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Bulletin Quotidien Europe N° 7887
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Deux ou trois choses que je sais de l'euro

Ce n'était ni une oraison jaculatoire ni un exorcisme. On pourrait difficilement reprocher aux autorités responsables de l'euro et aux forces politiques qui le soutiennent un excès de triomphalisme. L'euro s'est renforcé par rapport au dollar plus rapidement que prévu, et ses perspectives sont favorables; mais, heureusement, ceux qui avaient annoncé et prévu cette évolution ont évité de s'inspirer du ton que les adversaires de la monnaie européenne avaient utilisé lorsqu'ils dénonçaient la faillite de l'entreprise, prétendaient que l'euro avait perdu en quelques mois un quart de sa valeur et se réjouissaient du prétendu échec qui aurait affecté la construction européenne dans son ensemble. Cette modération est sage. Le monde a choisi de vivre dans un système de taux de change fluctuants; il est donc normal que les relations entre les monnaies se modifient en permanence, dans un sens et dans l'autre, au gré des évolutions économiques, des inflations respectives, des humeurs des marchés et éventuellement de gaffes ou autres déclarations irréfléchies ou intempestives des responsables. Il y aura donc encore des fluctuations de la valeur de l'euro, et on ne va pas réviser de semaine en semaine, de jour en jour, le jugement sur le succès ou l'insuccès de l'UEM selon la direction du vent. Ce qui compte, c'est tout simplement la preuve que la phrase canonique "l'euro a un potentiel de réévaluation" n'était ni une oraison jaculatoire ni un exorcisme mais correspondait à la vérité.

Pendant la longue période de l'euro faible, cette rubrique s'était tue. Vu la multiplication des prises de position, et la conviction presque générale que moins on en parlait et mieux c'était, il n'était pas opportun d'y ajouter d'autres voix, pour insignifiantes qu'elles fussent. Aujourd'hui, on ne risque plus de porter préjudice à l'entreprise, et quelques considérations s'imposent. La première concerne le mensonge selon lequel, depuis sa création, l'euro avait perdu un quart de sa valeur. Au contraire, le contrôle rigoureux de l'inflation a permis à l'euro de conserver à peu près sa valeur initiale en termes réels, de pouvoir d'achat. Faire l'amalgame entre la valeur de l'euro par rapport au dollar et sa valeur pour les citoyens qui l'utilisent relève de l'ignorance pour les commentateurs de bonne foi, de la malhonnêteté pour les autres.

Le mélange des causes. La deuxième remarque concerne les causes du glissement initial de l'euro. Chaque commentateur détenait une parcelle de la vérité mais aucun, à ma connaissance, ne se préoccupait de faire la synthèse. Voici une liste non exclusive des raisons mises en avant: absence d'unité politique de l'Europe; insuffisance des réformes structurelles; conjoncture économique américaine; excès d'investissements européens aux Etats-Unis. Quelques commentateurs n'hésitaient pas à citer aussi l'argument tabou: la situation anormale du dollar, qui permettait aux Américains de ne pas broncher face à un déficit impressionnant de leur balance des paiements, rendu possible par le fait que presque tous les pays acceptent de garder des dollars comme réserve monétaire et d'être donc créditeurs des Etats-Unis sans jamais (ou presque) demander le remboursement de leur crédit. Toute opération massive de vente de dollars aurait pour effet l'effondrement de la monnaie américaine, ce qui n'est logiquement pas souhaité par les détenteurs de la monnaie américaine, qui verraient s'écrouler la valeur de leurs réserves. Le système reste donc debout, mais c'est une situation malsaine et intenable à long terme. S'y ajoutent les effets du différentiel des taux d'intérêt: tous les Fonds de placement ont logiquement tendance à placer en actions américaines, en bons du trésor américain, etc., les montants qui leur sont confiés, afin de prouver la sagesse de leurs placements et d'attirer de nouveaux investisseurs. Aussi tous les citoyens européens qui placent leurs économies dans des Fonds de ce genre, contribuent-ils en toute innocence, sans le savoir, à l'affaiblissement de l'euro face au dollar.

Toutes ces causes de la faiblesse de l'euro figuraient dans l'une ou l'autre analyse, mais chacune ne représentait qu'un élément de l'ensemble. Au lieu de faire apparaître la multiplicité des causes, et leur hiérarchie, chaque commentateur défendait la thèse qui lui était chère, et chaque groupement d'intérêt réclamait les remèdes qui lui étaient profitables. Ainsi, pour faire un seul exemple, l'Unice réclamait la réforme des retraites, la libéralisation du transport ferroviaire des marchandises, le brevet communautaire et la baisse de la taxation de l'énergie car "à défaut de ces réformes, l'euro risque de rester sous-évalué encore longtemps". En fait, l'euro était faible pour un ensemble de raisons imbriquées l'une dans l'autre et qui doivent toutes être prises en considération si l'on veut éviter qu'il le devienne encore.

Egalité au printemps? A présent, l'on parle d'une égalité euro/dollar pour le printemps. Selon certains observateurs, le mouvement sera plus rapide, alors que d'autres estiment qu'il serait préférable que l'euro se stabilise autour de 0,90 dollar. Personne ne peut guider l'évolution de manière précise, mais les politiques qui seront suivies la détermineront en grande partie. Il est donc utile de connaître les intentions des responsables. Ce sera l'exercice développé demain dans cette rubrique. (F.R.)

 

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