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Bulletin Quotidien Europe N° 7955
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Un discours qui dit beaucoup de choses. L'allocution prononcée par Mme Loyola de Palacio le 27 avril devant l'Institut européen de Florence affine, précise et renforce la position de la Commission européenne sur le problème de la dépendance énergétique de l'Europe. La vice-présidente a affirmé que:

A. Le prix international souhaitable du pétrole devrait se situer autour de 21 dollars le baril. L'objectif affiché par l'OPEP (25 dollars) "est inacceptable, contraire aux objectifs de stabilité et aux intérêts même des pays de l'OPEP à moyen et à long terme", car il est "porteur d'une instabilité chronique du marché", étant trop supérieur aux coûts marginaux de production dans de nombreuses régions.

B. La cause des dangereuses fluctuations des prix du brut réside dans le niveau historiquement bas des stocks, "conséquence de la politique restrictive de production de l'OPEP". Cette dernière doit reconnaître "qu'une reconstitution des stocks est nécessaire" et adopter "une politique de production qui permette aux stocks d'effectivement se reconstituer".

C. La Commission réfléchit parallèlement à l'idée d'utiliser le dispositif des stocks pétroliers stratégiques de l'UE pour lutter contre les mouvements spéculatifs sur les prix.

D. L'organisation du marché pétrolier devrait être améliorée, estime Mme De Palacio. En particulier, l'Arabie Saoudite devrait "permettre la vente en spot, au point de chargement dans le Golfe, d'une partie de son brut: la cotation de ce brut constituerait une meilleure benchmark que le Brent", lequel est une référence "moins représentative et plus manipulable".

E. Mme de Palacio a réaffirmé que "il faut décourager la tentation d'amortir les hausses du prix du pétrole par une réduction de la fiscalité sur les produits pétroliers. Une telle approche serait contraire à nos objectifs environnementaux, notamment liés au protocole de Kyoto, et reviendrait à transférer les recettes fiscales vers les pays producteurs de pétrole." L'UE pourrait toutefois mettre en oeuvre "un mécanisme communautaire permettant de stabiliser les recettes de la TVA", afin d'éviter l'effet "boule de neige" (effet qui a concrètement pour résultat d'augmenter les prix des carburants davantage que la hausse du prix du brut). Ce mécanisme serait mis en oeuvre en cas de fluctuations importantes des prix du pétrole.

F. L'évaluation du recours à l'énergie nucléaire doit tenir compte de son rôle en matière de sécurité d'approvisionnement et de réduction des émissions de CO2. L'énergie nucléaire fournit 35% de l'électricité produite dans l'UE. En son absence, l'Europe ne pourrait pas réaliser ses objectifs de lutte contre les changements climatiques, et sa dépendance énergétique déjà dramatique (70% dans 30 ans) s'aggraverait encore.

Une intervention ferme du Sommet est nécessaire. Les conclusions à tirer de cette analyse sans complaisance me paraissent évidentes:

1. Les efforts actuels de l'Europe pour développer son autonomie politique, militaire et monétaire n'auront aucun effet durable réel si l'UE ne poursuit pas en même temps, avec le maximum de vigueur, un objectif d'autonomie énergétique raisonnable. Une Europe avec sa politique étrangère, sa politique de défense et sa monnaie restera quand même vulnérable aussi longtemps que sa dépendance énergétique demeurera excessive.

2. La recherche des remèdes doit impérativement devenir une priorité de l'UE, quels que soient les intérêts des compagnies pétrolières et d'autres milieux économiques. Les orientations à suivre sont déjà indiquées dans le Livre vert de la Commission de novembre dernier et peuvent être schématisées ainsi: économies d'énergie (Mme de Palacio vient de confirmer qu'elles peuvent permettre, en utilisant de manière appropriée les technologies déjà disponibles, d'économiser presque un cinquième de la consommation totale d'énergie de l'UE); le développement des énergies renouvelables, afin qu'elles couvrent d'ici 2010 les 22% de la production d'électricité; une révision radicale et courageuse de la politique des transports, malgré les oppositions et les résistances; un programme approfondi de recherche sur la gestion des déchets nucléaires afin d'éliminer la principale objection (largement justifiée) à la relance de cette énergie; un dialogue concret et réel avec les pays de l'OPEP; un partenariat tout aussi concret et réel avec les pays hors-OPEP, et en premier lieu avec la Russie, dont les intérêts dans ce domaine coïncident largement avec ceux de l'UE.

Si les orientations de l'action indispensable sont connues, que manque-t-il encore? La fermeté politique au plus haut niveau. Un prochain Sommet devra y mettre tout son poids en définissant un programme avec des objectifs chiffrés et un calendrier contraignant. C'est l'avenir de l'Europe qui est en jeu. (F.R.)

 

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