Strasbourg, 23/01/2001 (Agence Europe) - En adoptant une résolution commune de cinq groupes politiques (PPE/DE, PSE, ELDR, V/ALE et GUE/NGL) sur les priorités de l'Union européenne en vue de la prochaine session de la Commission des droits de l'homme de l'Onu à Genève (20 mars-28 avril), le Parlement européen demande aux Etats membres d'appeler tous les pays membres de l'Onu à signer et ratifier le traité instituant la Cour pénale internationale ainsi que tous les autres instruments juridiques internationaux de protection des droits de l'homme, et demande à l'UE de renouveler sa démarche auprès des Nations Unies pour que l'Assemblée générale se prononce en faveur d'un moratoire universel et de l'abolition de la peine de mort.
Le Parlement réclame aussi des mesures pour: (1) protéger les homosexuels contre les traitements dégradants et inhumains dont ils sont toujours victimes dans certaines parties du monde ; (2) lutter contre toutes les formes de traite et d'abus visant les êtres humains (en particulier, les femmes et les enfants) ; (3) mettre un terme au recrutement et à l'utilisation des enfants et adolescents dans les conflits armés ; (4) protéger les réfugiés et les demandeurs d'asile ; (5) lutter contre la répression des médias, journalistes et écrivains.
En ce qui concerne la situation dans différents pays, le Parlement met l'accent sur:
la Chine: le PE condamne les violations des droits de l'homme au Tibet et les discriminations contre le peuple tibétain pour des raisons de race ou d'origine ethnique, ou de convictions religieuses, culturelles ou politiques, et invite le Conseil à « décourager activement les pays représentés au sein de la Commission des droits de l'homme de l'Onu de voter en faveur d'une motion de statu quo sur la Chine et à exprimer leur inquiétude devant l'étendue des violations des droits de l'homme en Chine ».
l'Afghanistan: le PE demande à l'UE et à l'Onu de condamner fermement la répression exercée par les Talibans, notamment contre les femmes.
l'Arabie saoudite: le PE demande une résolution de la Commission de l'Onu sur « les violations systématiques et grossières » des droits de l'homme.
la Birmanie: le PE réclame l'adoption d'une résolution à Genève condamnant la torture et les sévices infligés aux prisonniers politiques et aux minorités ethniques, demande la libération de tous les prisonniers politiques et insiste à nouveau en faveur de la liberté de circulation de Aung San Suu Kyi.
l'Indonésie: une résolution devrait presser les autorités indonésiennes de promouvoir une paix durable au Timor, en Aceh, aux Moluques et en Irian Jaya/Papouasie, de rétablir les droits de l'homme dans ces régions et d'assurer que les personnes coupables de violations soient punies.
la Colombie: le Conseil et la Commission de l'Onu sont invités à soutenir l'adoption d'une résolution sur l'aggravation de la crise humanitaire et des droits de l'homme dans ce pays.
la Russie: le Parlement se prononce pour une résolution sur les « violations des principes du droit humanitaire par la Russie en liaison avec la campagne militaire conduite par ce pays en Tchétchénie ».
M. Danielsson annonce une résolution sur la Birmanie
Présentant les priorités du Conseil pour la réunion de Genève, le Secrétaire d'Etat Lars Danielsson a déclaré au Parlement européen, que la Présidence suédoise a pour objectifs de réunir les pays de l'UE sur des positions communes, d'inciter les pays candidats à s'associer aux positions de l'UE sur les résolutions de la Commission des droits de l'homme de l'Onu et d'obtenir un soutien aussi large que possible notamment sur les propositions concernant l'Iran et la Tchétchénie. La situation au Moyen-Orient devrait aussi figurer parmi les questions dominantes de la prochaine session et « l'UE aura un rôle majeur à jouer », a-t-il ajouté. « On ne sait pas encore si une résolution sur la Chine sera examinée lors de la prochaine session » de la Commission de l'Onu, a dit M. Danielsson, en indiquant que l'UE maintient des contacts étroits avec les Etats-Unis qui avaient présenté, l'an dernier, une telle proposition de résolution. Il en va de même pour la situation à Cuba, sur laquelle l'initiative avait été prise l'an dernier par la République Tchèque et la Pologne. En ce qui concerne les résolutions thématiques, l'UE continuera à se charger des résolutions sur les droits de l'enfant et sur la peine de mort. Elle soutiendra aussi les initiatives sur les droits de la femme ainsi que sur la Conférence mondiale contre le racisme. « La résolution, dite omnibus, sur les droits de l'enfant, élaborée en coopération avec le groupe des Etats d'Amérique latine a pris une telle ampleur qu'elle devient quasiment impossible à gérer », a affirmé M. Danielsson en précisant que l'UE s'attachera à réduire la longueur de ce texte et à replacer les droits eux-mêmes au cœur de la résolution.
Le conservateur britannique Lord Bethell a regretté que la présidence n'ait pas cité la Russie. Il a notamment mentionné les problèmes liés à la liberté de la télévision privée. Il a reproché à M. Poutine de ne pas avoir d'humour et de ne pas accepter de voir sa marionnette à la télévision. Le travailliste britannique Michael Cashman a insisté sur les problèmes de la peine de mort et de la pénalisation de l'homosexualité dans certains pays. La libérale suédoise Cecilia Malmström a notamment insisté pour l'adoption de résolutions sur la Chine, la Colombie et l'Arabie saoudite. Le député finlandais Matti Wuori, membre du groupe des Verts, a souligné la nécessité d'une meilleure coopération avec les ONG qui apportent « un souffle d'air frais » dans ce secteur. La Danoise Pernille Frahm (GUE/NGL) a salué les critiques visant la Chine mais aussi la Tchétchénie ainsi que la volonté d'abolir la peine de mort. Le radical belge élu en Italie Olivier Dupuis a reproché à l'Union de se cacher derrière des grands principes et les initiatives d'autres pays au lieu d'adopter une position vigoureuse pour défendre réellement les droits de l'homme.
En réponse aux députés, M. Danielsson a reconnu que la situation en Tchétchénie est extrêmement grave. Quant à la Chine, l'UE n'essaye pas de se cacher derrière d'autres pays, mais va au contraire suivre de près l'évolution de la situation dans ce pays. L'UE prépare cette année une résolution sur la situation en Birmanie. Le Commissaire Antonio Vitorino a souligné que la Commission attend avec impatience l'évaluation du dialogue avec la Chine et les conclusions que doit adopter le Conseil (voir EUROPE d'hier, p.6). La Commission n'oublie pas non plus les problèmes en Afrique, Russie et Birmanie et des préoccupations horizontales constantes comme la lutte contre la torture.