Edimbourg, 16/11/2001 (Agence Europe) - "Cette conférence marque le début d'une nouvelle ère pour l'effort spatial européen", a déclaré Edelgard Bulmahn, le ministre allemand chargé de l'espace qui présidait le Conseil des ministres de l'Agence spatiale européenne (ESA), dont les travaux se sont achevés jeudi soir à Edimbourg sur de véritables avancées sur les programmes Galileo et GMES. C'est la première fois que cette ministérielle, qui se tient tous les deux ans environ pour fixer les grandes orientations de l'Agence, a reçu la visite du président de la Commission européenne, Romano Prodi. Une présence qui symbolise le rapprochement amorcé en 1999 entre l'ESA et l'UE pour l'élaboration d'une politique spatiale européenne, rapprochement consolidé dans la capitale écossaise par la décision des ministres de renforcer le mandat confié à l'ESA pour qu'elle noue des liens encore plus étroits avec l'Union.
L'ESA et l'UE sont engagées dans l'élaboration et la mise en oeuvre d'une politique spatiale européenne dont les fondements ont été posés en novembre 2000 lorsque leurs Conseils respectifs ont entériné un document conjoint sur une stratégie européenne pour l'espace. Reste qu'actuellement la séparation des deux institutions ralentit la mise en place de leurs programmes communs, comme le programme Galileo. Les décisions le concernant prises à Edimbourg restent en effet subordonnées à celles du prochain Conseil Transports. Pour réduire les problèmes occasionnés par cette "bicéphalité" de la politique européenne de l'espace, la Commission européenne présentera, avant la fin de cette année, une communication relative aux modalités pratiques - en particulier au financement - de la mise en oeuvre de la stratégie de novembre 2000.
A Edimbourg, les ministres se sont mis d'accord sur des engagements financiers pour la réalisation du système européen de navigation par satellite Galileo. La balle est maintenant dans le camp du Conseil Transports de l'UE auquel il appartiendra d'approuver (le 6/7 décembre) la contribution communautaire au programme . D'un coût global de 2,7 milliards d'euros, Galileo, le GPS européen, dont l'entrée en service est prévue en 2006, doit être financé pour moitié par l'ESA et pour moitié par l'UE. La contribution de l'ESA à sa première phase étant fixée à 550 millions d'euros, dont 53 avaient déjà été souscrits, les ministres étaient invités à Edimbourg à engager un montant supplémentaire. Pari réussi puisque le total des engagements atteint désormais 528 millions d'euros, contre 527,8 demandés. "Galileo est un accord historique qui ouvre la voie pour une décision positive du Conseil des Transports de l'Union européenne de décembre prochain", a souligné depuis Paris le ministre français de la recherche Roger-Gérard Schwartzenberg.
Autre grand axe de collaboration ESA/UE qui vient d'être formellement adopté par le Conseil "Recherche" de l'UE du 30 octobre, le projet GMES (initiative de surveillance globale pour l'environnement et la sécurité) a recueilli 82,9 millions d'euros pour 83 demandés. Quant aux différents volets du programme de recherche sur les systèmes de télécommunications (ARTES), ils ont recueilli près de 944 millions d'euros contre 1,5 milliard demandé.
S'agissant de la station spatiale internationale (ISS), les choses se sont avérées plus complexes. En effet, les Etats-Unis discutent actuellement de changements substantiels du plan d'assemblage de la station et de son exploitation. Dans ce contexte, les ministres de l'ESA ont adressé un message clair à leurs partenaires, confirmant que l'Europe s'acquitterait de toutes ses obligations, mais qu'elle attendait en retour que la NASA respecte le traité international. L'ESA place au coeur de ses préoccupations la réalisation d'un programme de recherche qui nécessite la présence à bord de l'ISS d'un certain nombre de ressources et notamment d'un équipage au complet. L'une des résolutions adoptées à Edimbourg dote l'ESA des ressources financières dont elle a besoin pour l'utilisation de l'ISS, mais subordonne le déblocage de 60 % des fonds à la confirmation par la NASA de la validité de l'accord initial.
Enfin, les décisions prises par les ministres concernant l'avenir du lanceur Ariane "garantissent son évolution et autorisent la confiance", indique un communiqué de l'ESA. 2,1 milliards d'euros iront à l'amélioration du lanceur européen et au financement des installations de Kourou. La stratégie de l'Europe, qui est de préserver à un coût raisonnable son indépendance dans le domaine de l'accès à l'espace, est assise sur la compétitivité des lanceurs européens. Les ministres ont souligné que, pour être efficace, cette stratégie suppose un partage approprié des rôles et des responsabilités - et donc des investissements - assumés par les secteurs public et privé ainsi qu'une restructuration du secteur des lanceurs en Europe. En conséquence, Arianespace et la France, qui demandaient 234 millions d'euros pour corriger les disparités de concurrence avec les Américains (subventionnés par l'US Air Force, ils ne paient que 1,5 million d'euros par tir alors qu'Arianespace paie 12 millions d'euros pour utiliser le site de Kourou), n'ont obtenu que 131 millions. Quant à la demande russe de lancer la fusée Soyouz depuis Kourou, elle a été brièvement évoquée: une décision devrait être prise en juin 2002.