Bruxelles, 30/04/2001 (Agence Europe) - L'Union européenne a confirmé son appui politique aux efforts de paix en Colombie, lors de la conférence de la IIIème réunion du "groupe d'appui" au processus de paix qui se tenait ce lundi 30 avril à Bruxelles sous l'égide de la Banque interaméricaine de développement et de la Commission européenne. L'UE a annoncé que son aide totale à la Colombie s'élève à quelque 350 millions d'euros, dont une aide de 140 millions d'euros sur six ans de la Commission européenne et des contributions de 230 millions des Etats membres sur trois ans.
- Sur le plan politique, "le principal message de cette réunion est d'appeler tous les groupes à rester engagés dans le processus de paix", a souligné le Commissaire européen aux relations extérieures Chris Patten lors de son intervention. Inquiète pour les perspectives de la paix après les élections nationales colombiennes en mai 2002, l'UE a appelé les colombiens à transformer le processus lancé par le gouvernement Pastrana en 1999 en "processus de l'Etat Colombien", a déclaré au nom de la présidence du Conseil de l'UE la Secrétaire d'Etat suédoise à la coopération, Gun-Britt Andersson. Elle a notamment appelé le "Front commun pour la paix" créé en octobre par les partis colombiens à soutenir cet objectif, et souligné que, selon l'UE, le processus de négociation doit inclure tous les acteurs colombiens "notamment la société civile".
Après les progrès des négociations qui ont conduit à l'accord de Los Pozos, en février, avec le principal groupe de guérilla, les forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), et un accord partiel avec l'Armée de libération nationale (ELN), "nous constatons dernièrement un ralentissement malheureux du processus", a remarqué la secrétaire d'Etat suédoise, en appelant la FARC à prendre des "initiatives concrètes pour démontrer son réel engagement dans le processus de paix". Chris Patten a souligné de son côté que "nous encourageons en particulier l'ELN avec qui tant de progrès ont été accomplis, à revenir à la table de négociation".
Condamnant les violences commises de part et d'autre, "aussi bien par les groupes paramilitaires que par les groupes de guérilla", Gun-Britt Andersson a espéré que la Colombie aboutira à un accord sur le respect du droit humanitaire international, et a appelé à une poursuite sans faille des "terroristes et criminels" paramilitaires."Nous sommes particulièrement préoccupés par les activités des paramilitaires. Le gouvernement colombien doit intensifier ses efforts à leur sujet", a déclaré Chris Patten. "L'Union européenne a réitéré son appel à tous les groupes qui détiennent des otages, y compris l'ELN et les FARC, a les relâcher immédiatement et mettre fin à ces pratiques", a ajouté Mme Andersson.
Dans la ligne du Sommet des Amériques qui se tenait la semaine dernière au Québec, la conférence du groupe d'appui a "confirmé aujourd'hui le soutien international au processus de réconciliation lancé par l'Etat colombien", a déclaré devant la presse le ministre colombien des Affaires étrangères, Guillermo Fernández de Soto. Il s'agit d'un "processus sans précédent" et d'une opportunité "qui doit être saisie parce qu'elle ne se représentera peut-être pas", a-t-il plaidé.
Le ministre colombien a insisté sur le principe de "coresponsabilité" entre pays consommateurs et producteurs de drogues dans la lutte contre la culture de coca et les narcotrafiquants. "Il y a un lien étroit entre la violence et le problème mondial de la drogue. La solution ne relève pas d'un seul pays, mais de la coresponsabilité de la communauté internationale", a-t-il fait valoir devant la presse. "L'UE est déterminée à continuer à condamner et combattre, sur la base d'une responsabilité partagée, la production et le trafic de drogue", a déclaré lors de la Conférence la secrétaire d'Etat suédoise. Alors que le président Pastrana regrettait récemment dans une interview que "l'UE ne semble pas concevoir le problème de la drogue comme le sien", le ministre Soto a estimé que les déclarations du Commissaire Patten lors de la conférence "étaient assez nettes et coïncidaient avec nos intentions". "L'UE donne l'exemple dans ce domaine", a-t-il assuré en citant notamment les préférences tarifaires visant à encourager les cultures alternatives à la coca et l'accord sur le contrôle des substances chimiques "précurseurs des drogues".
- Sur le plan financier, l'UE a indiqué que son aide s'élève à environ 350 millions d'euros au total. Ces contributions ne comportent pas d'aides nouvelles (contrairement à ce qui a été annoncé dans EUROPE), mais un inventaire des aides bilatérales ou aux organismes des Nations Unies annoncées jusqu'ici, ainsi: la Commission fournira 105 millions d'euros d'aide à long terme pour la période 2001-2006 et 35 millions d'aide non programmable, comme elle l'avait annoncé lors de la dernière conférence du groupe d'appui ; l'Espagne: 105 millions d'euros (accordés aux deux tiers sous forme de prêts); les Pays Bas: 24 millions d'euros; la Suède: 22,8 millions, la France: 20 millions; l'Allemagne: 20 millions; l'Italie: 16,9 millions d'euros (les deux tiers sous forme de prêt); la Belgique: 11 millions d'euros; le Royaume Uni: 7,8 millions d'euros; la Finlande: 2,5 millions d'euros; le Danemark: 0,7 million d'euros (à travers les organisations des Nations Unies et les ONG); l'Irlande: 0,2 million d'euros.
L'aide européenne sera destinée à soutenir le processus de paix, renforcer la protection des droits de l'homme et trouver des solutions de remplacement à la culture de drogue comme source de revenu, a indiqué la secrétaire d'Etat suédoise. Plusieurs Etats membres ont alloué une partie de leur aide à la protection de l'environnement.
La Commission européenne devrait débloquer les premiers paiements, 43 millions d'euros, d'ici la fin de l'année, a indiqué Chris Patten. Elle se concentrera sur quatre domaines d'activité, a indiqué le Commissaire: 1) la mise en place de projets dans la région du Magdelena Medio, au centre de la Colombie, qui constituera un "laboratoire de la paix" destiné à être étendu "plus tard, mais certainement, au sud de la Colombie". "Notre objectif est de soutenir sur le terrain la mise en œuvre des accords, renforcer les institutions locales, soutenir les civils engagés dans la promotion de la paix et encourager le développement social et économique de la région", a expliqué le Commissaire, en appelant les parties à assurer la sécurité des personnes qui seront engagées dans ces projets; 2) le respect des droits de l'homme, à travers notamment le programme pour les droit de l'homme UE/Communauté Andine et en soutenant l'activité des organisations des droits de l'homme. "Nous analysons parallèlement l'idée d'une initiative pour une remise volontaire des armes légères afin de lutter contre la violence urbaine à Bogota", a déclaré le Commissaire; 3) l'élimination des faiblesses structurelles de l'Etat, notamment à travers des projets concernant l'administration de la justice, la promotion d'une réforme intégrée de l'agriculture et la planification d'une politique environnementale; 4) la lutte contre l'impact social du conflit, notamment en s'attaquant aux problèmes liés au déplacement des populations, l'éducation des enfants impliqués dans le conflit, mais aussi à encourager l'éradication manuelle et volontaire des cultures de coca. "Notre ambition est d'offrir à ceux dont le revenu vient de la culture de drogue, une alternative qui constitue un modèle de développement soutenable et qui peut contribuer à améliorer leur condition de vie", a commenté le Commissaire
Chris Patten a assuré durant la conférence qu'il espérait que "l'éligibilité de la Colombie et de la région andine au schéma de préférences généralisées sera étendue rapidement". Le système de préférences, qui permet aux pays andins de bénéficier depuis 1990 de droits de douane préférentiels dans le cadre de la lutte contre la culture de drogue, devrait expirer à la fin de cette année, mais peut être renouvelé jusqu'en 2004 dans le cadre du "schéma multi-annuel de préférences généralisées". Les Etats-Unis devant également se prononcer d'ici à la fin de l'année sur le maintien de leur propre système de tarifs préférentiels pour les pays andins, ce sujet est l'une des priorités des pays de la région.
Manifestations contre le "Plan Colombie"
Une trentaine de personnes ont manifesté pour protester contre le plan Colombie, devant le centre de conférence où se tenait la réunion du "groupe d'appui" et devant la Commission européenne, lundi à Bruxelles. Sous le slogan "pas un seul euro pour une politique génocidaire", une vingtaine de petites ONG belges, colombiennes, espagnoles et néerlandaises appelaient en priorité au démantèlement des groupes paramilitaires, à la lutte contre l'impunité et au respect des communautés indigènes. Les Secrétaire généraux de la Confédération européenne des syndicats, Emilio Gabaglio et de la CISL Bill Jordan, ont écrit de leur côté au Commissaire Patten et au Haut Représentant Javier Solana pour protester contre "l'exclusion du mouvement syndical colombien et international" de la conférence.