Bruxelles, 19/01/2001 (Agence Europe) - Comme souhaité par la Présidence suédoise, le débat ouvert qu'a eu vendredi matin à Bruxelles le Conseil Ecofin réuni sous la présidence de Bosse Ringholm a porté sur l'une des priorités de cette présidence, l'emploi, et sur les moyens de parvenir à l'objectif de retour au plein emploi en Europe énoncé par le Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars dernier et d'atteindre, comme promis à Lisbonne, un taux d'activité de 70% dans l'UE (de 60% pour les femmes). Sur cette question qui tient à coeur aux citoyens, le ton était consensuel, mais des nuances se sont dessinées à propos de la suggestion de la Présidence suédoise de fixer des taux d'activité intermédiaires: ainsi, le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker s'est dit d'accord avec cette idée, alors que le ministre allemand des Finances M. Eichel s'est déclaré "sceptique". La France a achevé l'an 2000 avec le nombre de création d'emplois "le plus élevé depuis cent ans", s'est exclamé M. Fabius, alors que son homologue belge M. Reynders a noté que "modestement, sans remonter à il y a un siècle", la Belgique avait eu la plus forte création d'emplois depuis quarante ans, et que le ministre portugais M. Pina Moura a constaté que le Portugal avait un taux de chômage d'environ 4%, "ce qui est un chiffre très proche du plein emploi".
Plusieurs ministres ont tenu à souligner la place que le Conseil Ecofin doit occuper à la fois dans le processus d'élargissement de l'UE et dans celui conduisant au Conseil européen de Stockholm des 23 et 24 mars, le premier sommet de suivi de Lisbonne. Le Conseil Ecofin est appelé à "jouer un rôle plus visible" dans l'élargissement de l'UE, a souligné M. Juncker, qui, comme beaucoup d'autres, a salué l'initiative de la Présidence suédoise d'inviter les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays candidats à l'Ecofin informel de Malmö (du 20 au 22 avril). Quant à M. Eichel, il a estimé qu'il incombe au Conseil Ecofin un rôle "déterminant" dans la préparation du sommet de Stockholm. M. Ringholm a souligné l'importance du "dialogue macro-économique" que la présidence propose de lancer avec les pays candidats, et a affirmé que l'Union européenne doit faire davantage pour promouvoir l'emploi et la croissance, en particulier en exploitant mieux les finances publiques et en mettant l'accent sur les investissements (en particulier dans l'éducation et la connaissance) et en poursuivant la réforme des systèmes fiscaux et des prestations sociales, de manière notamment à répondre au défi que constitue le vieillissement démographique en Europe. Sur ce thème, revenu dans la plupart des interventions, le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pedro Solbes, a affirmé qu'il faudra sans doute, afin d'augmenter le taux d'emploi, limiter à l'avenir les incitations à choisir la préretraite.
Les principales questions soulevées pendant ce débat ouvert étaient:
marchés financiers intégrés. Le Commissaire européen Frits Bolkestein a dit en particulier que le message clé du rapport Lamfalussy est que l'UE doit se doter d'une "meilleure législation". M. Juncker a affirmé pour sa part qu'il lui "semble de plus en plus qu'"il ne faudrait pas attendre" le rendez-vous de 2005 pour réaliser ce marché intégré, et a souhaité "ne fût-ce qu'une mince avance sur le calendrier".
fiscalité. M. Bolkestein a remarqué en particulier que le Groupe sur le Code de conduite sur les pratiques fiscales déloyales présidé par Mme Primarolo progressera "seulement s'il travaille de manière disciplinée", et le ministre irlandais M. McCreevy a assuré pour sa part que l'Irlande continuera à contribuer de manière constructive au travail du Groupe Primarolo. Nous devons fermer le paquet fiscal et définir exactement les mesures fiscales dommageables et les délais pour leur démantèlement, s'est exclamé M. Visco. Dans ce contexte, certains ministres ont abordé le problème de la fiscalité de l'énergie; le Finlandais M. Niinisto a regretté la "stagnation", depuis quelque temps, de ce dossier, la Danoise Mme Jelved a insisté dans le même sens et l'Allemand M. Eichel a aussi souhaité que le Conseil Ecofin s'y attaque avant le sommet de Göteborg en juin prochain. Le Belge M. Reynders attend beaucoup dans ce domaine, lui aussi, du sommet de Göteborg, et affirme qu'il faudra parvenir à un accord à ce sujet, si possible à Quinze, ou, "à défaut, dans un cadre plus limité".
budget de l'UE pour 2002. Le Néerlandais M. Zalm a salué la perspective d'une première discussion à ce sujet lors du Conseil Ecofin de mars (cette discussion est très importante pour l'Autriche, contributeur net au budget de l'UE, a noté le Secrétaire d'Etat M. Vinz). "Nous avons réussi à résister aux attaques contre les perspectives financières", et les accords de Berlin sur l'agenda 2000 seront respectés, a-t-il remarqué.
Par ailleurs, M. Niinisto a annoncé que la Finlande présentera à la Présidence suédoise une note sur ses idées en matière d'emploi, en notant que, alors que le chômage continue d'être excessivement élevé, dans certains secteurs il y a pénurie de main-d'oeuvre. Le Secrétaire d'Etat espagnol M. Folgado a insisté sur les réformes structurelles, et le ministre grec M. Papantoniou a surtout évoqué le rôle de l'UE sur la scène internationale, en insistant sur un renforcement du dialogue avec la Russie et de l'aide aux Balkans, y compris la Bulgarie et la Roumanie. Le Britannique M. Brown a évoqué lui aussi la dimension internationale, en demandant en particulier à l'UE de contribuer à une plus grande libéralisation des échanges: la proposition de M. Lamy en faveur des pvd moins favorisés doit être adoptée, a-t-il déclaré.