans les mains de chacun de nous ». Le Président de la Commission européenne Romano Prodi a fait cette déclaration lors d'une conférence de presse le 31 décembre à Bruxelles, aux côtés du Commissaire chargé des affaires économiques et monétaires Pedro Solbes, avant de se rendre à Vienne où il a célébré l'arrivée de l'euro avec le Chancelier Schüssel et le Commissaire européen à l'agriculture Franz Fischler.
En répondant à des questions, Romano Prodi a estimé que la monnaie unique entraînera une plus grande coordination des politiques économiques des Etats membres, « la recherche de règles de plus en plus communes », pas du jour au lendemain mais « c'est un processus inévitable qui commence demain », a-t-il ajouté. Selon le président de la Commission, ce processus commencera par un échange d'informations sur les politiques budgétaires, par un « affinement des règles ». L'euro représente environ deux tiers de l'économie de la zone dollar, « nous avons un bébé qui a déjà un poids énorme », a constaté un Romano Prodi visiblement heureux. Tout en admettant que la monnaie européenne naît dans une phase économique qui n'est pas une phase de « boom », qui n'est certainement pas une « période rugissante », M. Prodi a estimé que les perspectives sont meilleures en Europe qu'aux Etats-Unis. Et, en répondant à des questions sur la dépréciation de l'euro par rapport au dollar, il a martelé: « Nous n'avons jamais demandé à l'euro de faire la course avec le dollar, nous lui avons demandé de lutter contre l'inflation, d'introduire la discipline budgétaire, et l'euro a apporté une stabilisation spectaculaire ». Sans euro, que serait-il arrivé en Europe après les crises asiatiques, après le 11 septembre, après l'Argentine ?, s'est-il demandé.
A la question de savoir si on ne pourrait pas, à l'avenir, inscrire sur une face des billets en euros l'image d'« Européens universels » comme Platon ou Beethoven au lieu des structures architecturales actuelles, M. Prodi a répondu en exprimant de la sympathie pour cette idée, tout en notant que les Européens vont s'habituer d'abord aux nouveaux billets, qu'on ne pourra donc pas modifier si rapidement. (Mais l'histoire des monnaies européennes montre que ceci est possible, au fil des années, avec des nouvelles séries et de nouveaux personnages - en France et en Italie notamment: NDLR).
M. Prodi a par ailleurs répondu à des questions sur la durée de la Présidence de Wim Duisenberg à la BCE en rappelant que M. Duisenberg avait dit à l'époque qu'il serait parti avant la fin de son mandat de huit ans, mais sans spécifier quand: "il n'a pas dit à la moitié, à un tiers, à deux tiers" de son mandat, a-t-il remarqué.
Quant à Pedro Solbes, interrogé en particulier sur l'avenir de l'Eurogroupe, il a estimé, lors de la même conférence de presse que « maintenant, ce n'est pas le moment » d'envisager un fonctionnement plus structuré du groupe des ministres de l'Economie et des Finances, car ceci aurait des aspects positifs, mais aussi négatifs.
Selon M. Solbes, dans deux semaines pratiquement toutes les transactions se feront en euros
Dès le 2 janvier, le Commissaire Pedro Solbes a dit à la presse, à Bruxelles, qu'il était « extrêmement satisfait » de l'accueil « chaleureux » réservé à l'euro par la plupart des Européens: ceux qui avaient des doutes quant à l'acceptation de la monnaie unique par le public ont été démentis par les faits, a-t-il remarqué en répondant à des questions. Le premier janvier, plus de 80% des distributeurs de billets, soit environ 160 000 appareils, étaient passés à l'euro, et les retraits ont atteint le double de la moyenne normale, a-t-il signalé. Selon lui, il faudra attendre samedi prochain pour vérifier de manière plus conséquente quel est l'effet de l'arrivé de l'euro sur les achats des Européens (les dépenses du samedi sont égales à celle de toute la semaine, a-t-il rappelé). Faut-il, à la lumière de l'expérience du premier jour, maintenir ou non la période de transition de quatre à huit semaines pendant laquelle les monnaies nationales et la monnaie européenne pourront cohabiter ? A cette question, M. Solbes (qui a admis qu'il avait eu quelques problèmes de change en Espagne lorsqu'il avait payé en pesetas et on avait dû lui rendre la monnaie de 24 centimes), a répondu qu'il ne fallait rien changer, mais que l'expérience montrera que, dans deux semaines, pratiquement toutes les opérations se feront en euros. Quant aux difficultés pratiques découlant de la distribution de peu de billets d'euros en petites coupures, son porte-parole a rappelé que les distributeurs de certains Etats membres (Belgique, Finlande, Grèce) ne peuvent fournir que deux coupures - 20 et 50 euros. Cela veut dire que, au début, on utilisera davantage les pièces, a anticipé le Commissaire Solbes.
Par ailleurs, à la question de savoir si l'arrivée de l'euro modifiera le climat économique et, par là, les exigences du Pacte de stabilité et de croissance, M.Solbes a répété: « Le Pacte de stabilité est intouchable, il doit être interprété selon son contenu », contenu qui indique qu'on doit pouvoir se comporter en fonction de la situation économique - périodes de croissance et périodes de récession - pour faire jouer éventuellement les stabilisateurs économiques. Ce n'est pas une modification du Pacte, mais son adaptation aux circonstances, a-t-il souligné.