Strasbourg, 05/09/2001 (Agence Europe) - Les députés européens ont réservé, mardi soir à Strasbourg, un accueil mitigé au Livre blanc de la Commission européenne sur la gouvernance qui venait de leur être présenté officiellement par le président Romano Prodi (voir EUROPE d'hier, p. 7).
Au nom du groupe PPE-DE, l'Espagnol Inigo Mendez de Vigo a félicité le président Prodi pour « les quarante pages denses du Livre blanc ». « Nous sommes tous d'accord sur l'analyse », a-t-il affirmé, en estimant que le Livre blanc est clair là-dessus. Et, tout en insistant sur la nécessité de ne pas remettre en question l'équilibre des pouvoirs entre les institutions, il a ajouté: «Le principal problème, c'est que nous sommes Européens sans le savoir, et il faut donc un effort pédagogique ». Pour le groupe socialiste, l'Autrichien Johannes Swoboda a dit souscrire à plusieurs idées du président Prodi, mais en regrettant qu'elles ne se retrouvent pas dans le Livre blanc et en déplorant que ce document ait été rendu public cet été avant d'être présenté au PE (voir EUROPE/Documents N. 2247/48 daté du 8 août 2001). Parmi les idées qui ne se trouvent pas dans le document, M. Swoboda a notamment cité l'importance accordée, dans l'intervention de M. Prodi au Parlement européen. « Le fait que le Livre blanc répète qu'il faut recentrer l'action sur les priorités sans les définir me laisse perplexe », a-t-il remarqué. Le Britannique Andrew Duff a, au nom du groupe libéral, souligné la nécessité d'améliorer la phase de mise en œuvre des politiques européennes. Mon groupe se félicite de la place faite dans le Livre blanc à la décentralisation et au rôle des régions, a-t-il indiqué, tout en regrettant que le document ne mentionne pas le rôle de la future Convention dans le cadre du processus de Laeken. Au contraire, pour le groupe des Verts/Alliance libre européenne, la Belge Nelly Maes a jugé le Livre blanc décevant notamment parce que, selon elle, il ne tiendrait pas assez compte du rôle des régions. « Ce que nous voulons, tous ensemble, c'est que l'Europe des citoyens ne reste pas lettre morte », a martelé au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemande Sylvia-Yvonne Kaufmann (PDS) en estimant cependant que, pour y arriver, il faut être compréhensible, alors que « le Livre blanc, c'est du jargon ». « Monsieur le président, nous avons la même langue et dans notre langue, « gouvernance » ça n'existe pas, d'ailleurs, dans d'autres langues non plus », s'est exclamé l'Italien Gianfranco Dell'Alba, au nom du groupe TDI, en affirmant que ce texte ne suffit pas et en plaidant pour le respect des principes juridiques de l'Etat de droit. Plaidant pour une plus grande transparence et ouverture de la Commission européenne, le président danois du groupe EDD, Jens-Peter Bonde, a dit: «Nous voyons à nouveau beaucoup de beaux mots mais sans engagements ». Et d'ajouter: « Monsieur Prodi, le problème, c'est que vous faites des promesses mais vous ne livrez pas ». Enfin, le non-inscrit français Georges Berthu a plaidé pour un changement des rapports de force entre les institutions et une place plus importante pour les parlements et les gouvernements nationaux, «condition essentielle de la démocratie ».
Répondant aux députés, le président Prodi a jugé cette discussion « fort utile ». Et tout en reconnaissant que sur « la terminologie, le langage, vous avez raison », il a remarqué: « Des lois nationales, j'en ai lues des centaines… trouvez m'en une qui soit compréhensible pour l'homme de la rue ». « Le titre du Livre blanc ne me plaît pas mais ce n'est pas facile de trouver un terme qui traduise partout la même idée », a reconnu M. Prodi en insistant sur le rôle du PE: « La nouvelle Europe, selon moi, doit se fonder sur le rôle essentiel du Parlement ». En ce qui concerne le rôle des pouvoirs locaux, il a insisté sur le respect de la subsidiarité et des structures institutionnelles des Etats membres. « Nous ne sommes pas, vous et nous, satisfaits de la comitologie, et il est temps d'y remédier », a encore dit M. Prodi, tout en soulignant que « la Commission ne veut pas davantage de pouvoir, mais veut s'organiser de manière plus efficace et plus transparente ».