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Bulletin Quotidien Europe N° 8003
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence belge

M. Michel met en garde contre un élargissement mal maîtrisé et espère un accord UE/OTAN avant le Sommet de Laeken - Au Proche-Orient, l'UE doit s'efforcer d'être neutre - Espoir que les Etats-Unis accepteront de continuer à tenir deux réunions de haut niveau par an avec l'UE

Bruxelles, 10/07/2001 (Agence Europe) - "Un élargissement mal maîtrisé peut poser un problème existentiel à l'Union", s'est écrié le président du Conseil de l'UE Louis Michel mardi devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen présidée par Elmar Brok. "Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'élargissement puisse se faire sans conditions. Si dans le passé on avait respecté un peu plus les conditions, les Européens auraient peut-être un peu plus l'Europe dans le coeur", a-t-il estimé. Et, en répondant au libéral danois Haarder, qui s'inquiétait de l'allusion faite par Guy Verhofstadt à la "qualité de l'élargissement", il a précisé: ce que M. Verhofstadt voulait dire, c'était que ce n'est pas parce que les problèmes sont plus difficiles (au fur et à mesure qu'on progresse dans les négociations d'adhésion: NDLR) qu'il faudra être "plus complaisants". "Des critères, c'est des critères", a-t-il martelé. Et, à la libérale suédoise Mme Malmström qui s'exprimait dans le même sens, il a répliqué: "je suis surpris de votre inquiétude, à moins que vous n'ayez une idée derrière la tête". Et (tout en s'empressant de dire "je sais que ce n'est pas ça"), il a estimé qu'on a le droit de se préoccuper face à des propos qui donnent l'impression qu'on veut l'élargissement "avec très peu de critères, pour rendre l'UE incapable de fonctionner". "Si, à un moment, on voit à Quinze qu'il faut plus de souplesse (dans les négociations d'adhésion), on décidera à Quinze, mais je vous dis que notre position ne sera pas souple, parce que nous aimons trop l'Europe", a déclaré M. Michel. Et, pour dissiper toute équivoque, il s'est exclamé, au cours de cet échange très vif et spontané avec les députés: "Elargissement oui, cent mille fois, un million de fois oui, je m'y engage totalement, mais en respectant les critères. Je ne suis pas prêt à raconter des bobards". Au démocrate-chrétien belge Van Hecke qui posait dans ce contexte le problème des fonds structurels et de la PAC, M.Michel a rappelé que, si on avait négocié immédiatement ces dossiers, cela aurait provoqué du retard dans les négociations d'adhésion. Je pense que ces questions seront abordées dans le cadre du débat sur l'avenir de l'Europe, aussi bien sous l'angle de la répartition des compétences que sous celui du financement de l'UE, a-t-il anticipé (et il indiqué en passant qu'il venait d'avoir, à Berlin, une très intéressante discussion avec son homologue Joschka Fischer au sujet du financement de la PAC).

Interrogé par M. Alavanos, membre grec du groupe de la Gauche unitaire, au sujet de la Turquie, le président du Conseil a affirmé: "Il est évident qu'ils ne sont pas en état de répondre aux critères". Et il a jugé gênante la demande turque de "pre-screening", car, a-t-il dit, "c'est un peu comme si on faisait l'impasse sur l'évaluation du respect des critères, car le "pre-screening vient juste avant les négociations" d'adhésion. Autre problème, à part celui, et de taille, de Chypre, le fait que la Turquie "essaye d'obtenir la reconnaissance, par le biais de l'OTAN, d'un droit de veto sur la PESD" (par son blocage d'un accord sur l'accès de l'UE aux moyens de l'Alliance atlantique pour des opérations de type Petersberg). Il y a un document britannique élaboré avec le soutien des Américains et aussi des Turcs, mais "ça ne leur suffit pas", a constaté M. Michel, en ajoutant: "nous leur avons proposé une association à un mécanisme de "decision-shaping", mais pas de "decision-making", ce qui serait un précédent tout à fait inacceptable". Selon M. Michel, "il faudrait un accord permanent avec l'OTAN avant la déclaration de Laeken qui proclamera l'UE opérationnelle" en cette matière (EUROPE reviendra demain sur les propos tenus devant la même commission parlementaire par le ministre belge de la Défense André Flahaut, qui s'est exprimé dans le même sens et qui a aussi souhaité qu'à l'avenir puissent se tenir des réunions formelles des ministres de la Défense, en estimant que ceci devrait arriver au plus tard sous présidence espagnole, pendant le premier semestre de l'année prochaine).

Le Président du Conseil Affaires générales, qui a remarqué en passant que le Haut Représentant Javier Solana, de concert avec la Commission, a été "de plus en plus amené à assurer la représentation extérieure de l'Union" (nous avons aussi un Commissaire "très politique, très capable", a rappelé à ce propos le social-démocrate allemand Sakellariou, en faisant allusion à Chris Patten), a par ailleurs répondu à des questions sur:

- le Proche-Orient. "L'implication dans la région de ceux qui représentent l'Europe a en quelque sorte débordé les divergences d'opinions entre Etats membres, et les faits ont été plus forts que les divergences", a dit M. Michel à M. Salafranca, élu du Partido Popular espagnol. Selon M.Michel, l'un des principaux problèmes de l'UE est qu'elle doit "apparaître comme parfaitement neutre", alors que les Israéliens "ont le sentiment qu'elle n'est pas parfaitement équidistante". Cependant, en répondant au socialiste luxembourgeois Poos (qui fustigeait l'attitude du Premier ministre Ariel Sharon), il a affirmé: "Vous avez posé le vrai problème; Sharon se donne le droit de décider ce qu'est le cessez-le feu (...) C'est selon son bon vouloir".

- les relations avec les Etats-Unis. M.Michel, qui rentrait de Washington, a admis que la position américaine actuelle est "très unilatéraliste". "On peut espérer les amener à la modifier par des relations très serrées", a-t-il estimé, en se disant inquiet de la demande de l'Administration Bush de ne plus tenir qu'un sommet par an avec l'UE. Il y a suffisamment de questions à discuter pour avoir deux réunions de haut niveau par an, a-t-il commenté. Selon lui, on peut aussi "s'imaginer que cet unilatéralisme sur un certain nombre de grands thèmes finira par être insupportable pour eux-mêmes", et rechercher une convergence avec les Etats-Unis, mais , a-t-il tenu à souligner, "sans jamais vendre notre âme" (l'affaire du Protocole de Kyoto est, selon lui, un très bon exemple).

- les relations avec l'Algérie: M. Michel a indiqué que différentes hypothèses ont été évoquées, dont celle d'une suspension des négociations d'un accord d'association tant que la violence dure (mais "je n'y crois pas", a-t-il tout de suite précisé), l'envoi de Javier Solana sur place ou l'ouverture d'une enquête internationale sur les violences (qui exige cependant l'accord des autorités algériennes).

- l'Afrique: M. Michel, qui a réaffirmé la priorité que la Présidence belge donne en particulier à la situation dans les Grands Lacs, a indiqué que le Plan d'action pour la paix et le développement en Afrique centrale annoncé par la Présidence couvrira aussi des questions comme la réforme des administrations et le rôle de la société civile, et a rappelé que la Présidence belge présentera aussi une initiative sur la prévention des conflits en Afrique et le lien entre l'aide humanitaire et l'aide à la réhabilitation des pays concernés.

- le contrôle parlementaire de la PESD: en répondant à Mme Lalumière, socialiste française (rapporteur du PE sur la Politique européenne de sécurité et de défense), M. Michel a affirmé qu'il était "très partisan d'organiser un tel contrôle, car sans contrôle il n'y a pas d'explication, sans explication il n'y a pas de compréhension, sans compréhension, il n'y a pas de PESD, car cette politique exige des moyens".

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