Priorité aux eurosceptiques. Cette fois, priorité aux eurosceptiques: c'est d'eux qu'est venue l'initiative parlementaire la plus significative. Au nom de l'Intergroupe "SOS Démocratie", le groupe pour l'Europe des Nations et celui de l'Europe des démocraties et des différences, avec le renfort d'un Vert suédois et d'un conservateur britannique (voir notre bulletin du 16 février p.6), ont lancé leur "débat européen" sur le processus de l'après-Nice. L'objectif est clair: ne pas laisser le monopole de la discussion sur l'Europe de demain aux fédéralistes et aux autres mouvements favorables à l'intégration. Objectif non seulement légitime mais aussi opportun et souhaitable, car il est évident que le débat est ouvert à tous.
Les promoteurs de l'initiative, qui demandent un cofinancement communautaire, visent à obtenir, après le débat public, des prises de position des parlements nationaux. Leur espoir est évidemment de tirer profit du moment actuel de désenchantement partiel des opinions publiques à l'égard de la construction européenne, afin de canaliser le scepticisme ambiant et de le transformer en mouvement d'opinion. Ils savent toutefois que le mécontentement est concentré en grande partie dans quelques Etats membres; c'est pourquoi ils entendent développer non pas "un débat européen" mais quinze débats nationaux et estiment que, dans une deuxième phase, quatre parlements nationaux pourraient formuler des propositions communes sur l'avenir de l'Europe. Ils sont évidemment persuadés de trouver au moins quatre parlements favorables à leurs thèses…
"SOS Démocratie" a-t-il perçu l'évolution possible de sa démarche? Il faut se réjouir de cette initiative de plusieurs points de vue. Tout d'abord, les eurosceptiques prouvent qu'ils ont compris que le débat sur l'Europe de l'avenir ne peut plus être éludé. C'est à première vue une banalité, mais il n'en était pas ainsi il y a quelque temps, lorsque certains gouvernements (à Londres, à Copenhague, et à Stockholm notamment) estimaient qu'il fallait justement l'éviter pour ne pas glisser dans des querelles doctrinaires sans issue. En deuxième lieu, nous estimons non seulement positif mais indispensable que toutes les thèses puissent s'exprimer et qu'aucun mouvement ne puisse dire un jour qu'il a été marginalisé ou empêché de se faire entendre. Il existe évidemment un danger pour les promoteurs de l'initiative: si les débats "nationaux" révèlent l'existence d'un clivage insurmontable entre les opinions publiques de trois ou quatre pays et les autres, entre les parlements de trois ou quatre pays et les autres, il pourrait s'avérer inévitable de recourir à un traité auquel participeraient les Etats membres qui le souhaitent, sans la présence de ceux qui s'y opposent. Ce n'est pas la solution souhaitable; mais elle pourrait être le résultat de la démarche prévoyant que quatre parlements puissent faire des propositions communes à la nouvelle CIG, et que les parlements nationaux soient consultés en "première lecture" avant la négociation finale. L'espoir de "SOS Démocratie" est de bloquer à l'avance un texte qui irait, de leur point de vue, trop loin sur la voie de l'intégration. Ce qui signifie, en clair, que le projet final, pour contenter tout le monde, serait obligatoirement fondé sur le principe du plus petit dénominateur commun. Mais il n'est pas dit que d'autres parlements -sept, ou huit, ou davantage- soient nécessairement d'accord…
Jean-Luc Dehaene est toujours là. L'ancien premier ministre belge (et en son temps candidat de quatorze chefs de gouvernement à la présidence de la Commission européenne), en parlant de l'après-Nice devant le Mouvement fédéraliste européen (Belgique), a pris position sur plusieurs points: une Commission européenne plus forte et "plus compacte"; un système de vote au Conseil "à la double majorité" (Etats plus populations); la codécision Parlement/Conseil généralisée; la "communautarisation" des coopérations renforcées; la séparation entre un traité de base et un traité d'application. Nous sommes d'accord sur tous ces points sauf un (devinez lequel). M. Dehaene a en outre offert sa pleine collaboration à la réussite de l'imminente présidence belge du Conseil, au-delà des disparités entre majorité et opposition. Un exemple à suivre.
(F.R.)
DANTE N'A PAS ÉCRIT QUE LA DIVINE COMÉDIE
Un lecteur m'a signalé ne pas avoir trouvé dans la Divine Comédie le vers "al poco giorno ed al gran cerchio d'ombra…" cité dans cette rubrique des 5/6 février. C'est que Dante a composé d'autres ouvrages (que je refuse d'appeler ses "œuvres mineures" car le terme "mineur" n'est jamais approprié quand il s'agit de la poésie de Dante). Le vers cité se trouve dans les "Rime", une "sestina" qui reprend le mètre créé par Arnaut Daniel.