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Bulletin Quotidien Europe N° 7843
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/mediterranee

à la Conférence de Marseille, compte tenu des difficultés au Proche-Orient, M. Védrine a "recentré le processus de Barcelone sur des objectifs toujours ambitieux mais atteignables"

Marseille, 16/11/2000 (Agence Europe) - La première partie de la 4e Conférence euroméditerranéenne, qui a ouvert ses travaux mercredi en fin de journée à Marseille, a été dominée par les questions liées au conflit en Méditerranée orientale (Moyen-Orient) au point que l'ordonnancement des travaux avait été revu. La séance inaugurale a été écourtée et réduite au seul discours du président du Conseil de l'UE, M. Hubert Védrine (en plus de ceux prononcés par les personnalités locales, M. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et Michel Vauzelle, président du Conseil général). Treize ministres européens des Affaires étrangères étaient présents, y compris l'Italien Lamberto Dini et le ministre grec, contrairement à ce qui avait été indiqué la veille à Bruxelles. De même, la Libye, invitée de la présidence, a créé la surprise en révisant sa position de refus d'y assister: une importante délégation est venue de Tripoli dont le chef de la diplomatie auquel la présidence prévoit d'accorder un droit d'intervention dans certaines rencontres, malgré son statut d'observateur passif.

Le changement du programme, à la demande des pays arabes-méditerranéens, a résidé dans la convocation d'une séance spéciale (à laquelle assistait une délégation du Parlement européen conduite par M. Imbeni lequel a été convié à toutes les rencontres entre chefs de délégation) consacrée au conflit israélo-palestinien. Selon des sources diplomatiques, les échanges de vues furent empreints de « franchise, durs mais sans agressivité » et les deux principaux protagonistes, Nabil Shâat, ministre palestinien, et son collègue israélien, Shlomo Ben Ami, ont étalé chacun ses arguments mais en affirmant leurs volontés respectives de dialogue et de parvenir à un règlement du conflit actuel. Le président du Conseil M. Védrine a déclaré à ce sujet: «Pour l'Union européenne, il n'y a toujours pas d'autre chemin que le dialogue et la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens, ces deux peuples au destin mêlé. Malgré l'émotion suscitée par la douleur et la crainte, il faut tout faire pour tenir les engagements pris, mettre fin aux violences, et revenir au calme et à la raison, recréer une espérance".

Un autre « geste politique » aura été fait par M. Védrine: l'organisation jeudi matin d'une rencontre, des pays arabes en marge de la Conférence, avec la « troïka » européenne (les présidences en exercice et suivante, France et Suède ; « Monsieur PESC » et la Commission). Ces gestes de M. Védrine avaient apparemment le but de conforter la position des pays arabes qui n'ont pas suivi la Syrie dans son boycott de la conférence. Damas aussi bien que Beyrouth ont attendu la dernière minute pour annoncer leur défection. Selon un diplomate égyptien, « un boycott généralisé aurait purement et simplement laissé toute la place à Israël au sein d'une instance qui est dans l'intérêt des pays arabes ». M. Védrine a exprimé son regret pour la double défection: « nous savons que plusieurs pays arabes se sont interrogés sur leur participation ; deux d'entre eux ont estimé ne pas pouvoir venir à Marseille dans ces conditions. Je regrette leur décision tout en la respectant. Mais l'Union européenne est convaincue que la coopération euro-méditerranéenne est suffisamment importante, en elle-même et pour l'avenir de tous nos peuples, pour qu'elle puisse et même qu'elle doive se poursuivre indépendamment des vicissitudes du processus de paix, même les plus tragiques. Et même s'il est évident que cette coopération ne pourra pleinement s'épanouir que le jour où une paix juste et globale aura été conclue entre Israël et ses voisins palestinien, libanais et syrien, notre partenariat peut aider, sans attendre ce moment espéré, à trouver des solutions, en maintenant et en entretenant un dialogue, en créant des liens, en développant des solidarités concrètes".

L'Autorité palestinienne, première concernée, ne s'est pas dérobée au contact avec les Israéliens (même si des membres de la délégation palestinienne n'ont pas pu joindre Marseille en ayant été empêchés par Israël). Le seul effet pratique de l'absence de la Syrie aura été, pour les pays arabes, la nécessité de désigner un autre porte-parole porteur du message collectif adopté à Doha exhortant l'UE à jouer un rôle plus actif dans la recherche de solutions au conflit dans la région. Le chef de la délégation palestinienne a finalement assumé ce rôle.

Dans son discours d'ouverture, le président du Conseil, M. Hubert Védrine, ayant rappelé les objectifs de départ il y a cinq ans à Barcelone (une vision de paix et de stabilité pour toute la région, avec la volonté de créer une Méditerranée nouvelle"), a évoqué les quelques progrès. Un « processus de dialogue politique à 27 s'est instauré, les sociétés civiles de nos pays multiplient leurs échanges avec de plus en plus de vitalité, des accords d'association ont vu le jour, d'autres sont en voie de ratification. Mais, avait-il constaté, "il est clair que le contexte d'aujourd'hui est défavorable à notre démarche". « Voilà pourquoi, avait-il dit s'adressant à ses collègues, je vous lance un appel pour que cette conférence renoue avec l'esprit de Barcelone, et pour qu'ensemble, nous allions quand même de l'avant (…). Forts de cette expérience, il nous faut maintenant recentrer le processus sur des objectifs toujours ambitieux mais atteignables ». Et il les a résumés comme suit:

Politique et sécurité. M. Védrine a regretté que le projet de Charte de paix et de stabilité ne soit pas plus avancé. "Je sais les réticences de certains d'entre vous à aborder, à l'échelon euro-méditerranéen, les questions de sécurité. Mais je sais aussi les questions que soulève chez les mêmes partenaires la politique européenne de sécurité et de défense en cours d'élaboration. Une politique dont je souhaite redire ici qu'elle n'est dirigée contre personne. Et dont le champ d'intervention naturel est d'abord l'Europe. Notre dialogue doit s'intensifier sur ces projets."

Volet économique. « Il nous faut adapter les instruments de notre coopération, d'abord notre programme de coopération technique et financière MEDA. Sa mise en oeuvre a été laborieuse de part et d'autre, et a fini par engendrer frustrations et critiques. Le nouveau programme MEDA II, qui vient d'être approuvé, a été conçu pour être plus efficace, et mieux répondre à vos attentes. A charge pour chacun d'entre nous d'en faire effectivement un instrument moins bureaucratique, plus rapide, plus lisible. Mieux ciblé aussi (..) pour mieux préparer ensemble à l'horizon 2010 l'instauration de cette zone de libre-échange entre l'Union et chacun de ses partenaires, et entre ces partenaires eux-mêmes, qui reste notre objectif. MEDA 2 sera doté de 5,35 milliards d'euros pour les années 2000-2006. C'est-à-dire plus que la reconduction du montant antérieur. Avec MEDA, avec la contribution très importante de la BEI à laquelle les Quinze ont demandé de consacrer 6,4 milliards d'euros de prêts à la région et avec l'action des Etats membres, l'Union dispose de moyens qui confirment que la Méditerranée est un espace privilégié pour son action extérieure ».

M. Védrine n'a pratiquement pas fait allusion au volet culturel et social auquel des pays partenaires, ainsi que la Commission souhaitent donner corps.

Après l'échange de vues politique et la rencontre de la Troïka, la matinée de jeudi a été consacrée au volet économique du partenariat. Voir à ce sujet les pages suivantes.

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