Strasbourg, 18/01/2001 (Agence Europe) - La Suède assume pour la première fois la présidence du Conseil de l'Union européenne, et en exerçant ses fonctions elle agira dans les intérêts de l'Union dans son ensemble, en luttant pour la continuité et en faisant avancer le développement de l'Europe, a affirmé le Premier ministre suédois Göran Persson en présentant au Parlement européen, mercredi après-midi, le programme de la présidence suédoise. Les dangers pour les démocraties "mûres", a dit M. Persson, viennent de l'intérieur (manque de confiance des citoyens, succès des partis populistes, radicalisation de l'extrême gauche), et les plus grands défis de l'Europe ne peuvent être résolus isolément.
La première grande tâche de la présidence est l'élargissement, et elle s'y attaque avec "humilité, fierté et détermination", a réaffirmé M. Persson, en souhaitant que les pays candidats puissent participer aux élections au Parlement européen de 2004. Quant à la Turquie, il a souligné l'importance de la présentation du programme national d'Ankara en vue de l'adhésion (voir EUROPE d'hier, p.6). Lors de la conférence de presse qui a suivi le débat en plénière, M. Persson a confirmé son intention de mener un "dialogue actif" avec la Turquie, sans relâcher la vigilance sur le respect des droits de l'homme. Quant à une autre des trois grandes priorités de la présidence, l'emploi, M. Persson a noté qu'en Europe il y a encore 14 millions de chômeurs, alors il n'y a rien de plus important pour la démocratie et l'égalité que le travail pour tout le monde. Le capital humain est fondamental pour la Suède: M. Persson a insisté sur les avantages du modèle social suédois, sur le vieillissement de la population qui impose une réflexion sur la politique des retraites et soins de santé, sur la qualité du travail, sur les nouvelles technologies. Le succès de l'Union économique et monétaire est fondamental pour la stabilité de l'Europe, et la Suède, tout en n'étant pas membre de l'Eurogroupe, fera de son mieux pour assurer une introduction réussie de l'euro. Sur l'environnement, autre priorité, M. Persson a dit que, grâce aux innovations techniques, il est possible d'exploiter les ressources du monde sans les épuiser, et qu'il veut que l'Union ait là une position de pointe, en montrant que le respect de l'environnement peut renforcer le développement économique et social. C'est une "défi moral", a-t-il affirmé.
Quant au Traité de Nice, M. Persson a estimé qu'on devrait pouvoir signer d'ici un mois environ; il a par ailleurs annoncé que la Présidence suédoise va ouvrir un débat large et intense sur l'après-Nice et compte sur un rôle actif du Parlement européen. Il espère aussi que les parlements nationaux vont prendre des "initiatives appropriées" et souligne qu'il faudrait faire un effort particulier pour impliquer "nos jeunes".
Autre défi pour l'Europe, la gestion et la prévention des conflits: la Présidence suédoise travaillera afin que l'Union puisse décider aussi vite que possible en 2001 de se rendre opérationnelle aussi bien sur le front civil que sur le front militaire. En ce qui concerne le volet civil, une conférence sur les objectifs de capacité pour les missions de police aura lieu pendant la Présidence suédoise, qui s'efforcera également de présenter un programme de prévention des conflits au Conseil européen de Göteborg (voir aussi autre nouvelle).
Sur le plan des relations extérieures, M. Persson a évoqué en particulier: - la Russie, qu'il faut encourager à s'intégrer dans l'économie mondiale, entre autres en soutenant sa candidature à l'OMC; - les Balkans, qui constituent "un cas de prévention de crise, mais aussi de réforme économique et d'investissement financier"; - les efforts de paix au Moyen-Orient; - les différends avec les Etats-Unis, qui doivent être résolus par le dialogue.
M. Persson a aussi parlé d'un sujet qui tient très à coeur à la Présidence suédoise, celui de la transparence, d'une prise décision compréhensible et de l'accès aux documents. Des règles ont été fixées par le traité d'Amsterdam et la Suède y attache beaucoup d'importance. Dans sa conférence de presse, M. Persson a reconnu cependant qu'il existe des cultures politiques très différentes dans les pays membres, et que l'application de ces principes fera l'objet de discussions sans doute difficiles.
Après-Nice: M. Prodi souhaite une réflexion avec les présidents des groupes
politiques du Parlement européen
Les priorités de la Présidence suédoise sont de bonnes priorités, a estimé le président de la Commission européenne Romano Prodi (voir aussi EUROPE du 10 janvier, page 7): elles ne sont pas seulement les priorités des prochains six mois, mais un défi à long terme, pour, au moins les cinq ans de cette législature. Pour cette raison M. Prodi salue le fait que M. Persson ait parlé de "continuité": l'action d'une présidence ne peut être conçue comme une série de gestes isolés. Quant au Traité de Nice ("pas tout à fait satisfaisant, et même pas du tout satisfaisant"), M. Prodi a noté que "conscient de ses limites", le Conseil européen a prévu un après-Nice (voir plus loin). En ce qui concerne l'emploi, il a annoncé que la Commission entend proposer une nouvelle stratégie pour la création d'un marché du travail européen en 2005. Sur l'environnement, selon M. Prodi on peut s'attendre à des mesures concrètes et opérationnelles à Göteborg . La réflexion sur l'environnement comprend
Session plénière du Parlement européen (suite)
celle sur la sécurité alimentaire mais doit comprendre aussi l'énergie, sous tous ses aspects, a dit M. Prodi.
Le Traité de Nice, a répété M. Prodi est un accord, "imparfait", qui a démontré que ce n'est pas la méthode communautaire qui a atteint ses limites, mais la méthode intergouvernementale. Quelles sont les leçons à en tirer? En premier lieu, il ne peut y avoir aucune décision positive et durable si l'on n'implique pas "immédiatement" les forces vives en Europe. M. Prodi prône ici une approche en trois étapes: (1) réflexion ouverte à tous les niveaux sur l'avenir de l'Europe (avec la participation de la communauté politique et civile mais aussi de la communauté scientifique). Je souhaite organiser rapidement une réunion avec les chefs des groupes politiques au Parlement européen pour aboutir à des conclusions opérationnelles, a annoncé M. Prodi. Je souhaite, a-t-il dit, un dialogue ouvert, sans limites préétablies, sans s'enfermer dans les thèmes indiqués à Nice; (2) Conseil européen de Laeken; (3) une nouvelle CIG, qui pourrait être brève et conclusive. M. Prodi a insisté encore une fois sur les mérites de la méthode communautaire, qui a produit un système politique sui generis, basé sur une double légitimité. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de légitimité démocratique au niveau européen, il y a celle incarnée par le Parlement et celle incarnée par le Conseil, et puis il y a la Commission, attentive au respect des intérêts des petits et des grands pays, a dit M. Prodi. La cohérence de l'Union doit sortir renforcée de ce processus, aucune fragmentation du processus décisionnel ou de l'action exécutive ne saurait être admise, a conclu M. Prodi en notant que, si l'on veut exprimer une diversité, il existe l'instrument "extrêmement important" des coopérations renforcées.
Le débat: comment corriger les erreurs de Nice avant la ratification
Pratiquement tous les parlementaires qui sont intervenus ont invité la Présidence suédoise à oublier la méthode intergouvernementale pour choisir fermement la méthode communautaire. Les CIG sont un modèle dépassé, a affirmé M. Pöttering, président du groupe du PPE/Démocrates européens: un débat selon le modèle de la Convention devrait s'ouvrir rapidement, entre autres pour corriger certaines erreurs de Nice avant la signature du Traité. M. Pöttering a demandé là que l'injustice commise vis-à-vis de la République tchèque et la Hongrie en ce qui concerne leur nombre de députés européens soit réparée. Quant au Conseil, il ne doit pas être plus fort, mais plus transparent, a dit M. Pöttering, qui a invité enfin la Présidence suédoise à avoir le courage de convaincre son pays qu'il doit accepter un quatrième "e", celui représenté par l'euro (outre les "e" d'élargissement, emploi et environnement). Le président du groupe socialiste, M. Baron, s'est félicité à son tour de la défense que M. Persson a fait du modèle européen à l'époque de la globalisation. Sur l'après-Nice, il lui a dit: les Suédois ne sont peut-être pas les plus experts du labyrinthe institutionnel européen, mais ils sont experts en démocratie et transparence, et donc en ce dont l'Europe a besoin pour regagner la confiance des citoyens. C'est précisément la transparence que Mme Malmström (député suédoise, parlant pour le groupe libéral, réclame dans le fonctionnement de l'Europe notamment en ce qui concerne la généralisation de l'accès aux documents. La Finlandaise Mme Hautala, co-présidente du groupe des Verts/ALE, fait confiance à la Suède: selon elle, cette présidence confirmera peut-être que les petits pays sont souvent ceux qui défendent mieux les intérêts de l'Europe au lieu des intérêts nationaux. Les négociations d'élargissement ne doivent pas aboutir à des adhésions de première et de deuxième classe, a affirmé, pour la Gauche unitaire/gauche verte nordique, M. Sjoestedt, qui souhaite en outre de la Présidence suédoise, des initiatives concernant la taxe Tobin. M. Collins, député irlandais, au nom de l'Union pour une Europe des nations, a exprimé ses inquiétudes pour le déroulement de négociations d'adhésion qui se déroulent autour de quarante chapitres différents et en ce qui concerne l'environnement, il a insisté sur la nécessité de fixer des objectifs de réduction de l'effet serre. Certains parlementaires ont surtout dénoncé les résultats du Conseil européen de Nice: ainsi M. Dupuis, élu de la Liste Bonino, s'est insurgé contre la "programmation de la destruction de la Commission, qui a été consommée à Nice", et le Danois M. Bonde, co-président du groupe Europe des démocraties et des différences, s'est dit choqué par la décision "peu intelligente" de tenir à Bruxelles, après l'élargissement, tous les Conseils européens, qui sera très mal reçue par les pays candidats. Mme Carlsson, membre suédoise du PPE, a plaidé pour une stratégie économique à suivre dans les dix ans à venir, en tissant les louanges de la dérégulation: la sociale-démocrate allemande M. Randzio-Plath a plaidé au contraire pour que le Sommet de Stockholm ne soit pas le sommet de la dérégulation, et elle a invité la Suède à accepter l'euro (son succès ne sera garanti que si nous sommes tous ensemble, a dit la présidente de la commission économique et monétaire).
Le président de la commission de l'emploi, le socialiste français Michel Rocard, a rappelé que l'Europe s'est donné cinq ans pour préparer le grand marché, avec des instruments contraignants, et qu'elle en a fait de même pour l'euro: or, aucun instrument contraignant n'est prévu pour l'amélioration de l'emploi. Le Conseil devrait rééquilibrer les critères, a dit l'ancien premier ministre français, et ouvrir une discussion sur les questions macroéconomiques. M. Persson, en intervenant brièvement à la fin du débat, lui a donné raison sur ce point.
Session plénière du Parlement européen