Bruxelles, 13/11/2001 (Agence Europe) - Fournir un accès moins cher à Internet de manière à connecter le plus grand nombre de foyers: c'est l'un des grands objectifs du programme eEurope avalisé en mars 2000 par le Sommet informel des chefs d'Etat et de gouvernement de Lisbonne. Pour l'atteindre, l'Union européenne a essentiellement tablé sur le dégroupage de la boucle locale et sur les technologies à large bande, mais sans grand succès jusqu'à présent. C'est dans ce contexte que AOL Europe, filiale d'AOL Time Warner et fournisseur d'accès à Internet, compte intensifier son lobbying auprès des institutions européennes en faveur de son cheval de bataille, le tarif forfaitaire pour une utilisation illimitée de la "Toile" via la bande étroite, seule formule susceptible, selon les représentants de la société qu'EUROPE a rencontrés, de réaliser l'objectif de connexion d'un maximum de ménages.
La cible d'AOL Europe est en effet le consommateur final, élément incontournable du développement d'un commerce électronique (B2C) qui jusqu'à présent ne rencontre pas le succès escompté. Pour Clare Gilbert et Simon Hampton, respectivement responsables des affaires réglementaires et européennes d'AOL, ainsi que pour John Ullyot, son chargé de communications, l'Union se berce trop de grandes ambitions technologiques s'agissant de la mise en oeuvre du programme eEurope: les couloirs des institutions y bruissent exagérément de termes tels que "haut débit" et téléphonie mobile de la troisième génération. L'Europe brûle les étapes, estime AOL, pour qui, afin d'amener le plus grand nombre de foyers à se connecter à Internet, il faut passer forcément par l'utilisation de la ligne téléphonique classique à bas débit et la possibilité de faire un usage illimité de la Toile à un tarif forfaitaire. Grâce à l'introduction de cette formule "rapidement réalisable et simple" aux Etats-Unis, fait valoir John Ullyot, les revenus du e-commerce sont passés de 10 milliards de $ en 1997 à 68 milliards de $ en 1998 et le temps passé sur Internet à quelque 70 minutes par jour (contre 14 m/j avant l'introduction du forfait illimité). Même tendance et mêmes chiffres, toutes proportions gardées, au Royaume-Uni, où AOL a implanté cette formule l'an dernier en collaboration avec le régulateur britannique de télécommunications Oftel. Selon les représentants d'AOL, le succès de la recette est simple: les lignes classiques sont quasi omniprésentes et le "forfait illimité" à un coût abordable - basé sur les coûts réels - abolit la crainte de la facture de téléphone exorbitante. A ceux pour qui le meilleur moyen d'accroître l'usage d'Internet serait de sauter l'étape du bas débit pour passer au haut débit, et pour qui le recours au bas débit est de nature à freiner les développements technologiques en matière de télécommunications, AOL rétorque que de nombreuses études soulignent que l'accès illimité bas débit, qui permet de découvrir toutes les possibilités offertes par Internet, stimule la demande pour le haut débit. Et de faire valoir que les leaders mondiaux du haut débit que sont la Corée du Sud, le Canada et les Etats-Unis ont tous commencé par offrir des forfaits illimités bas débit.
Si l'Espagne, via le régulateur CMT, a suivi le "bon exemple" britannique, et si d'autres pays européens pratiquant la facturation à la durée étudient de près le forfait illimité, AOL note que les régulateurs français et allemands, malgré le soutien de MM. Chirac, Jospin et Schröder à cette formule, renâclent encore, "en dépit des preuves selon lesquelles les opérateurs télécoms sont les grands bénéficiaires de la mise en place de forfaits illimités". Grâce au forfait, les opérateurs télécoms des Etats-Unis auraient bénéficié en 1998 d'un chiffre d'affaires six fois supérieurs à leurs coûts marginaux, soit 2 milliards de $.
C'est fort de ces arguments qu'AOL Europe entend convaincre les services compétents de la Commission européenne - en particulier ceux du Commissaire chargé de la société de l'information Erkki Liikanen - de l'intérêt que présente le forfait illimité, dans la perspective de la réalisation des objectifs d'e-Europe. Cette intensification du lobbiyng à Bruxelles ira de pair avec la poursuite de la campagne entamée par AOL à l'échelon national, en particulier auprès des régulateurs "récalcitrants", français et allemands.