La Belgique prend dans moins de deux mois la relève de la Suède à la tête du Conseil de l'Union européenne. Le Premier ministre Guy Verhofstadt, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel et la Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Annemie Neyts ont présenté début mai les grandes lignes du programme de cette présidence qui se veut ambitieuse (voir EUROPE du 4 mai, pages 6 et 7). Nous reprenons dans EUROPE/Documents (en français, allemand et anglais) la note distribuée par la future présidence sur ses priorités.
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NOTE DE PRIORITES
La Belgique assurera la présidence de l'Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2001. Cette présidence vient à un moment crucial dans le cadre de l'unification européenne. L'Union européenne a approuvé il y a quelques mois un nouveau traité devant permettre l'élargissement. L'Union se prépare à la mise en circulation de l'euro. L'Union travaille actuellement à la mise au point d'un modèle social européen et entend devenir d'ici 2010 l'économie de la connaissance la plus dynamique au monde, offrant une protection sociale élevée tout en affichant une croissance économique importante ainsi que de faibles taux de chômage et d'inflation. L'Union s'est fixée comme objectif la création d'un espace de liberté, de sécurité et de justice; un espace où la qualité de la vie, la sécurité alimentaire, la protection de l'environnement et le développement durable occupent une place centrale. Enfin, l'Union développe actuellement les instruments qui lui permettront d'intervenir dans le monde de manière ferme et unanime.
Dans le cadre de la présidence, la Belgique entend enregistrer des progrès dans tous les domaines de compétence relevant de l'Union européenne. L'Union européenne doit ainsi gagner en transparence, en efficacité, en cohérence et en fermeté et jouir d'une plus grande légitimité démocratique. Par conséquent, la présidence belge présentera, dès son coup d'envoi, un programme ambitieux et détaillé reprenant des objectifs clairs pour chaque domaine de politique et chaque Conseil des Ministres européen.
A cet effet, le Gouvernement belge a identifié six lignes de force pour la présidence:
l'approfondissement du débat consacré à l'avenir de l'Europe;
l'amélioration de la qualité de l'emploi, la promotion de l'égalité des chances et la lutte contre l'exclusion et la pauvreté;
la promotion d'une croissance économique durable et une politique économique commune;
la création d'un espace européen de liberté, de sécurité et de justice;
la promotion du développement durable et de la qualité de la vie;
l'élargissement et le renforcement de la dimension extérieure de l'Union européenne.
En outre, la présidence belge entend définir une série de priorités politiques qui doivent être concrétisées durant le second semestre de l'année 2001. Pour chacune de ces priorités, la présidence belge veut engranger des résultats concrets, en étroite collaboration avec le Parlement européen, la Commission européenne et l'ensemble des Etats membres.
1. DOMAINES DE POLITIQUE INTERNES: L'UNION EUROPEENNE DOIT TROUVER DES REPONSES AUX DEFIS D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN.
L'introduction de l'euro.
L'euro deviendra une réalité tangible au 1er janvier 2002. Jamais auparavant l'Union européenne n'est entrée de manière aussi concrète dans la vie des citoyens. Pour la première fois dans l'histoire de l'Union, le citoyen sera confronté dans son quotidien à un résultat concret et tangible de l'intégration européenne. Une introduction de l'euro réussie fera croître la confiance du citoyen dans l'Union européenne et dans la monnaie unique.
Une préparation réussie de la mise en circulation des pièces de monnaie et des billets constitue un des objectifs essentiels de la présidence belge. Un suivi mensuel assuré par la Commission européenne et l'Eurogroupe doit permettre de suivre de très près les mesures prises par chaque Etat membre dans ce domaine. On vérifiera dans ce cadre si ces mesures présentent un parallélisme.
On procédera en outre au lancement d'une grande campagne d'information. En effet, l'euro n'est pas encore suffisamment connu. Pareilles campagnes sont nécessaires pour que l'introduction physique de l'Euro se déroule sereinement et sans difficulté pour l'ensemble de la population européenne. Dans le cadre de cette communication, il faudra notamment veiller à dissiper toute inquiétude éventuelle tant dans le chef des citoyens, et en particulier dans celui des groupes sociaux vulnérables, que dans le chef des entreprises.
Les indicateurs en matière de qualité de l'emploi.
La présidence belge revêtira une forte dimension sociale et accordera une attention particulière au développement du modèle social européen. Dans ce cadre, l'accent sera mis sur la qualité de l'emploi, sur l'égalité des chances, sur une participation accrue des travailleurs aux mutations économiques, sur la modernisation de la protection sociale, sur la lutte contre l'exclusion sociale et la pauvreté ainsi que sur la durabilité et le refinancement des pensions.
L'objectif du plein-emploi et les efforts déployés en matière de qualité du travail doivent aller de pair. Au Conseil européen de Stockholm organisé au mois de mars 2001, la présidence belge s'est vue confier la mission d'affiner et d'établir tant les indicateurs d'emploi quantitatifs que les indicateurs d'emploi qualitatifs. Au niveau quantitatif, la présidence apportera des améliorations au niveau des statistiques d'emploi, entre autres en matière de taux d'activité. Au niveau qualitatif, les Programmes d'action nationaux seront évalués dans le cadre de la présidence belge, comme c'est le cas chaque année durant le second semestre. Dans le cadre de cette évaluation, la qualité du travail occupera une place centrale parmi les préoccupations. En guise de premiers pas sur la voie d'une stratégie européenne en la matière, une série d'indicateurs de qualité seront mis au point sur la base des plans d'action nationaux et des travaux réalisés par la Commission européenne.
La modernisation de la sécurité sociale et la durabilité des pensions.
L'Union européenne assume une responsabilité majeure au niveau de la protection sociale. Tous les Etats membres sont confrontés aux même défis en la matière: le vieillissement de la population, les coûts des soins de santé sans cesse plus élevés, l'adaptation de la protection sociale aux nouvelles réalités comme les nouvelles structures familiales ou les nouvelles formes de travail. La présidence belge est fermement décidée à entamer la discussion sur la durabilité des régimes de pension. Par rapport au reste de la population européenne, la proportion de personnes pensionnées doublera entre 2000 et 2040. L'idée est de dégager d'ici la fin de l'année 2001 un accord sur une série d'objectifs communs qui garantissent une protection durable des personnes pensionnées en garantissant dans le même temps les finances publiques.
Le volet extérieur du paquet fiscal.
La mise en circulation des billets et des pièces d'euro représente un pas majeur sur la voie d'un véritable marché unique. Ce marché interne n'est pas encore complètement achevé, entre autres au niveau de l'intégration des marchés financiers. La présidence belge de l'Union européenne envisage pour cette raison de s'atteler, en collaboration avec la Commission européenne, à l'entrée en vigueur des décisions prises à la fin de l'année passée dans le cadre du paquet fiscal (fiscalité d'épargne, règlements fiscaux pour des entreprises, intérêts et redevances). Les négociations avec des Etats tiers, et plus particulièrement avec la Suisse, seront poursuivies en vue de dégager en 2002 un accord définitif sur le projet de directive en matière de fiscalité d'épargne.
L'amorce d'une politique commune en matière d'asile et d'immigration.
Au Conseil européen de Tampere organisé au mois d'octobre 1999 a été approuvé un programme d'action ambitieux et détaillé qui doit conduire à la création d'un espace commun de liberté, de sécurité et de justice. Il doit s'agir d'un espace ouvert et contrôlable fondé sur les principes européens d'ouverture, de liberté et d'hospitalité, de solidarité, de non-discrimination, de respect des droits de l'homme et de la dignité humaine et des valeurs d'une société multiculturelle.
Dans le cadre du Conseil européen de Bruxelles - Laeken qui se tiendra au mois de décembre 2001, la présidence belge dressera le bilan des progrès enregistrés.
La présidence accordera la priorité à l'élaboration d'une politique commune en matière d'asile et de migration. Pour ce qui est de l'asile, l'accent sera mis sur l'harmonisation des procédures d'octroi et sur l'accueil des réfugiés. En effet, les réfugiés ont droit à la protection de l'Union européenne. Ce principe ne peut être remis en question et certainement pas cette année qui nous verra célébrer le 50ème anniversaire de la Convention de Genève. En revanche, il importe également de dégager une répartition plus équitable de la charge et de déterminer avec plus de précision à quel Etat membre revient la responsabilité de traiter la demande d'asile.
Pour ce qui est de l'immigration, une première impulsion sera donnée en faveur de l'élaboration d'une politique d'ensemble tenant compte des multiples facettes du problème: la prévention et le développement de partenariats avec les pays d'origine, la gestion des flux migratoires, l'intégration, l'emploi.
La présidence intensifiera la lutte contre l'immigration illégale, certainement en ce qui concerne la traite des êtres humains. Les Etats candidats à l'adhésion doivent être associés au renforcement de la réglementation commune pour le contrôle des frontières extérieures de Schengen. En effet, ils seront à l'avenir intégrés dans le système de contrôle, avec le soutien de l'Union européenne. Dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains, une action du type "high impact" sera notamment organisée aux futures frontières extérieures de l'Union européenne.
Une unité européenne permanente de magistrats: Eurojust.
La présidence belge est fermement déterminée à dégager, durant le second semestre de l'année 2001, un accord politique relatif à la création d'un Eurojust définitif. Établie à Bruxelles, Eurojust est une unité permanente de magistrats qui dispose d'une compétence d'instruction. L'objectif d'Eurojust est de renforcer la collaboration pénale entre les Etats membres ainsi que la lutte contre le crime international. Eurojust est ainsi appelé à devenir l'équivalent judiciaire d'Europol.
Le développement durable et le souci d'une meilleure qualité de vie.
Le défi que représente le développement durable consiste d'une part à permettre aux citoyens de vivre dans un environnement sain et d'autre part à mettre le progrès économique au service de l'homme, par le biais d'une amélioration continue des niveaux de vie et de la qualité de la vie. Cela suppose la réorientation de certains modèles non durables de production et de consommation. Cette réorientation constitue une des principales préoccupations de la présidence belge. La mise en œuvre de la stratégie européenne de développement durable - qui sera approuvée par le Conseil européen de Göteborg organisé au mois de juin 2001 - occupera à cet égard une place centrale. Cette nouvelle stratégie vise à aligner l'ensemble des domaines de politique de l'Union européenne sur les trois aspects composant le développement durable (la croissance économique, la cohésion sociale et la protection de l'environnement).
La présidence belge donnera une première impulsion à la mise en œuvre de cette stratégie, plus particulièrement en déterminant des objectifs précis et des indicateurs concrets. De plus, la présidence accordera une attention particulière à l'intégration de la dimension environnementale et de développement durable dans le politique de transport de l'Union européenne. Par exemple, la présidence belge travaillera à l'aboutissement du deuxième paquet de mesures en matière de sécurité maritime. Enfin, la présidence souhaite dégager, durant le second semestre de l'année 2001, une position commune par rapport à une réglementation nouvelle en matière de prévention et de gestion durable des déchets et de promotion de produits non polluants, ainsi qu'une position commune sur la régulation sur la traçabilité et l'étiquetage des organismes génétiquement manipulés.
En outre, la présidence belge envisage de placer à nouveau la fiscalité énergétique et l'écofiscalité à l'ordre du jour des discussions européennes.
L'Autorité alimentaire européenne.
De récentes crises agricoles et alimentaires ont clairement montré qu'en matière de protection des consommateurs, la priorité absolue devait être accordée à la sécurité alimentaire. La présidence belge est fermement déterminée à procéder cette année encore à l'installation définitive d'une autorité alimentaire européenne. La préférence de la présidence va davantage à la mise sur pied d'une agence disposant d'une autorité propre plutôt qu'à la création d'un organe n'ayant qu'une simple compétence d'avis, comme proposé par la Commission européenne. La mise en place de cette agence doit s'accompagner d'un renforcement du contrôle sur l'ensemble de la chaîne alimentaire, notamment au moyen d'une application généralisée du programme CONSUM ("Contaminent Surveillance System", le programme belge chargé de surveiller la chaîne agro-alimentaire) au niveau européen, ainsi que de l'introduction d'une liste positive en matière de composition des aliments pour animaux, dans le contexte de la réforme d'une agriculture durable et vivable.
Le brevet communautaire.
La recherche et le développement constituent les moteurs de l'emploi et de la croissance économique. L'Union européenne consacre à la recherche et au développement des moyens encore toujours inférieurs aux moyens affectés par les États-Unis et le Japon. Il convient de pallier cette situation, entre autres par le biais de la création d'un espace européen de recherche et d'innovation. La présidence belge y collaborera activement et souhaite dégager, durant le second semestre de l'année 2001, un accord politique en matière de brevet communautaire de même qu'une position commune par rapport au sixième programme-cadre pour la recherche et le développement.
2. LA DETERMINATION A POURSUIVRE L'ELARGISSEMENT: VERS UN RETABLISSEMENT DE L'IDENTITE EUROPEENNE.
Considéré sous un angle historique, la concrétisation de l'élargissement touche à ce qui fait l'âme même de l'Union européenne. Il s'agit ici du partage de valeurs communes en matière de démocratie politique, de respect des droits de l'homme, de protection sociale des plus faibles, de protection des minorités, d'économie de marché et de coexistence pacifique au sein d'un Etat de droit. L'élargissement permet de renouer avec l'identité géographique, politique et culturelle de l'Europe. Par conséquent, l'élargissement constitue une des principales priorités de la présidence belge.
En collaboration avec la Commission européenne, la présidence poursuivra les négociations d'adhésion suivant le schéma et le calendrier approuvés par le Conseil européen de Nice de décembre 2000. Priorité sera accordée à la fixation de positions communes de l'Union européenne ainsi qu'à de larges discussions d'orientation dans le cadre des Conseils européens de Gand et de Bruxelles-Laeken. Chaque Etat candidat à l'adhésion sera traité selon ses propres mérites, sur la base d'une intégration totale et effective de l'acquis communautaire.
3. LA DIMENSION EXTERIEURE DE L'UNION EUROPEENNE: VERS UNE STABILISATION DU CONTINENT EUROPEEN ET UN RENFORCEMENT DE LA VOIX DE L'EUROPE DANS LE CONCERT MONDIAL.
La présidence belge poursuivra les efforts initiés par les précédentes présidences et qui visent à améliorer l'efficacité et la cohérence des actions extérieures de l'Union européenne et des Etats membres. Cela suppose un rôle plus important dévolu au Secrétaire général/Haut Représentant, de même qu'un renforcement de la concertation entre ce dernier et la Commission européenne.
Le respect des droits de l'homme est un des principes fondamentaux sous-tendant la détermination de la politique étrangère belge. La présidence belge envisage résolument d'accorder une place majeure à ce principe de départ dans le cadre de l'établissement de la politique étrangère et de sécurité commune.
La présidence belge travaillera à la mise en œuvre des accords de Cotonou via la coopération avec les pays en conflit et via l'implication de la société civile.
La politique européenne de sécurité et de défense.
Comme l'a récemment révélé un Eurobaromètre, l'opinion publique est favorable à ce que l'on poursuive l'élaboration d'une identité européenne propre en matière de défense. La poursuite de cet exercice occupera une place centrale dans le cadre de la présidence belge. Le Conseil européen de Bruxelles-Laeken de décembre 2001 devra déclarer l'Union européenne opérationnelle au niveau de la gestion de crise. Ce qui signifie que d'ici la fin de la présidence, les structures doivent revêtir un caractère permanent et les procédures doivent être approuvées. La présidence belge lancera toutes les initiatives nécessaires pour atteindre cet objectif. En effet, la mise au point opérationnelle de la politique européenne de sécurité et de défense suppose un équilibre entre augmentation graduelle des capacités, développement des instruments et soutien politique de la politique étrangère européenne.
Afin de permettre cela, une seconde conférence consacrée aux capacités requises pour atteindre le Headline Goal en 2003 sera organisée durant la présidence belge. En outre, la présidence poursuivra les discussions en vue de conclure un accord définitif concernant la coopération entre l'Union européenne et l'OTAN.
L'Union européenne ne peut cependant se limiter à la question de savoir ce qu'elle peut entreprendre dès lors qu'une situation conflictuelle à ces frontières dégénère en crise violente. L'Union doit également réfléchir à la question de savoir ce qu'elle peut entreprendre pour empêcher qu'une situation conflictuelle ne dégénère en crise violente. La présidence belge poursuivra les travaux en matière de prévention de crise et d'aspects civils de la gestion de crise. L'accent sera mis sur l'aspect policier, la formation du personnel, le renforcement de l'Etat de droit et la protection civile.
La Russie.
La présidence belge accordera une attention particulière aux relations entre l'Union européenne et la Russie. Toutes deux gagnent à élaborer un partenariat stratégique et à coopérer de manière intense. La présidence soumettra un plan d'action relatif à la mise en œuvre d'une stratégie commune Union européenne - Russie.
Dans le cadre du Sommet qui réunira l'Europe et la Russie au mois d'octobre, l'attention ira principalement aux relations économiques entre les deux parties, aux conséquences de l'élargissement de l'Union européenne, en particulier pour l'enclave de Kaliningrad, à l'élaboration d'une politique européenne de sécurité et de défense ainsi qu'à des questions liées à la justice et aux affaires intérieures. Dans le cadre du dialogue politique avec la Russie, les questions de la stabilisation de la situation dans le Caucase et du renforcement de l'Etat de droit seront également abordées.
L'Afrique centrale.
La présidence belge entend renforcer davantage l'implication de l'Union européenne dans le processus de paix en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs. En collaboration avec les instances internationales compétentes, la présidence européenne dressera un inventaire des besoins humanitaires et de réhabilitation dans des secteurs cruciaux comme la santé publique, l'enseignement, l'infrastructure et la justice, de même que des besoins au niveau du processus de démocratisation. Sur la base de cet inventaire, la présidence belge proposera un plan d'action axé sur la paix et le développement en Afrique centrale.
Les Balkans.
La présidence belge accordera une attention particulière à cette région et souhaite notamment poursuivre le processus initié dans le cadre du Sommet de Zagreb. La coopération régionale et le développement économique occupent une place centrale dans le cadre de ce processus. La présidence poursuivra les négociations des traités de stabilisation et d'association avec les pays de la région. Un accord de ce type pourra être conclu avec un ou plusieurs de ces pays durant le second semestre de l'année 2001.
La présidence belge s'engagera, avec le Haut Représentant et la Commission européenne, en faveur des contributions de l'Union européenne dans les efforts déployés par la communauté internationale pour sauvegarder la paix et la sécurité dans les Balkans.
Le processus de paix au Moyen-Orient.
Dans le cadre d'une étroite collaboration avec le Haut Représentant, la présidence belge poursuivra les actions lancées par les Quinze et encouragera les parties à résoudre leurs différends par la voie du dialogue et de négociations afin de pouvoir à nouveau relancer les processus de paix. La présidence belge restera étroitement en contact avec les États-Unis et les autres parties concernées dans la région.
La présidence belge veillera à maintenir le dynamisme du partenariat Euroméditerranéen.
4. L'AVENIR DE L'UNION EUROPEENNE: VERS UNE DECLARATION DE BRUXELLES - LAEKEN AMBITIEUSE.
Le nouveau Traité de Nice a définitivement ouvert la voie de la plus grande opération d'élargissement dans l'histoire de l'Union européenne. Nous parlons couramment d'un élargissement alors qu'en réalité, il s'agit d'une véritable mutation. Une Union regroupant 25 ou 27 Etats membres, voire même plus, présentera un visage radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Il est pour cette raison absolument nécessaire de commencer à réfléchir dès à présent aux questions de savoir ce à quoi l'Union européenne devra ressembler à l'issue de l'opération d'élargissement, quelles compétences l'Union doit exercer, comment il convient d'en assurer le financement, les institutions dont elle doit disposer, le processus de prise de décision qu'elle appliquera, etc.
Le Conseil européen de Nice de décembre 2000 a approuvé une "Déclaration sur l'avenir de l'Union". Cette déclaration invite à mener un débat large et approfondi sur l'avenir de l'Union européenne. Dans le cadre de ce débat, il convient d'y associer non seulement les Etats membres mais également les Etats candidats à l'adhésion, les parlements nationaux, le Parlement européen et une large opinion publique.
Nice a confié à la présidence belge la mission d'ébaucher à la fin de l'année 2001, dans la Déclaration de Bruxelles-Laeken, les paramètres de ce débat qui, à son tour, doit déboucher sur une nouvelle conférence intergouvernementale en 2004. Dans le cadre de la préparation de cette déclaration, la présidence se fondera sur les sources suivantes:
le large débat lancé dans l'intervalle dans tous les Etats membres. Ce débat doit bien évidemment se poursuivre y compris après 2001. La présidence belge tentera néanmoins de tirer de l'actuel débat une série de résultats provisoires pour les regrouper et d'en tirer des conclusions pouvant s'avérer utiles pour la Déclaration de Bruxelles-Laeken;
les contributions du Parlement européen et de la Commission européenne;
les contributions des Parlements nationaux;
les contributions des régions constitutionnelles;
l'imposant travail de recherche et les nombreuses suggestions formulées par des instituts de recherche, des groupes de réflexion et des experts;
les contacts étroits que la présidence entretiendra avec chaque Etat membre.
Les Ministres des Affaires étrangères aborderont ces thèmes dans le cadre de leur rencontre informelle au mois de septembre. Les Chefs d'État et de Gouvernement se verront offrir cette possibilité lors du Conseil informel organisé au mois d'octobre ainsi que dans le cadre du Conseil formel européen qui se tiendra au mois de décembre. Les Etats candidats à l'adhésion seront associés à ce débat lors d'une rencontre spéciale avec les Ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.
La Déclaration de Bruxelles-Laeken doit se prononcer sur l'agenda des débats consacrés à l'avenir de l'Europe, sur la méthode qui sera utilisée ainsi que sur le calendrier.
Pour ce qui est de l'agenda, l'objectif n'est pas de formuler des réponses définitives. Cet exercice n'interviendra qu'en fin de parcours. Par le biais de questions ciblées, il entre cependant dans les intentions d'encourager le débat portant sur toutes les questions qui concernent l'avenir de l'Europe. Dans la "Déclaration sur l'avenir de l'Union" approuvée à Nice figurent quatre thèmes qui doivent entre autres être abordés dans le cadre du débat. La présidence belge envisage cependant d'ouvrir l'agenda à un projet global pour l'Europe. Ce projet doit apporter une réponse à la question fondamentale de savoir "comment structurer la vie politique au sein d'une Union européenne élargie?". Bruxelles-Laeken doit aboutir à la fixation d'un cadre permettant d'aborder toutes les questions liées à l'avenir de l'Union européenne. Ceci doit être possible dans la mesure où des concepts beaucoup plus larges peuvent se cacher derrière des points purement institutionnels.
Ainsi, les objectifs de l'Union européenne sont dans une large mesure déterminés par la répartition des compétences ("Kompetenzordnung"). Il y a aujourd'hui dans une partie de l'opinion publique en effet une perception que l'Union européenne intervient trop dans la vie du citoyen et qu'elle abuse parfois des fondements juridiques figurant dans les traités pour empiéter sur les compétences des Etats membres. Être à nouveau à l'écoute des citoyens constitue une garantie pour la poursuite du processus d'unification.
L'objectif d'une nouvelle répartition des compétences pourrait donc consister à définir plus clairement les compétences de l'Union européenne et les compétences des Etats membres. Mais cette nouvelle répartition des compétences ne peut induire une paralysie de la dynamique d'intégration, bien au contraire. De récentes études ont révélé le souhait formulé par l'opinion publique de voir l'Union européenne s'atteler à la création d'une identité de défense propre, à l'élaboration d'une véritable politique étrangère commune, d'une politique commune en matière d'asile et d'immigration et du développement durable.
D'autres éléments sont également déterminants pour l'avenir de l'Europe: le financement de l'Union européenne, les procédures de prise de décision, l'architecture institutionnelle et l'équilibre entre les institutions, le rôle des entités fédérées, la structure des traités et une méthode communautaire modernisée, ainsi que le rôle de dialogue avec les partenaires sociaux et la société civile doivent aussi être abordés.
Il n'entre en rien dans les intentions de la présidence belge d'essayer de formuler des réponses pour chacun de ces sujets. En revanche, la présidence espère que dans le cadre du Conseil européen de Bruxelles-Laeken, on pourra procéder à l'approbation d'une déclaration qui posera les bonnes questions et ouvrira ainsi la voie au débat large et approfondi des prochaines années.
5. CONCLUSION.
La présidence belge est ambitieuse. C'est ce qui ressort des priorités politiques qu'elle a identifiées. Une présidence est cependant toujours conditionnée dans une large mesure par l'actualité et la continuité.
Des événements survenus dans le cadre de récentes présidences ont démontré que le programme d'une présidence peut être fortement influencé par des facteurs externes faisant l'actualité. Ce sera certainement le cas pour les initiatives que la présidence entend initier par rapport aux Balkans, au Moyen-Orient et à l'Afrique centrale.
Mais il reste encore quelques autres domaines dans le cadre desquels la présidence est disposée à s'engager:
les changements climatiques et le processus de Kyoto: les changements climatiques menacent la prospérité future et les progrès économiques de la planète entière. Une intervention internationale efficace est nécessaire pour réduire les émissions. La position adoptée par le nouveau gouvernement américain a profondément modifié la donne. Quoi qu'il en soit, la présidence belge essayera de relancer le processus de Kyoto, au besoin avec quelques adaptations à la nouvelle situation;
le nouveau tour de négociations dans le cadre de l'Organisation mondiale du Commerce: les prochaines semaines et les prochains mois nous révéleront si un nouveau tour de négociations est possible. La présidence belge s'y engagera totalement. L'Union européenne et les États-Unis sont les grands protagonistes appelés à apporter la masse critique nécessaire pour le lancement éventuel d'un nouveau tour de négociations. Élément crucial à cet égard: l'élaboration d'un agenda équilibré et global dans le cadre duquel il est notamment tenu compte des intérêts des pays en voie de développement et de la dimension environnementale et sociale.
Une présidence ne relève donc pas d'un fait isolé. Elle doit tenir compte de l'actualité et s'inscrire également dans le cadre d'un processus évolutif. La présidence belge souhaite pleinement tenir compte de la continuité du processus européen. Elle poursuivra les initiatives et les activités des précédentes présidences et, au besoin ou le cas échéant, préparera celles des présidences suivantes. Pour aider à répondre aux défis de l'Union européenne durant cette courte période de moins de six mois, la présidence belge vise la réalisation équilibrée de progrès dans les différents domaines d'activité de l'Union européenne. A cet égard, une attention particulière sera accordée aux seize points et domaines décrits ci-dessus.
L'intervention sur ces points et dans le cadre de ces domaines entraînera des décisions sensibles et suppose la coopération de l'ensemble des Etats membres, des Etats candidats à l'adhésion, des institutions européennes, des partenaires sociaux et des acteurs régionaux. Les décisions requerront courage et vision politique. Mais si l'Union européenne parvient à enregistrer des progrès dans l'ensemble des domaines cités, un nouveau pas aura été franchi sur la voie d'un processus d'unification équilibré. Telle est l'ambition de la présidence belge.