Strasbourg, 16/05/2001 (Agence Europe) - La présidente du Conseil de l'UE, Anna Lindh, a fait le point mercredi devant le Parlement européen sur les efforts faits par l'Union européenne pour encourager une reprise du processus de paix au Proche-Orient, en indiquant en particulier que l'UE appuie les propositions de la Commission Mitchell (gel des colonies, fin de la violence et du terrorisme, notamment) et le plan de paix égypto-jordanien. La ministre suédoise des Affaires étrangères a rappelé que le Haut Représentant pour la Pesc, Javier Solana, a été chargé de présenter au sommet de Göteborg un rapport sur les possibilités qu'a l'Union européenne de faciliter le processus de paix, et que M. Solana a déjà remis un premier rapport le 5 mai. L'Union reste en contact constant avec les deux parties, a noté Mme Lindh, qui a souligné aussi le rôle joué dans ce contexte par l'Envoyé de l'UE pour le Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos. Mme Lindh a regretté la détérioration de la situation économique dans « cette région culturellement si riche », en notant que l'économie palestinienne vit pratiquement de l'aide des pays arabes et de l'UE, et que la situation s'est aussi dégradée, dans une moindre mesure, en Israël.
Evoquant lui aussi les effets économiques du bouclage des territoires palestiniens, le Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, a constaté qu'il y a eu « quelques améliorations » dans les mouvements de biens et de personnes « vers et de Gaza », mais que l'activité économique des Palestiniens continue de subir de « sévères restrictions ». M. Patten a rappelé que la Commission discute avec les Palestiniens « les bases de notre future assistance », et que cette assistance doit se concentrer en particulier sur la gestion financière et la réforme institutionnelle. Quant au problème - qui lui a été posé par plusieurs députés, comme la libérale néerlandaise Louise van der Laan et le Vert néerlandais Joost Lagendijk - de l'accès préférentiel qui serait accordé à certains produits provenant de Gaza, Cisjordanie, du Golan et de Jérusalem-Est, M. Patten a affirmé qu'un tel accès serait illégal, parce que ces territoires ne sont pas couverts par l'Accord d'association UE/Israël. Si le gouvernement israélien veut déclarer des biens provenant de colonies de peuplement dans les territoires palestiniens comme des biens provenant d'Israël, « les autorités douanières de l'UE ne pourront pas partager une telle interprétation », a dit M. Patten, en affirmant que la Commission européenne est la gardienne du droit et qu'elle doit veiller en particulier à éviter les interprétations divergentes de la part des autorités douanières des différents Etats membres. Nous signalerons ce problème lors du Conseil d'association du 21 mai, a annoncé M.Patten, qui a indiqué que l'affaire sera aussi soulevée lors de la réunion du Comité douanier du 31 mai.
Pasqualina Napoletano, élue des Democratici di sinistra, a remercié M. Patten pour sa « clarté », et pour avoir reporté l'affaire « sur le terrain du droit et de la légalité ». Sur un plan plus général, Mme Napoletano a jugé « paradoxal » que l'UE n'ait pas une « stratégie commune » concernant le Proche-Orient, et a demandé que le sommet de Göteborg remédie à cette lacune. « Le moment est venu de dire « basta ya !, ça suffit Monsieur Sharon ! », s'est écrié le socialiste Jacques Poos, en reprenant le slogan de ceux qui protestent, en Espagne, contre le terrorisme de l'ETA. La plupart des députés intervenus dans le débat ont attribué à Israël la plus grande responsabilité pour la spirale de la violence qui ne cesse pas, mais certains ont noté que les responsabilités sont partagées, et que l'Union européenne doit maintenir une position équilibrée. Olivier Dupuis, élu de la Lista Bonino, a reproché à Mme Lindh sa « sélectivité » (pourquoi dénonce-t-elle les colonies de peuplement, et pas l'occupation syrienne au Liban ?, a-t-il demandé) et a estimé qu'il faudrait faire preuve « d'un peu plus de générosité vis-à-vis d'Israël » et réfléchir à la possibilité « d'intégrer » Israël en Europe. M. Dupuis a rappelé que cette proposition a été déjà signée par une trentaine de députés européens et par des membres de la Knesset. Philippe Morillon (PPE, français) a plaidé pour la plus grande « impartialité » de la part de l'UE, qui ne peut plus, selon lui, se contenter de suivre « le drame de son balcon méditerranéen ». M. Morillon, comme l'élu du Partido Popular José Ignacio Salafranca, s'est prononcé pour l'envoi sur place d'un corps international d'observateurs avec une participation de l'UE.
A l'ouverture du débat, la présidente Nicole Fontaine avait salué la présence dans l'hémicycle d'une délégation de la Knesset, en rappelant les interventions des présidents de la Knesset et du Conseil législatif palestinien, qui avaient « éveillé tant d'espoirs » en septembre dernier au Parlement européen.