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Bulletin Quotidien Europe N° 7879
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Notule

Troisième chapitre de la découverte de Romano Prodi

A la découverte du Romano Prodi inconnu (troisième chapitre). Vers la fin de l'année dernière, nous avons eu l'occasion de nous occuper à deux reprises de la face moins connue du président de la Commission européenne. La première à propos du discours de Strasbourg où il avait exprimé une conviction et une détermination européennes auparavant inconnues (voir cette rubrique dans EUROPE du 12 octobre 2000), la deuxième lorsqu'il avait ouvert son coeur à propos de la première "année horrible" à Bruxelles (voir cette rubrique dans EUROPE du 14 novembre 2000). Voici maintenant qu'une interview à bâtons rompus, en avion, dans sa langue maternelle, avec un journaliste qu'il connaît depuis longtemps, montre un aspect de son caractère qui était déjà, paraît-il, connu en Italie, mais qu'il n'avait pas beaucoup montré dans ses fonctions européennes: ouvert, parfois caustique, un peu rancunier à l'occasion (affaire Alitalia). Laissons-lui la parole.

Les Etats-Unis et les Balkans. Les Américains vont-ils retirer leurs troupes des Balkans? "Ceci a été dit explicitement par deux collaborateurs importants de Bush. Nous verrons à l'épreuve des faits. Si (je souligne ce si) tel devait être le choix de Washington, nous Européens nous devons être prêts à assumer, à nous seuls, la responsabilité de l'avenir des Balkans."

L'euro et les bavardages. "Structurellement, la Banque centrale européenne travaille bien, mieux que bien. La construction fonctionne. Tout fonctionne, sauf les bavardages."

La réforme de Nice sur la méthode de vote au Conseil. "Ce système est un pas en arrière. Il est inutile de nous raconter des histoires. C'est plus compliqué qu'auparavant."

Les gouvernements et les Institutions européennes. "L'histoire se venge. La Commission et le Parlement sont peut-être encore éloignés du coeur des Européens. Mais lorsque la maison brûle, les gouvernements se précipitent vers eux: la vache folle, le pétrolier qui coule, les aéroports paralysés. Dans le monde où nous vivons, les Etats ne peuvent pas atteindre leurs objectifs sans l'Europe. Je pense à ces pays qui étaient pro-européens quand ils étaient dans le besoin, et dès qu'ils ont atteint un certain degré de développement, ils se disent: qui a pris a pris, qui a donné a donné."

Les Britanniques et la fiscalité. "J'ai dit à Tony Blair de faire attention au piège danois: si tu médis toujours de l'Europe, et qu'après tu vas demander le "oui" des citoyens, tu risques de perdre. Il prétend que les Anglais sauront changer d'opinion, si nécessaire. On verra... Sur le fisc, j'ai écrit un article dans le Financial Times prouvant que le vote majoritaire est nécessaire pour certaines harmonisations fiscales dont l'économie anglaise a besoin. Personne ne m'a répondu."

L'Allemagne et le nationalisme. "A Nice, le chancelier Schröder a été moins nationaliste que d'autres."

La Commission et Alitalia. "Quand j'étais encore en Italie (note: il était premier ministre), j'ai défendu Alitalia, accusée injustement par la Commission européenne. Maintenant, la Cour de justice lui a donné raison (en fait, le Tribunal de première instance, voir notre bulletin du 15 décembre 2000, p.15), mais la société a subi un préjudice très sérieux."

(Interview publiée par "La Repubblica" du 14 décembre dernier)

 

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