Göteborg, 15/06/2001 (Agence Europe) - Les travaux du Conseil européen qui se déroule les 15 et 16 juin sous la présidence de Göran Persson ont été marqués, vendredi, par une intense discussion sur le processus d'élargissement de l'Union européenne. Le sentiment général, après le référendum irlandais sur le traité de Nice, a été qu'il faut réaffirmer clairement que le processus d'élargissement de l'UE est irréversible, a dit à la presse la présidente du Conseil Affaires générales Anna Lindh, en notant que le Sommet avait apporté un « grand soutien » à l'aspiration de la Présidence d'indiquer dans ses conclusions de Göteborg un « calendrier plus précis » sur les futures adhésions. « Grand ne signifie pas unanime », a reconnu la ministre suédoise des Affaires étrangères en répondant à des questions. C'est trop tôt pour dire quelles seront nos conclusions, demain, a-t-elle ajouté ; cependant, l'opposition de plusieurs Etats membres à l'inscription d'une date dans les conclusions de la présidence laisse entrevoir des conclusions se bornant à renforcer le message politique adressé aux pays candidats (voir plus loin).
Quant à l'échange de vues avec le Premier ministre irlandais sur les conséquences du rejet du Traité de Nice lors du référendum du 7 juin, la conclusion des participants au Sommet, telle que l'a résumée M. Persson, est qu'il faut laisser aux Irlandais un temps de réflexion, avant qu'ils puissent faire des propositions sur de possibles manières de sortir de cette impasse. Le gouvernement irlandais n'a pas encore donné d'indications sur ce qu'il envisage de faire » (voir plus loin), mais il ne souhaiterait en aucun cas organiser un nouveau référendum avant les élections générales attendues en juin 2002 au plus tard. Les conclusions que doit adopter samedi le Conseil européen à ce sujet vont indiquer que, malgré le « non » irlandais, il n'y aura pas de renégociation du Traité de Nice, et que le processus d'élargissement se poursuit. C'est ce qu'a affirmé entre autres le chancelier Schröder, qui a aussi souligné que le résultat du référendum irlandais confirme la nécessité d'une plus grande transparence et clarté en Europe: le débat sur l'avenir de l'Europe, a-t-il dit, doit permettre en particulier de clarifier ce qui est décidé à Bruxelles et ce qui doit demeurer la prérogative des Etats membres.
A Göteborg, le débat sur l'avenir de l'Europe a été assez général et a porté surtout sur la procédure (à ce sujet, voir dans EUROPE du 14 juin, p.5 les principales conclusions du rapport de la Présidence suédoise). Sur le fond, dans une interview publiée vendredi par le Financial Times le chancelier Schröder a dit qu'il ne s'attendait pas à ce que les propositions du Parti social-démocrate allemand sur l'avenir de l'Europe soient acceptées telles quelles, notamment celle sur la mise en place d'une deuxième Chambre (qui serait le Conseil).
Ce Conseil européen était marqué par la présence d'un nouveau chef de gouvernement, l'Italien Silvio Berlusconi, accompagné de ses ministres des Affaires étrangères Renato Ruggiero et Giulio Tremonti. Il a aussi été marqué (comme cela avait été le cas pour le sommet de Nice) par des manifestations d'antimondialistes qui ont pris une tournure assez violente, les éléments pacifiques étant débordés, cette fois-ci aussi, par un certain nombre de « casseurs ».
Ce qui aurait dû être le principal thème du sommet, le développement durable, a été traité seulement en fin d'après-midi. L'objectif principal était d'intégrer cette dimension dans le processus de Lisbonne qui s'est prolongé à Stockholm, en ajoutant un développement compatible avec l'environnement aux dimensions économiques et sociales du processus (voir autre page au sujet du « non-paper » de la Présidence suédoise, que le Sommet devait entériner samedi dans ses conclusions).
Dans la soirée, le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, a présenté son rapport sur le rôle du processus de paix au Proche-Orient, un rapport dont le message essentiel est l'existence d'une « coalition internationale pour la paix » dont font partie l'Europe, les Etats-Unis et les pays les plus engagés de la région, ainsi que le Secrétaire général des Nations Unies (voir plus loin au sujet des rencontres entre les Européens et le président Bush).
« Non » irlandais à Nice: Bertie Ahern souligne la nécessité d'une « période prolongée de réflexion », grâce notamment au nouveau Forum national pour l'Europe -Engagement solennel en faveur de l'élargissement
Vendredi matin, le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a, dans une déclaration à ses collègues sur le rejet du Traité de Nice par les Irlandais lors du référendum du 7 juin, affirmé que son gouvernement avait « constamment » dit à l'opinion publique que la ratification de Nice était nécessaire pour l'élargissement (qui est un « devoir historique » et « une grande opportunité »), et que les changements introduits par le Traité, « qui était un compromis résultant d'une dure bataille, n'affectait aucunement les intérêts fondamentaux de l'Irlande et ne menaçait pas ses valeurs ». Le Taoiseach a tenu à répéter que ce « non » ne devrait absolument pas être interprété comme un rejet de l'élargissement, et que la plupart des leaders de la campagne du refus s'étaient « employés à dire qu'ils appuyaient l'élargissement ». Et « ceci a été répété depuis », a-t-il ajouté, en notant que c'est ce que son ministre des Affaires étrangères avait fait lundi à Luxembourg .« Aujourd'hui, je souhaite renouveler solennellement cet engagement », a-t-il affirmé. M. Ahern, qui a demandé « le soutien » des autres Etats membres maintenant qu'il est « nécessaire de réfléchir soigneusement et patiemment » comment aller de l'avant, a précisé: « Je crois que ce serait prématuré de ma part de commencer à discuter aujourd'hui de la manière spécifique de laquelle pourra être réglée la difficile situation dans laquelle nous nous trouvons (…) nous avons réellement besoin, au niveau national, d'une période prolongée de réflexion. J'ai annoncé l'établissement d'un Forum national sur l'Europe. J'espère que ceci permettra un débat plus large et systématique sur l'Union européenne et sa future direction que ce qui a jamais été possible jusqu'ici. Il y a aussi d'importantes questions à considérer concernant la manière dont notre Parlement national contrôle les affaires de l'UE ». Sur un plan plus général, M. Ahern a estimé que le résultat du référendum du 7 juin confirme l'existence, « malheureusement », d'un « sentiment répandu des citoyens d'être déconnectés des institutions de l'Union », et d'une « frustration face à ce qui est vu parfois comme une absence de clarté, transparence et capacité de réagir » de l'Union. « Nous avons un réel et urgent besoin de nous concentrer maintenant sur la manière de faire fonctionner l'Union de manière plus significative pour nos citoyens et de renforcer la responsabilité démocratique. Personnellement, je ressens cela très fort ». M. Ahern, qui a rappelé que le référendum du 7 juin était le cinquième en Irlande depuis son adhésion en 1972 (les autres portaient sur son adhésion, sur l'Acte unique européen et sur les Traités de Maastricht et d'Amsterdam), a noté que toutes ces consultations ont passé le cap « aisément, même si la marge de succès a progressivement décliné ». Et il a conclu: « Je sais que c'est plus facile de diagnostiquer le problème que de prescrire des remèdes largement acceptables. Je sais aussi qu'il y a beaucoup de conceptions erronées et de malentendus qui, injustement, façonnent les perceptions populaires de l'Union. Cependant, il est vital que cette dimension soit au premier plan de nos réflexions tout le long de notre imminent débat sur l'avenir de l'Union ».
Grandes orientations économiques: le Conseil européen a approuvé les GOPE pour 2001
Les ministres des Finances des Quinze ont participé, avec les chefs d'Etat et de gouvernement, aux travaux du Sommet européen pendant l'après-midi et, à l'issue d'un premier tour de discussions, le Conseil européen a appuyé les propositions du Conseil Ecofin pour les Grandes orientations de politique économique pour 2001 (voir EUROPE du 7 juin, p.12). La Présidence suédoise constate dans ses conclusions que le message du sommet était clair: les Etats membres doivent maintenir le cap imprimé à leur politique économique, en vue notamment de maintenir des finances publiques solides et de contenir l'inflation. « Si nécessaire, il faudra permettre d'utiliser la marge autorisant le recours aux stabilisateurs automatiques afin de contrecarrer un possible nouvel affaiblissement de l'économie de l'UE », affirme la Présidence.
Lors de sa conférence de presse avec le président du Conseil Ecofin, Bosse Ringholm, le Commissaire à l'économie et aux finances, Pedro Solbes, a rappelé que dans certains cas le recours aux stabilisateurs devrait être permis, mais que cet instrument « ne devrait pas être utilisé » dans des pays où le taux de la dette est encore trop élevé. Interrogé sur les pays qui pourraient utiliser les stabilisateurs, il n'a pas voulu donner de réponse, mais il a quand même dit que dans trois pays - Belgique, Italie et Grèce - le taux de la dette est proche de 100% du PNB. M. Solbes n'a pas répondu non plus à des questions sur la situation inquiétante du déficit italien.
Sur le paquet fiscal, les conclusions de la Présidence se limitent à indiquer que le Conseil européen a exprimé sa satisfaction pour les progrès obtenus et les mesures prises afin que le travail à ce sujet soit achevé d'ici la fin de 2002. Le Conseil européen assure qu'il suivra de près les progrès qui seront faits. Par ailleurs, le Conseil européen a brièvement évoqué le problème du Ciel unique, en soulignant que le travail à ce sujet doit reprendre aussi rapidement que possible. Il s'est exprimé dans le même sens en ce qui concerne les retraites.
Interrogé sur la proposition de son homologue allemand M. Eichel d'introduire un impôt européen, M. Ringholm a répété que pour la Suède ce sont les parlements nationaux qui doivent prendre les décisions en cette matière.
Le Conseil Ecofin avait encore eu une brève réunion vendredi soir pour approuver formellement les GOPE.