Bruxelles, 20/10/2000 (Agence Europe) - Le vice-Premier ministre turc Mesut Yilmaz, directement responsable des Affaires européennes, a rencontré, ce vendredi à Bruxelles, le commissaire Günter Verheugen, notamment dans la perspective du Partenariat d'adhésion que la Commission proposera au Conseil (qui aura à se prononcer à la majorité qualifiée) le 8 novembre prochain. Cette rencontre a permis à la Commission de se faire une idée plus précise des éléments à intégrer (et de la manière de les intégrer) afin que le document relatif au Partenariat (qui n'est pas négocié avec la partie turque) soit une base communément admise pour consolider le rapprochement entre l'UE et la Turquie. EUROPE croit savoir que le Partenariat: a) prendra note des engagements pris par les autorités turques en matière d'Etat de droit et de droits de l'homme, en incitant les responsables turcs à concrétiser leurs engagements ; b) évoquera la question kurde avec prudence, plaidant pour que les droits de tous les citoyens turcs - y compris les droits linguistiques et culturels - soient améliorés ; c) fera mention du problème de Chypre (ce qu'Ankara veut par dessus tout éviter) en s'alignant sur ce qui a été dit par le Conseil européen d'Helsinki (dont les Conclusions ont été admises par la Turquie).
Lors d'une conférence de presse, jeudi soir, M. Yilmaz avait fermement stigmatisé l'attitude des chrétiens-démocrates allemands qui, lors d'un séminaire organisé l'après-midi même au PE, avaient laissé entendre que la Turquie n'avait pas sa place dans l'UE, étant musulmane. "Cette attitude n'est pas une attitude européenne", a déclaré M. Yilmaz en se félicitant que certains jettent ainsi bas les masques du fait du tournant pris à Helsinki. Pour le vice-Premier ministre turc, l'UE compte déjà 30 millions de musulmans et ceux-ci seront 100 millions lorsque la Turquie sera membre. "Je pense que l'UE peut le supporter", a-t-il indiqué avant de rappeler que la Turquie était un pays séculier et qu'elle attendait de ses partenaires européens qu'ils "fassent preuve des mêmes réserves sur le plan religieux". Mesut Yilmaz a développé le raisonnement suivant: i) le sommet d'Helsinki a constitué un événement politique majeur qui a réhabilité et redonné tout son sens au partenariat euro-turc, les Quinze ayant retrouvé à cette occasion "l'inspiration et la hauteur de vues des pères fondateurs de l'Europe" ; ii) "la balle est désormais dans le camp de la Turquie" et, en particulier, dans le sien, car il doit lui-même être "l'animateur du processus de convergence avec les critères de Copenhague" et "veiller à l'achèvement de la modernisation de la société et de l'économie turques selon un rythme qui rende la Turquie crédible aux yeux de ses partenaires européens et soit acceptable par les citoyens turcs" ; iii) le sens du Partenariat d'adhésion, c'est "de nous aider", raison pour laquelle, "au-delà des apports matériels", il doit être un témoignage de compréhension et de confiance, d'un état d'esprit et d'un climat "qui nous incite à poursuivre et à réussir nos réformes", plutôt que d'être "le bilan de nos carences et de ce qu'il nous reste à accomplir".
M.Yilmaz a par ailleurs rencontré la vice-présidente de la Commission européenne, Mme Loyola de Palacio, pour un échange de vues portant essentiellement sur les relations euro-turques dans le domaine de l'énergie. La question du transit par la Turquie du gaz naturel originaire de Russie et destiné à l'Europe a été en particulier évoquée.