Bruxelles, 07/06/2000 (Agence Europe) - L'eau, denrée vitale et droit fondamental de tout un chacun, ou bien denrée rare réservée à une poignée de riches ? La légitimité de la question a été soulignée, ce mercredi, dès l'ouverture du P7 - sommet des 7 pays parmi les plus pauvres du monde - organisé à l'initiative du groupe des Verts du Parlement pour réfléchir à une politique mondiale de l'eau dont les pays en développement ne soient pas les laissés-pour-compte (voir EUROPE d'hier, p. 16) .
Un quart de la population mondiale n'a pas accès à l'eau, a souligné M. Riccardo Petrella, en dénonçant les méfaits de la privatisation d'un bien public. L'omnipotence de la Lyonnaise des Eaux (on prévoit que d'ici à l'an 2015 elle devrait approvisionner 1 milliard 650 millions de personnes, contre 100 millions actuellement) illustre parfaitement, selon lui, "cette confiscation de l'eau" qui s'effectue sur la base d'un pouvoir mondial émergeant, résultant d'un manque de démocratie et de l'absence d'une autorité mondiale de l'eau fixant des règles claires. Pour Mme Vandana Shiva, présidente honoraire du P7 (Inde - Research Foundation for Science, Technology and Ecology), l'aggravation de la crise de l'eau est d'origine écologique et politique, et la Banque mondiale y est pour beaucoup. Selon elle, le modèle d'agriculture industrielle financé par la Banque mondiale a provoqué des crises de l'eau, notamment en remplaçant des cultures indigènes résistantes à la sécheresse par des semences qui prospèrent à grand renfort de fertilisants et qui consomment trois à quatre fois plus d'eau. L'eurodéputé belge Paul Lannoye, co-président du groupe des Verts/ALE, a estimé que le recours de plus en plus fréquent à des "technologies agressives d'exploitation de l'eau par des grandes compagnies" suffisait à convaincre de la nécessité de changer la politique européenne de l'eau et de modifier, dans la législation cadre, "la vision marchande de l'eau". Mme Mourad, représentante de l'autorité palestinienne, a souligné l'enjeu social et politique de l'eau pour les Palestiniens "empêchés par les Israéliens de creuser de nouveaux puits" alors que leurs ressources hydriques sont très limitées (leur consommation moyenne est de 50 litres d'eau par jour contre 300 litres pour les Israéliens).