Seoul, 20/10/2000 (Agence Europe) - Les nouvelles relations nouées entre les deux Corées depuis leur sommet de juin dernier ont été, comme l'on s'y attendait, le principal point de discussion durant la première matinée du sommet Asem de ces vendredi et samedi à Séoul. Les chefs d'Etat et de gouvernement européens et asiatiques ont adopté une déclaration de soutien au processus de rapprochement, après avoir loué dans une parfaite unanimité le président sud-coréen et nouveau Prix Nobel de la paix, Kim Dae-jung. Le président francais et président du Conseil européen, Jacques Chirac, a salué dans son discours d'ouverture, la « remarquable vision d'avenir » du président sud-coréen et « son action courageuse et déterminée en faveur du processus de réconciliation intercoréen ». Il l'a assuré du « plein soutien de l'Union europénne ». Le premier ministre britannique Tony Blair a souligné que ce rapprochement historique avec la Corée du Nord "est important également pour notre propre sécurité".
L'unanimité européenne n'a pas résisté, en revanche, lors des discussions en marge du sommet sur la reprise des relations diplomatiques avec la Corée du Nord. Les premiers ministres britannique, Tony Blair, et allemand, Gerhard Schroeder, ont annoncé à la veille du sommet leur intention de nouer des relations diplomatiques avec Pyongyang, rejoignant ainsi les Etats membres qui l'ont déjà fait (Italie, Suède, Finlande, Portugal, Autriche). Le président italien Giuliano Amato s'est félicité, devant la presse italienne, de ce que de plus en plus d'Etats membres partagent la position de l'Italie, pour qui la politique d'isolement n'est jamais une solution. Toutefois, le vice-premier ministre belge Louis Michel s'est alarmé des dissonances européennes sur ce sujet qui n'a pas encore fait l'objet de débat au Conseil, et les Pays-Bas souhaitent que de « bonnes relations » soient nouées avec la Corée, mais en restant « dans la ligne » des autres ministres européens. Devant la réaction suscitée par ses déclarations, Tony Blair a reconnu la nécessité de coordonner la position européenne. Jacques Chirac a insisté de son côté pour que certaines conditions soient remplies avant de reprendre des relations diplomatiques avec la Corée du Nord ainsi que sur la distinction entre des « relations diplomatiques (un acte technique) et les relations politiques: nous reconnaissons un Etat, non un régime ». « Il se trouve que la Corée du Nord est une dictature indiscutable et que plusieurs Etats membres ont choisi de rompre les relations pour cette raison », a déclaré le président Chirac devant la presse francaise. Aujourd'hui, « nous demandons au président Kim quelle est la meilleur manière de l'assister dans sa politique de rapprochement et il nous répond qu'il serait opportun de reprendre les relations diplomatiques le moment venu », a indiqué Jacques Chirac. Dès lors, « la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour favoriser un rapprochement le moment venu. Mais à partir du moment où nous avons rompu les relations, il faudrait un minimum de gestes de l'autre côté pour les reprendre », a-t-il précisé en citant la question des droits de l'Homme et de la non-prolifération nucléaire. « Pour ce qui est des relations politiques, il faudra encore du temps ».
Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a indiqué que « pour l'instant, il n'y a pas de position commune sur la question des relations diplomatiques avec la Corée du Nord, mais un accord spontané en faveur d'un changement dans nos relations. La question est de savoir quelle sera la meilleure approche possible pour encourager le processus de rapprochement».
Le commissaire Chris Patten avait annoncé de son côté, jeudi, une série de mesures que compte prendre la Commission pour concrétiser le réchauffement des relations avec la Corée du Nord. « La déclaration de Séoul affirme l'engagement de l'Asem pour insérer la Corée du Nord dans la communauté internationale afin de favoriser une unification pacifique des deux Corées. L'Union européenne a déjà fourni 180 millions d'euros d'aide humanitaire en Corée du Nord. Nous sommes prêts à apporter davantage, à fournir une assistance technique et à poursuivre notre participation à l'organisation pour le développement énergétique de la péninsule coréenne (Kedo). » Trois lignes nouvelles d'actions sont envisagées aujourd'hui: 1) une aide de 20 millions d'euros pour soutenir une réforme structurelle de l'agriculture, 2) l'ouverture des contingents tarifaires textiles, 3) des études de faisabilité pour des programmes d'information sur le fonctionnement de l'économie de marché et sur la reforestation. L'aide européenne sera toutefois liée à une amélioration de la transparence de la gestion de l'aide en Corée du Nord et de l'accueil réservé aux ONG, a précisé le Commissaire.
Dans la déclaration finale (dont ont été retranchées les références aux armes de destruction massive, voir EUROPE d'hier p. 6), les chefs d'Etat Asem reconnaissent "que la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne sont étroitement liées à celles de la région Asie-Pacifique et du reste du monde". Rappelant les tentatives précédentes des deux Corées pour réduire les tensions et améliorer leurs relations, les chefs d'Etat ont salué le Sommet Inter-Coréen (Pyongyang, 13-15 juin 2000) et félicité le président Kim Dae-jung et le président de la Commission de défense nationale, Kim Jong-il, pour leur courage et leur esprit visionnaire.
Les chefs d'Etat se félicitent des progrès accomplis par les deux parties pour mettre en œuvre la déclaration conjointe Nord-Sud, y compris sur les aspects humanitaires et en particulier la réunion des familles, sur la coopération économique, le dialogue sur les questions militaires, avec l'objectif d'une paix durable et éventuellement d'une réunification de la Corée. Ils espèrent de nouveaux progrès à cet égard.
Reconnaissant l'importance d'un dialogue continu, les chefs d'Etat ont renouvelé leurs soutien au processus de rapprochement et de coopération, et ont encouragé les deux parties à continuer sur la base du succès du sommet, pour le bien de la paix et la sécurité dans la région. Dans ce contexte, ils ont salué l'amélioration des relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Ils ont affirmé la volonté des partenaires Asem de contribuer à des mesures permettant de rétablir la confiance et d'améliorer la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne et dans la région. Ils ont confirmé leur soutien à l'organisation pour le développement énergétique de la péninsule coréenne, et ont souligné l'importance de poursuivre des efforts soutenus pour améliorer les relations entre l'Asem, ses membres individuels et la Corée du Nord à travers un dialogue, des échanges de personne à personne, les liens économiques ainsi que par la participation de la République populaire démocratique de Corée au dialogue multilatéral.